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Billet de blog 20 juil. 2010

Afghanistan : une conférence de plus ?

Aujourd'hui, mardi 20 juillet, s'ouvre à Kaboul une énième Conférence internationale des «donneurs». À cette occasion, 60 personnalités, dont Hillary Clinton et Ban Ki-moon, seront présentes. Inutile de dire que Kaboul est en état de siège, aéroport fermé sauf pour ces invités de marque. Encore une fois, les Occidentaux vont faire des promesses qu'ils ne tiendront pas et imposer au gouvernement afghan la nouvelle stratégie américaine qui risque de faire éclater l'unité nationale et provoquer une guerre civile.

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Aujourd'hui, mardi 20 juillet, s'ouvre à Kaboul une énième Conférence internationale des «donneurs». À cette occasion, 60 personnalités, dont Hillary Clinton et Ban Ki-moon, seront présentes. Inutile de dire que Kaboul est en état de siège, aéroport fermé sauf pour ces invités de marque. Encore une fois, les Occidentaux vont faire des promesses qu'ils ne tiendront pas et imposer au gouvernement afghan la nouvelle stratégie américaine qui risque de faire éclater l'unité nationale et provoquer une guerre civile.

La nouvelle stratégie consiste en premier lieu à tendre la main aux talibans dits modérés pour les inciter à partager le pouvoir. Il faut souligner que, si tous les Pashtounes ne sont pas des talibans, tous les talibans sont des Pashtounes et que, autour du Mollah Omar, ils revendiquent le pouvoir pas uniquement pour appliquer la charia dans tout le pays mais aussi et surtout pour retrouver tous leurs privilèges au détriment des autres ethnies. Entre autres privilèges : utiliser les pâturages sur l'ensemble du territoire par décret royal, ne pas payer d'impôts, ne pas fournir de conscrits et avoir accès à toutes les contrebandes... Par ailleurs, il est question d'écarter du gouvernement tous les non Pashtounes et de nommer des gouverneurs pashtounes dans toutes les provinces importantes (Kandahar, Mazar, Djalalabad).

En second lieu, la stratégie américaine consiste à créer des milices locales afghanes dans les villages pour contrer les talibans, en parallèle avec la police nationale, toujours en formation et qui échappe complètement au contrôle du pouvoir central. Quand les milices locales auront sécurisé le pays, la communauté internationale soutiendra la société civile par le biais du développement, ce qui en soi est une erreur fatale car depuis 2002, on a constamment contourné la reconstruction civile et politique. Force est de reconnaître que la communauté internationale, enfoncée depuis 2001 dans le bourbier afghan, ne veut toujours pas comprendre l'Afghanistan. Les remèdes qu'elle tente d'apporter à la «maladie de l'Afghanistan» ne soignent rien et, bien au contraire, aggravent les choses.

Faut-il rappeler qu'en 1978, lors du coup d'État pro-communiste, l'Afghanistan a vécu la fin de plus d'un siècle de gouvernance pashtoune et la fin d'un siècle d'un État au service exclusif de la famille royale au pouvoir? Les communistes vont reconnaître à ce moment-là les droits des minorités ethniques, à savoir leurs droits civiques et politiques, culturels et linguistiques. Peut-être n'étaient-ils pas conscients des grands bouleversements que cela allait provoquer? Pendant l'occupation soviétique, les ethnies qui se battaient contre les Soviétiques avaient dans le cœur cette revanche à prendre contre le pouvoir central. Espérant faire adhérer la population au communisme et au projet du pouvoir central de Kaboul, ils ont créé des milices locales. La conséquence fut l'anarchie totale, les casernes entières désertées pour rejoindre la résistance et manifester une opposition combattante au pouvoir de Kaboul.

Si, aujourd'hui, les Américains imposent au gouvernement Karzaï la création de milices locales, qui peut garantir demain au peuple afghan que les ethnies tadjik, ouzbek ou hazara ne vont pas créer des armées ethniques pour défendre les intérêts de leurs peuples à coup de kalachnikovs puisqu'on a échoué dans la démocratie et que le parlement n'a pas pu remplir son rôle ?

Aujourd'hui, alors que la crise est là et que 3 Français sur 4 ne veulent pas que la France reste en Afghanistan (idem pour les Britanniques et les Américains), les stratèges et les conseillers pensent que la cause du retour des talibans et de l'insécurité est liée à la non gouvernance, au détournement de l'aide et à la corruption.

Or, c'est l'attitude ambiguë des Occidentaux qui est le principal responsable de cet état de fait :

  • ils ont laissé Karzaï « jouer à la démocratie » sans jamais exiger un quelconque résultat probant ;
  • sans informer Karzaï, les militaires et leurs services de renseignements occidentaux ont continué à négocier en sous-main avec les talibans pour les neutraliser sans faire la guerre en les inondant de dollars et autres avantages en nature ;
  • ils ont laissé la reconstruction économique entre les mains des ONG qui ont traité la question comme un sujet d'urgence humanitaire et non comme un élément essentiel à long terme pour l'avenir du pays.

Aujourd'hui les Américains comptent sur le développement pour ramener la paix mais ils oublient que les bases d'une société civile, nécessaire pour absorber ce développement, et dont la fondation est un acte politique, n'ont pas été mises en place. Et c'est pour cette raison que, dans un pays détruit par 30 années de guerre, l'argent détourné, au lieu d'être investi sur place, quitte le pays.

Le dollar est la monnaie locale, l'anglais la langue administrative des ONG, les salaires des fonctionnaires et des militaires sont payés par l'aide internationale. Et on parle de retrait des Occidentaux ! Que va-t-il arriver en 2011 ou 2015 quand l'OTAN se retirera ?

Aujourd'hui, nous allons assister à une nouvelle conférence et apprendre de nouvelles décisions pour l'avenir de l'Afghanistan. Ce qui est inquiétant, c'est que tous les spécialistes et les stratèges militaires sont pessimistes et disent qu'il faut «laisser l'Afghanistan aux Afghans». Le peuple afghan a la réputation d'être un peuple insoumis et ingouvernable... Mais dans un pays où on dispose de 150.000 soldats, de millions de dollars de promesses et de la présence de milliers d'experts, peut-on accepter le retour des talibans au nom de la sécurité et au détriment de la démocratie et des droits des femmes ?

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