Le courant économique dominant est marqué depuis une vingtaine d’années par une peur grandissante nommée « inflation ». « L’objectif principal du Système européen de banques centrales [...] est de maintenir la stabilité des prix » peut on lire sur le site de la BCE. Mais alors qu’elles sont les risques de l’inflation au point d’en faire une priorité dans la zone euro ? Pourquoi une telle névrose ? Tous les économistes sont –ils d’accord ?

 

Qu’est ce que l’inflation ?

 

Tout d’abord redéfinissions le concept. L’inflation est définie vulgairement comme une hausse générale du niveau des prix. Cela correspond à dire qu’il y a plus de liquidité dans l’économie que de richesse produite. Cette hausse générale se traduit par une perte du pouvoir d’achat. Prenons un exemple assez simple ;

 

  • En févier Une baguette de pain coute 1€.
  • En mars, l’Insee révèle qu’il y a eu 10% d’inflation, ma baguette coute désormais 1,10€ j’ai donc perdu en deux mois 10 centimes d’euros.

 

L’inflation peut être modélisée par l’équation de l’économiste Irving Fisher soit :

 

Masse Monétaire * vitesse de circulation de la monnaie = Volume des transactions * Niveau des prix.  C’est à dire MV = PT.

 

Fisher qui avant 1930 est un pur monétariste (représenté aujourd’hui par Milton Friedman qui cherche à lutter contre l’inflation) considère que les transactions et la vitesse de circulation sont constantes.  Il ne reste qu’une relation entre la masse monétaire (quantité de monnaie qui circule dans l'économie) et les prix. Ce qui signifie qu’une augmentation de la masse monétaire entrainera une augmentation des prix. En économie on nomme cette hypothèse, la théorie quantitative de la monnaie.

 

Qui crée de l’inflation ?

 

Mais alors comment la masse monétaire augmente-elle ? Cette question revient à nous demande qui responsable de la création monétaire.

            La licence bancaire donne l’autorisation aux banques de créer de la monnaie à partir de Rien (Ex nihilo) les accords Bâle leurs imposent d’avoir 7€ de réserve pour créer 100€. Les banques commerciales (BNP, Société Générale…) créent donc de la monnaie par simple écriture scripturale sur un dépôt à vue dans notre exemple la banque crée 93€. C’est donc les crédits qui font les dépôts et non l’inverse comme on pourrait le croire.

            Donc si il y a de l’inflation, cela est due aux banques…. Mais si la création monétaire se fait par accord de crédit, ces crédits sont destiner à être rembourser et donc la créance que détient la banque va être détruite. L’argent qui a été crée est donc in fine détruit après le remboursement de la dette. A ce stade on pourrait donc distinguer deux types de monnaies ;

  1. La monnaie interne qui correspond aux dettes, donc à la monnaie fiduciaire (les euros) car elle représente une reconnaissance de dette des banques commerciales à l’égard de la BCE (Les clients de la banques convertissent leur dépôt en billet. La Banque Centrale émet des billets.  Les banques commerciales empreinte des billets à la Banque Centrale), cette monnaie revient toujours dans le bilan de la banque, elle est détruite quand l’agent rembourse ce qu’il doit à la banque.
  2. La  monnaie externe elle,  est un pur actif financier détenue en l’absence de toute dette elle continuera à circuler dans l’économie réelle quoi qu’il arrive.

 

Mais toutes monnaie n’est pas interne par exemple quand l’Etat fait une dépense publique, il s’endette et commence une pyramide de Ponzi où il ne remboursera pour ainsi dire jamais sa dette, la monnaie n’est pas détruite et cette nouvelle liquidité par le multiplicateur de crédit va circuler dans l’économie.

 

 

Inflation = Hyperinflation ?

 

La monnaie externe peut aussi être crée dès qu’un créditeur ne peut la rembourser. Selon l’économiste et chercheur du CNRS Gaël Giraud auteur de l’Illusion financière « Une partie de notre monnaie est externe (…) l’accroissement de monnaie interne peut engendrer de l’inflation mais jamais de l’hyperinflation (…) en revanche c’est l’accroissement de la monnaie externe qui peut provoqué une flambée hyperinflationiste ».

