Manuel Valls apporte son vote à Emmanuel Macron : épilogue d'un traitre

Manuel Valls a décidé ce mercredi 29 mars 2017 d'appeler à voter Emmanuel Macron pour "faire barrage au FN".

Manuel Valls au micro de RMC pour annoncer son vote à Emmanuel Macron (capture d'écran) Manuel Valls au micro de RMC pour annoncer son vote à Emmanuel Macron (capture d'écran)

C'est bien connu en politique : pour surnager dans ce milieu marécageux, il faut être prêt à trahir. Cela se répète comme une ritournelle et se traduit souvent par des trahisons marquantes. A tel point que la loyauté est perçu comme une faiblesse, voire la marque des perdants. Manuel Valls complète ainsi la ribambelle des plus beaux actes de trahisons en politique, sauf que cette fois-ci, cette traîtrise ne lui sera nullement bénéfique. En déclarant ce mercredi 29 mars voter Emmanuel Macron, il met à mal son engagement de se ranger derrière le vainqueur du candidat à la primaire pour les présidentielles de son propre parti politique. Le placard à archive est coriace face à la parole volatile de certains politiques, et sur Twitter il est très facile de retrouver de beaux extraits d'archives croustillantes. En témoigne ce tweet d'un élu du Var et soutien de Benoît Hamon qui pointe, photos à l'appui, les engagements écrits et signés de Manuel Valls et François de Rugy, les deux candidats à la primaire socialiste.

Tweet de Christopher Dimek © kitodimek

Pourquoi courent-ils à leur propre perte ?

Le citoyen français qui ne veut même plus se déplacer pour aller voter vous donnera comme première raison la fâcheuse habitude de la classe politique à passer son temps à promettre au moment des élections pour trahir leurs promesses une fois élue. Si beaucoup de français ne veulent plus se déplacer, c'est parce que l'un de ces motifs arrive en premier lieu dans leur décision d'abstention. Le régime démocratique par la représentativité dans lequel nous sommes et en faillite, en grande partie pour l'une de ces raisons.

Pourquoi donc trahir sa parole une énième fois ? Parce qu'avec un homme politique avec des dents qui rayent le parquet comme Manuel Valls, tout devient visible à des kilomètres. Il est conscient que son parti politique a très peu de chance d'arriver au second tour face à une dynamique largement en faveur d'Emmanuel Macron, si l'on en croit les derniers sondages. Face à l'investiture de Benoit Hamon et de sa campagne proche d'un électroencéphalogramme plat, les chances de voir survivre le parti socialiste sont minces. Le pronostic vital est engagé jusqu'au point que les prochaines élections législatives pourraient porter le coup d'estocade final. Pour se prémunir de cette traversée du désert quasiment écrit, l'ex-premier ministre de François Hollande prend les devants en annonçant voter Emmanuel Macron dès le premier tour "pour faire barrage au FN". Ce motif de façade est par ailleurs complètement bidon lorsque l'on sait que le système des élections à deux tours élimine systématiquement Marine le Pen d'une hypothétique place à l'Elysée. Son plafond de verre a un chiffre qui se situe au maximum à 30%.

C'est dans ces conditions que l'on peut deviner qu'avec Manuel Valls, rien n'est gratuit, et qu'il n'est pas interdit de penser que ce dernier va vouloir rallier la majorité présidentielle en tentant de garder ses chances de victoire aux prochaines législatives de député dans la circonscription de l'Essonne. La négociation de dessous de table se profile à l'horizon même si le candidat Macron a freiner ses ardeurs ce matin.

Je suis prêt à parier que le tempérament de Manuel Valls l’amènera à acculer le candidat d'En Marche vers le prétexte de la "majorité présidentielle". Voici le portrait robot de ce qu'il pourrait dire dans les jours et les semaines qui viennent : "Un président de la République doit pouvoir compter sur une majorité, Emmanuel Macron sera obligé de compter sur les députés socialistes déjà ralliés à sa cause pour avoir une majorité. L'alliance avec les socialistes est obligatoire pour entrevoir la victoire."

Voilà pourquoi les Français ont de la défiance pour les femmes et hommes politiques de la trempe de Manuel Valls. Parce que l'argument du "vote utile" pour faire "barrage au FN" est de moins en moins recevable. Il est de plus en plus perçu comme un chantage auquel de moins en moins de personnes sont prêtes à céder. Et parce qu'en ayant un ambassadeur de ce "vote utile" comme Manuel Valls, le rang des insoumis à ce chantage se gonflera inversement proportionnel à la popularité de l'ancien Premier ministre. Un appel qui lui sera inutile. 

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