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Billet de blog 24 août 2022

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Abnégation. 3

Je suis entrée dans l’Abnégation Nationale en 2010, par fidélité familiale pour la Fonction Publique et engagement pour l’intérêt collectif. J’ai croisé la route d’enfants cabossés et rieurs, de parents valeureux et modestes, de collègues engagés et résiliants. Après 12 ans de chemins de traverse, la coupe est pleine. J’ai été bien résistante mais là je suis abîmée. Alors je sauve ma peau,je pars.

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La CLIS-D-IME

Mais pas de points, pas de poste, vous ai-je déjà dit je crois. Je n’ai pas pu rester sur la classe de TPS-PS. Assignée d’office à un poste de remplaçante suite au Mouvement intra-départemental, les angoisses du coup de téléphone sont bien vite remontées. Maintenant que j’y pense, je me demande si ce n’est pas à cette époque-là que j’ai commencé à développer un rejet automatique de la sonnerie téléphonique! Cette fois-ci le coup de fil est venu plus tôt, la veille de la pré-rentrée. Et encore un coup de chance : une autre classe à l’année. J’ai compris plus tard que j’avais carrément été vernie au début de ma carrière, il aura fallu parfois plus de 5 ou 6 ans à certaines de mes copines pour accéder au graal d’une classe à l’année. Nouvelle rentrée, nouveau challenge : cette classe était une CLIS-D-IME. C’est quoi, ça? Pour tous ceux qui ne sont pas de la maison, quelques précisions : 

- Clis = Classe pour l’Inclusion Scolaire. L’action se situe donc dans l’enseignement spécialisé (ASH) qui, tel une nébuleuse héritée d’un temps où tout élève « différent » était exclu du système « normal », cible des publics d’élèves porteurs de différents handicaps, d'élèves en difficulté scolaire - élémentaire et collège - ou encore les apprenants d’établissements pénitentiaires. La Clis est une classe spécifique pour les élèves handicapés, situé dans le milieu ordinaire de scolarisation, à l’école.

- D, c’est pour les Troubles des Fonctions Cognitives. A, B et C, ce sont d’autres handicaps. En vrac, sous la lettre D, vous trouviez tout aussi bien des enfants avec une déficience intellectuelle liée à une maladie génétique ou à d’autres troubles du développement que des enfants avec des troubles autistiques, des troubles spécifiques du langage, ainsi que des troubles psychiques ou de la conduite et du comportement. Vaste programme pour les enseignants qui détenaient le diplôme spécifique qu’il faut avoir pour enseigner en Spécialisé D. Car oui oui, il faut un diplôme spécifique acquis au terme d’une solide formation. Cela requiert des compétences particulières de répondre aux besoins éducatifs particuliers de ces élèves. En sus bien sûr des compétences d’enseignant ordinaire qu’il est quand même préférable de maîtriser, plutôt bien que peu. Bien sûr, je n’avais pas le diplôme en arrivant. Bien sûr, du haut de ma petite expérience, je ne maîtrisais pas grand-chose de manière experte. Donc j’ai été nommée sur ce poste. CQFD. Ou plutôt, CQFDAS, démontré par l’Absurde du Système.

- IME, pour Institu-Médico-Éducatif. J’ai compris en arrivant que cette Clis-là était spéciale, la seule comme ça du département à l’époque, en réalité. Tous mes élèves étaient pensionnaires d’un IME. Ils étaient porteurs de handicaps mentaux et plus précisément, m’expliquera-t-on à l’IME, d’une déficience intellectuelle moyenne. Dans le reste du département, ces élèves ne venaient pas en classe dans les écoles, c’est un.e enseignant.e spécialisé.e qui leur faisait classe au sein même de l’IME. D’où le côté unique de ma classe, précurseure de l’École Inclusive en quelque sorte…

Toutes ces informations, je les ai eues en arrivant sur l’école, accueillie par Maurice, le directeur. Ce vieux père grincheux de l’Institution a dû déceler dans mes yeux ou mon jeune âge que prendre la relève de l’instit’ spécialisée qui gérait la Clis depuis 20 ans n’allait pas se faire sans un coup de pouce. Maurice m’a prise sous son aile et accompagnée à l’IME. Il m’a donné le temps de rencontrer les Éduc-Spé avec qui je travaillerai dans ma classe, de mieux comprendre le fonctionnement spécifique de ma mission. Il m’a tout de suite mise en contact avec l’Enseignante Référente qui a pris sur son temps plus que précieux pour me décrypter les projets spécialisés de chacun de mes élèves, individuellement. Maurice, c’était un directeur à l’ancienne, comme on en fait plus je pense, aux petits oignons pour son équipe, même s’il ne fallait pas arriver au mauvais moment dans son bureau, sous peine de se frotter aux grognements du vieil ours concentré. Il était à l’école de 7h à 20h, d’ailleurs il y habitait. Il m’a toujours fait pensé à mon médecin de famille, toujours disponible mais faut pas être pressé, y’a du monde qui attend et des piles de choses à faire. Dix ans plus tard, je comprend avec quelle intuition sensible et avec quel engagement minutieux auprès de son école et de ses équipes ce directeur faisait tourner cet établissement - classé « Zone violence » - avec une précision d’horlogerie, et non sans humour.

Certains lui reprochaient de toujours ménager la chèvre et le chou, mais n’est-ce pas une qualité de savoir ménager des professionnels de l’enfance parfois violemment heurtés par leur quotidien au travail, par leur hiérarchie ou même en difficulté dans leur vie personnelle? L’équilibre est subtil pour maintenir à flot et faire avancer le bateau de l’École. Un vrai travail d’équilibristes en collectif pour que chaque professionnel se sente soutenu, confiant et habile à dénouer et dérouler toujours différemment les fils parfois fragiles de l’apprentissage en chacun des élèves. Il faut du professionnalisme, qui passe certes par des savoirs et un respect des process et programmes, mais aussi par de l’empathie, de l’écoute, de la prévenance. Par de l’entraide et du partage. Par de la patience, du respect, de la congruence, de la distance et de la non-précipitation. Par le respect d’un cadre. Mais il faut aussi de la liberté d’action et de la digression parfois pour huiler des rouages grinçants et de l’inventivité pour trouver des solutions. Toujours dans l’intérêt des élèves et au détriment de personne. Il faut une bonne dose de tout cela. À tous les étages. Inspecteurs et supérieurs académiques compris. Sinon ça se grippe. Maurice faisait partie de tous ceux qui faisaient que le système ne se grippait pas, ou pas trop fort. Mon Inspectrice de l’époque également. Ils sont en retraite depuis plusieurs années. 

C’était il y a dix ans. Juste avant les prémices, à peu près je dirais, de la Start’Up Education.

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