Gael Giraud L'Illusion financière. 

L’hyperinflation résulte selon l’économiste de l’appropriation de la monnaie comme bien public (excès de dépense publique qui ne seront jamais soldées). Ou comme un bien privée (faillite privée). Le meilleur moyen de créer de la monnaie sans risque hyperinflationiste serait d’émettre selon lui  que de la monnaie interne (dette contractée qui doivent être remboursée).

 

            Cependant cet argument n’arrive pas à convaincre les économistes actuels, l’inflation fait toujours peur ! Une part de la névrose actuelle semble tenir dans les livres d’histoire qui font de l’hyperinflation des années 30 la cause de la montée du nazisme. Faux ! Revenons en 1920.

 500 000 000 marks 26 septembre 1923http://commons.wikimedia.org/wiki/File:1923_gdansk_500mln.JPG 500 000 000 marks 26 septembre 1923.

En 1922 les alliés exigent que la Reichbank soit sous contrôle privée afin que l’Etat ne puisse se servir pour financer un nouvel effort de guerre. La Reich Bank ( la banque centrale Allemande) transforme donc toute monnaie crée par les banques commerciales en Reichsmark. Il y a donc une privatisation absolue de la monnaie. Le reichsmark après la guerre subit une dépréciation, sa monnaie est dévalorisée. Les banques créent trop de monnaie trop de prêt et les agents spéculent à la baisse (le mark perdait de sa valeur) du à la vente à découverte de Reichsmark. La vente à découvert consiste à vendre un actif (ici du reichsmark) un jour X à une personne A alors que le vendeur n’en possède pas, le vendeur achète sur le marché au jour ­X+1 du Reichsmark à un prix qui a diminué, il le vend à la personne B au prix négocié au jour X. Le Vendeur réalise donc une plus value dans cette vente car il a revendu plus chère un actif qu’il a acheté moins chère. La monnaie est utilisée pour spéculer. Le président de la Reichbank Hjalmar Schacht prend trois décisions :

  • Il interdit les ventes à découvertes de Reichsmark.
  • La banque centrale ne convertie plus les monnaies banques centrales en Reichsmark.
  • La Nouvelle émission de monnaie nationale le Rentenmark non convertible en devise étrangère juste convertible en Reichsmark.

 

A la suite de ces mesures, les banques n’avaient donc plus le pouvoir de création monétaire et la spéculation devient impossible. Hjalmar Schacht met fin à l’épisode hyperinflationiste en 1924. Cette hyperinflation a pu être possible car la monnaie émise par les banques de second rang étaient devenus de la monnaie externe, car la monnaie crée n’étaient un dette pour personne (vente à découverte), la monnaie crée était la propriété privée des banques émettrice. L’hyperinflation est apparue lorsque la confiance dans la monnaie a disparu.  Hitler aurait connu une popularité croissante lors de l’austérité budgétaire mené pendant 2 ans par le Chancelier Allemand Heinrich Brüning  en 1930 c’est à dire par une restriction monétaire.

 

Mesurer l’inflation.

 

« Pour mesurer l’inflation, on prend en compte tous les biens et services que les ménages consomment, et notamment

▪   les produits d’usage courant (tels que l’alimentation, les journaux et l’essence)

▪   les biens durables (tels que l’habillement, les ordinateurs et les machines à laver)

▪   les services (par exemple services de coiffure, assurances et loyers) .

 

Eurostat calcule chaque mois la hausse des prix à la consommation dans la zone euro. L’indice des prix à la consommation harmonisé (IPCH) couvre, en moyenne, environ 700 biens et services. Il reflète les dépenses moyennes des ménages dans la zone euro pour un panier de produits. Gamme des produits couverte par l’IPCH et taux d’inflation actuels. » Extrait du site de la BCE.

 

Cependant on notera que l’IPCH ne tient pas compte de la spéculation des marchés financiers ni des formations de bulles et donc des prix des actifs financiers.

 

Comment relancer l’économie ?

