Mon vote n'a pas la peau blanche

Le FN promeut un patriotisme extrémiste radical. Comme un « Djihad bleu, blanc et rouge ». Une sorte de « guerre sainte » au nom de la préférence nationale aux racines blanches et chrétiennes. Si pour vous le vote est un droit, pour nous il a le poids et la douleur d’un devoir : Celui de rester en vie !

 «Il est si facile de détourner le regard,

De vivre avec les conséquences de notre histoire

Et d'ignorer l'infamie perpétrée en notre nom tous.

Toi et moi, nous n'avons jamais vraiment eu ce luxe. » 

Ta-Nehisi Coates  - Une Colère Noire.

 

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Comme il y a 15 ans, les élections présidentielles de 2017 nous mettent face à la menace bien réelle du Front National au second tour. Mais cette fois-ci, des millions de Français s’apprêtent à voter Marine Le Pen. Par choix. Des millions d’autres quant à eux, ne peuvent déjà se résoudre à voter pour Emmanuel Macron.

Un luxe que j’aurai adoré connaitre, mais je ne peux pas me le permettre. Je ne peux pas m’offrir le privilège de croire qu’en France mon vote peut être aussi blanc que les autres…

Les élections de 2002 qui opposèrent Jacques Chirac à Jean Marie Lepen au second tour servent souvent d’exemples aux élections-ci (Le chantage au vote utile, le regret d’avoir voté Chirac etc). Mais, en dehors d’un chômage et des inégalités galopantes,  quelles ont été les conséquences les plus graves du dernier quinquennat de Chirac? Les lois d’exceptions sur le port du voile dès 2004, l’assimilation des arabes et noirs de France à l’islamisme radical, les émeutes de 2005 dans l’indifférence générale, un plafond de verre structurelle maintenant l’existence des ghettos ethniques et une crise économique qui a touché tout le monde, mais qui généré une augmentation des discriminations toujours plus racistes, décomplexées et violentes à l’égard des populations racisées et criminalisées. Populations dont les vies, et des voix électorales restent invisibles car elles ni représentées ni prises en compte. Jamais !

Le voilà le bilan du quinquennat de Chirac ! Quel aurait été celui de Jean-Marie Le Pen ?

De 2002 à 2017, le terreau fertile où le FN a poussé année après année, est la cause direct du traitement et des attaques incessantes que nous avons subis jusqu’à l’état d’urgence actuel.

En dépit des alternances politiques, les arabes et noirs de France ont depuis toujours été des citoyens de seconde zone. Des indésirables. Nous habitons pour la plupart hors des périphéries des villes, où nous culminons depuis toujours à plus 40% de chômage. Notre pauvreté à nous, est le fait de discriminations qui nous condamnent presque tous à l’invisibilité, à l’échec scolaire, aux aides sociales, aux voies de garages, et autant de CDD, missions interim, répressions policières, et exclusions systémique. Le plafond de verre entre les blancs et nous, nous pousse dans l’économie parallèle, l’illégalité, et nous remplissons les prisons françaises à 77%. Que la France soit ou non en crise, ce plafond de verre est si omniprésent qu’on le croirait inscrit dans le marbre de la constitution Française. Comme un héritage..

Malheureusement, de population en danger, nous sommes devenues une population dangereuse. Entre 2002 et 2017, nos visages et nos noms de familles ont été synonymes de la délinquance puis du terrorisme. Nous en sommes devenus inemployables, inintégrable et infréquentables. A un point tel que Marine Lepen se targue d’avoir à elle seule le « courage » de s’attaquer à nous, sans que personne en France ne se demande ce que nous ressentons au fond de nous, à être ainsi perçus comme des parasites ou du gibier à abattre.   

A cause d’une poignée d’extrémistes religieux, nous payons tous, et passons pour des individus potentiellement dangereux. Mais imaginez un instant que nous traitions tous les français de fascistes, parce qu’une poignée d’entre eux (majoritairement blancs) votent Front National ? Vous en penseriez quoi ?

Très honnêtement, je ne sais pas ce qui nous retient de le faire. De proposer des centres de déradicalisation politique,  d’instaurer un état d’urgence ou que sais-je encore...

Depuis que je suis petit, je sais que le FN promeut un patriotisme extrémiste radical. Comme un « Djihad bleu, blanc et rouge ». Une sorte de « guerre sainte » au nom de la préférence nationale aux racines blanches et chrétiennes. Ses partisans qui ne s’en sont jamais cachés ne sont pas vus comme des illuminés ou des prêcheurs radicaux. Pourtant en prônant la haine raciale, c’est ce qu’ils sont.

Malgré tout, FN ou pas, nous avons l’habitude de ces injustices à 2 vitesses. La police Française qui vote à plus de 50% pour ce parti, tue 10 à 15 d’entre nous, chaque année, en toute impunité…. Pour dire que la seule chose que nous avons assimilé dans vos politiques d’intégrations vaseuses, c’est que nos vies ne valent rien en comparaison des vôtres. Et par conséquent, notre avis et notre voix non plus !

Depuis une semaine, j’assiste incrédule à la vaillante certitude des blancs, à leur éthique de privilégiés convaincu de ne pas se corrompre dans le vote Macron. Parce que comme leur vie, leur voix a un prix, que la mienne n’a pas. Ils arguent qu’ils ne voteront jamais Macron. Qu’ils ne se sont pas opposé des mois durant à sa loi travail pour abdiquer dans l’isoloir. Que c’est au-delà de leurs forces etc… Je les vois confondre ennemi avec adversaire, et se permettre ce luxe inouï (et inconscient) d’ignorer la menace FN, parce qu’ils ne sont pas étrangers, musulmans, pauvres, homosexuels ou autre.

En 2017, Macron est un adversaire du peuple, dévoué à la finance mondialisée. C’est vrai, mais Marine Le Pen n’est pas un simple « adversaire » du peuple, elle en est l’ennemi !

Cet erzat de « califat » qu’elle nommera « 6e République » s’en prendra avant tout et exclusivement à toutes celles et ceux qui n’ont pas le luxe de refuser le chantage Macron-Lepen.

« Heureusement » la politique prônée par le FN, n’est pas très différente de celle que nous avons l’habitude de subir en France.

Nous sommes en quelque sorte, devenus « tolérants » économiquement et socialement aux souffrances qu’engendre l’exclusion raciale. Et à mesure que nous nous sommes habitués à elles, de plus en plus de privilégiés - majoritairement blancs - ont adhéré gentiment aux idées du Front National.

Alors si pour vous le vote est un droit, pour nous il a le poids et la douleur d’un devoir.

Celui de rester en vie !

 

Halim Mahmoudi

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