Une brève actualisation de la nature humaine 2.0

Et si l'être humain devenait ce zombie tant redouté?

Qui veut de la misère? Personne. Qui veut de la justice? Tout le monde prône SA justice. C'est humain. Voir ce qui se passe actuellement en France est une injustice mais pour qui? Pour ceux qui sont en "bas". Le problème à l'heure actuelle et qui grandit depuis la création des réseaux sociaux, est ce phénomène émotionnel qui remplit chaque être et suscité par toutes ces informations et désinformations qui circulent sur FB en particulier. L'être humain est englouti par un surplus émotionnel qu'il ne sait même plus gérer dû à sa dépendance à FB. Les liens se font et se défont à la vitesse de l'éclair et les jugements fusent de toute part. La susceptibilité 2.0 est en plein essor et on n'hésite alors plus à salir l'identité numérique d'un individu qui aurait osé blesser autrui dans son orgueil. C'est un fait, FB déshumanise, il rend les êtres humains volatiles et puérils. Ils analysent de manière subjective, faisant passer leur mal-être pour de l'objectivité. La dangerosité réside là-dedans : Faire passer quelque chose d'objectif, pour ce qui est, dans la réalité, décalé. Comment peut-on faire preuve d'objectivité via un artefact? L'identité numérique peut-elle être synonyme d'identité réelle? Bien évidemment que non. L'identité numérique nous protège, tout comme elle nous détruit par le biais d'autrui. Notre cerveau s'est glissé sur nos mots que l'on ne contrôle même plus grâce à cette pseudo-protection que l'on croit invincible. Cet endroit où nous pouvons avoir ce dernier mot avant de bloquer. La peur enveloppe cette nouvelle humanité dépendante. Elle les rend à la fois lâches et courageux. Elle les rend impulsifs tout aussi conciliants quand la face positive de chacun est préservée. Qu'est-ce que la face positive? Dans le modèle de politesse de Brown et Levinson, les auteurs définissent la face positive comme étant l'image constante et positive que les gens ont d'eux-mêmes et comme le désir de reconnaissance ; autrement dit, c'est l'image de soi-même que l'on tente d'imposer aux autres. Fb est une constante axée sur cette face positive. Le soi est constamment représenté que cela soit par images, par les statuts, ce qui permettrait aux "amis" de se forger une image soit-disante "objective" de la personne. Quand tout ceci se combine à une forte présence sur ledit réseau social, alors les gens en concluent automatiquement, que c'est cette représentation de soi qui doit être la plus fidèle à la personne. Toute analyse s'est désormais transposée sur du virtuel. Ce qui en découle, ad consequentiam, des tensions interactionnelles beaucoup plus récurrentes et des incompréhensions. A force de penser avoir raison sur tel ou tel individu, on se forge une représentation si ancrée qu'on la stigmatise. Malheureusement, quand la personne fait valoir une autre facette d'elle-même, tout s'écroule... Notre ego en prend un sacré coup... et il est bien plus facile alors de rejeter la faute sur l'autre en l'insultant, en jugeant que de se rendre compte de ses propres erreurs ou de ce manque de prise de recul. On fait alors en sorte de limiter l'autre dans son espace. Ce que Brown et Levinson appellent "la face négative". Elle réfère au "territoire" (corporel, spatial, temporel et cognitif). On bloque la personne dont on a perçu "un décalage". On la met hors de notre jeu pour tenter inconsciemment de la déstabiliser et inférer qu'on a le "dessus". Ce désir d'autonomie et de mépris, ce semblant d'indifférence lorsqu'un jeu interactionnel s'est créé en amont rend les interactants dépendants d'émotions négatives et de rejets constants.

Vient ensuite le déblocage, qui permet de satisfaire un certain voyeurisme soit pour :

->Être certain que la personne ne va pas bien,

->Entamer une nouvelle tentative d'approche.

Pour ce qui est du premier choix, le blocage se fait dans un laps de temps plus ou moins court. Allant de quelques jours à quelques semaines.

Pour le deuxième choix, c'est beaucoup plus long, le temps que "l'eau coule sous les ponts" et revenir comme une fleur.

In fine, FB est un grand échiquier émotionnel et vous êtes testé(e) constamment, où chacun à son droit de regard, de vous juger sur ce que vous n'êtes pas forcément.

S'ensuit une nouvelle façon d'analyser que les réseaux sociaux vous ont appris... transposée dans la vie quotidienne. Ce qui est le plus dangereux.

La haine instillée sur les réseaux sociaux, la désinformation constante mènent à une perte de contrôle.

Les gilets jaunes sont un fait avéré. Le lien de cause à effet aurait pu être "noble" si ce "peuple" avait su gérer sa haine, son agressivité et faire preuve de bon sens en se détournant tout simplement du pouvoir et construire son système. Mais non... la haine était si présente qu'ils ne font que conforter et nourrir le pouvoir en place malgré eux entre récupération politique et confrontations.

Ils n'ont réussi qu'à démontrer à quel point certains français, aujourd'hui, sont obnubilés par leur être avant cette prise de recul et de réflexion, submergés par leur frustration, leur déception face à un Président qui ne convient pas. La pensée stratégique ne peut être que constructive lorsqu'on est dépourvus d'émotions. Par cette prise de recul, nous pouvons alors anticiper et mener à bien des projets en co-construisant et non pas en se combattant.

Mais ce n'est pas ce qui s'est passé. Et les critiques ont fusé sur les réseaux ainsi que les jugements négatifs suscitant une fois de plus, l'ego de chacun et cette tentative de raisonner son voisin.

Ce raisonnement sera toujours vain si chacun pense, paradoxalement, qu'il a raison, pour la simple et bonne raison qu'on ne peut être suffisamment objectifs en l'absence de communication (latin classique: communis, ‘commun’).

On en vient à cette ultime conclusion : LA COMMUNICATION.

Qui sait communiquer aujourd'hui sur fb? Quasi-personne. Car personne n'est capable d'entendre l'autre dans un raisonnement en passant outre ses propres émotions. Et lorsque cela est possible, le problème vient se refléter chez l'interlocuteur qui n'est alors pas capable d'entendre sa tentative de compréhension, pensant de facto à une tentative de manipulation ou de faux semblant. C'est un cercle vicieux où chacun prône sa subjectivité, la faisant passer pour objective.

 

La prise de recul permettrait d'offrir des interprétations plus larges face à des refus ou des incompréhensions. Mais cet être humain 2.0 préfère aujourd'hui se contenter de ce qu'il est... et dont la psychologie ne devrait pas différer de l'autre sous peine d'être catégorisé(e), d'être mis(e) dans une boîte qui gardera son étiquette, elle par contre, reflétée sur fb de message en message, et dans la vie quotidienne, de bouche à oreille.

 

L'être humain possède la plus grande arme qui pourrait construire mais préfère l'utiliser pour détruire.

 

Bienvenue à l'ère numérique où l'homme se perd dans les méandres de sa subjectivité.

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