La BCE si elle veut relancer l’économie doit favoriser l’investissement, la consommation et la production pour cela elle doit inciter les banques commerciales à accorder des crédits en facilitant leurs refinancement à des taux bas. La BCE par une politique de quantitave easing  pendant la crise de 2008 a récupéré de nombreuses créances pourries aux banques contre de la liquidité pour qu’elles continuent à prêter de la monnaie. Trois possibilités peuvent se réaliser :

1)       Trappe à liquidité, théorisé par Keynes, la monnaie n’inonde pas le secteur réel, les agents recherchent le « cash » au « motif d’épargne et de spéculation » et les agents déjà endetté cherchent à se désendetter en vendant leurs biens et en payant leurs dettes.

2)       Les agents investissent et consomment, mais les prix augmentent, comme dans les 30 glorieuses.

3)       La monnaie alimente une bulle du crédit qui provoquera un krach, on ne voit aucune inflation dans l’économie réel sauf sur le bien qui sert à la spéculation (immobilier en 2007).

Plusieurs économistes dont Gael Giraud montre que seul ela création monétaire rend possible la croissance au prix de l’inflation.  Vouloir lutter contre l’inflation c’est vouloir lutter contre la croissance,  à titre d'exemple la Grèce n’a pas d’inflation elle est même en déflation comme au Japon et leurs PIB sont en chute libre.

 

Inflation et chômage processus lié ?

 

L’économiste Phillips en 1958 montre qu’un lien existe entre salaire et chômage, on peut généralise ce cas à l’inflation et le salaire. En effet plus les salaires sont élevées et donc le chômage est faible (car les il y a plus d’entreprises qui demandent du travail que de travailleurs disponible)  plus il y a de l’inflation car les coûts de productions augmentent et les entreprises réagissent en augmentant leurs prix de ventes. A l’inverse, plus les salaires sont faibles c’est à dire plus il y a du chômage, plus il y a peu d’inflation.

    L’UE favorise une inflation très faible, ce qui signifie donc selon ce modèle que les salaires seront faibles et que le taux chômage sera élevé.

On peut ainsi introduire dans ce modèle le NAIRU  c’est à dire un taux de chômage qui n'a aucune conséquence sur l'inflation, il y aurait donc un taux de chômage qui n’accélérait pas l’inflation. Et donc au final, il y aurait peu d’inflation et du chômage (ou du moins des salaires poussés à la baisse), une aubaine pour certain, une misère pour d’autre !

  NAIRU

Pourquoi l’inflation ?

 

On peut se demander pourquoi diable vouloir lutter contre l’inflation si celle-ci n’engendre pas de l’hyperinflation, mais du chômage ? Nous avons vu au tout début que l’inflation se traduit par une perte du pouvoir d’achat. Mais si il y a de l’inflation cela veut dire que les couts de production augmentent et donc que les salaires augmentent, en ce sens les salaires serait indexés par l’inflation, à part si l’état provoque volontairement un gel de l’indexation des salaires pour les fonctionnaires. Cela reviendrait à dire que 2% d’augmentation du niveau des prix, se traduit par 2% de salaire en plus. Ce qui ne fonctionnerait pas si cela avait été de l’hyperinflation mais ce qui marche pour un peu d’inflation. Il y aurait une autre raison, et c’est Keynes qui nous la donne.

« L’inflation est l’euthanasie des rentiers ». En effet l’inflation détruit une partie du capital financier. Certains associent même l’inflation à un impôt.

En effet; le taux d’intérêt réel = taux d’intérêt nominal – l’inflation.

 

Le taux d’intérêt réel est corrigé de l’inflation, prenons un exemple un placement qui doit me rapporter 5% par an, avec 2% d’inflation, il ne me rapportera que 3%.

On a donc = 5% - (+ 2% ) = 3%. On comprend donc mieux pourquoi la BCE doit lutter contre l’inflation…

 

Pour conclure.

 

Nous avons vu que l’inflation est une augmentation du niveau général des prix.

Cependant cette augmentation des prix ne conduit pas nécessairement à l’hyperinflation. Celle-ci se fait uniquement si il y a une augmentation de monnaie externe, ce qui nous amène à remettre en cause l’appropriation privée et publique de la monnaie. L’inflation serait donc une des sources de la croissance, combattre celle-ci c’est condamner la zone euro à un chômage et à la récession au nom d’une oligarchie de rentiers financiers.

 

 

 

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