Eclatement du PS: entre fronde et trahison

Le PS dit-on est au bord de l'implosion. Exacerbation des tensions, après la motion de censure avortée de gauche, menaces de sanction des frondeurs, qui rétorquent qu'ils vont instruire le dossier Valls...Que va-t-il ensortir?

Motion de censure de gauche : réalité ou mise en scène ? 

Il s'en est fallu de peu, paraît-il, pour qu'une motion de censure de gauche ne soit déposée après le 49,3 du gouvernement. 56 députés de gauche l'ont signée, dont 24 PS. Il en aurait fallu 58...réalité ou mise en scène pour apaiser la colère des électeurs ?  Ce titre paru dans libération "motion de censure à gauche : échec calculé" en dit long sur ce qui a pu se tramer entre députés pris au piège de leurs engagements électoraux : 'signe, ne t'inquiètes pas, on ne sera pas 58...".  

Les "amis" d'Aubry, dont le député Jean-Marc Germain ont refusé de s'y associer, sous prétexte de ne pas "ajouter de la scission à la scission" (sic). En réalité, le calcul est cousu de fil blanc. Ne pas prendre de risque de perdre sa place au PS, garder une chance de participer à la primaire de gauche. La menace d'exclusion agitée par Cambadélis a marché. Sauf que le risque d'être balayé aux prochaines élections, lui, est bien  consommé. 

Les frondeurs restent les seuls garde-fous de la gauche prétendument incarnée par le PS

Quoiqu'il en soit, Valls et Hollande qui sont les principaux responsables de l'éclatement du PS, ont ouvert un boulevard à la droite. Sinon au Front National.

Valls accuse les frondeurs de trahir le PS mais lui a trahi les valeurs de la gauche ; Le PS lui a permis de devenir premier ministre et il a usurpé ce pouvoir pour pratiquer une politique qui n'est pas de gauche. Et voilà maintenant que ces gens-là se prétendent "gauche de progrès" et accusent les frondeurs de "conservateurs". La rhétorique est surannée. "Si tu n'avances pas dans la même direction que moi (à droite) alors tu n'avances pas". Il existe d'autres façons de réformer, d'autres directions. 

La loi travail n'a pas fini de s'abreuver au 49,3 pour survivre

Sur la loi travail, sans y revenir, c'est le même sophisme. Ceux qui s'y opposent seraient des conservateurs opposés à toute réforme. Cela permet ainsi au gouvernent de détourner le discours, éviter le débat de fond, de mettre à jour les erreurs, comme par exemple le fait d'instaurer un lien entre emploi et souplesse en matière de licenciement ; Alors même que l'OCDE a remis en cause cette relation de cause à effet. 

Il faut aussi se rappeler que la loi travail n'a pas achevé son parcours parlementaire et les sénateurs de droite se pourlèchent déjà la babines : Ils vont pouvoir lui redonner son visage des débuts, bien alignée avec les desiderata du MEDEF.  Et Valls va pouvoir ressortir le 49,3 jusqu'à la lie. 

Quant à ceux qui se réjouissent de l'échec de la motion de censure de droite comme s'ils redoutaient le contraire, ils méconnaissent l'arithmétique car c'était couru d’avance : elle n'avait aucune chance de passer. Elle a été déposée pour l'Histoire, pour rappeler la "responsabilité engagée" du gouvernement du 49.3. Les conséquences du 49.3 sont encore méconnues. Le peuple les écrira.  

Pour sauver le PS, il aurait fallu lui permettre de se démarquer de ses éléments intrus, qui ne sont pas de gauche. Valls en tête. 

Alors quel PS pour demain ? 

Le PS n'incarne plus les valeurs de gauche, il a démontré qu'il était noyauté d'ultra-libéraux qui ont avancé masqués, la voie de "droite" ne leur étant pas favorable politiquement ; ils ont été portés par les élites européennes de la finance, qui ont craint - à juste titre- que les peuples ne finissent par barrer la route aux politiques de droite "francs" qui assurent leur pérennité, pour aller vers les extrêmes.  Il leur fallait donc  maintenir la barre à droite mais... en passant par la gauche. D’ailleurs, la gauche a toujours été noyautée par des éléments ultra-libéraux, fricotant avec les financiers.  Ces "élites" ont donc poussé et soutenu leurs pions, gardés parfois longtemps en couveuse, tels que Hollande, brandi après la chute de DSK, précédent poussin pressenti ; Hollande a été mandaté d'user et abuser dans son discours de campagne de "sa haine de la finance" pour mieux rallier des électeurs excédés par les difficultés et la crise persistante..."c'est pour mieux te manger mon enfant"..

Le pouvoir de la droite ultra-libérale par la gauche..mais bien sûr. 

C'est une vision certes complotiste mais pour une fois, sûrement pas éloignée de la vérité.

La refondation de la gauche doit passer par les frondeurs, derniers garde-fous des valeurs de gauche au PS.

 

 

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