Je m’exprime aujourd’hui comme femme politique engagée au sein du Parti socialiste, présidente de Français du Monde Suisse, candidate aux législatives des Français de l’étranger pour la sixième circonscription Suisse Liechtenstein, et présidente d’une antenne de la Fondation Danielle Mitterrand.
Depuis de nombreuses années, je suis pleinement engagée aux côtés du peuple kurde. J’ai participé à tout ce qui était possible sur le plan politique, juridique et international, que ce soit au Parlement européen, dans le cadre des travaux autour du tribunal de Rojava, ou à travers des actions de plaidoyer et de solidarité. La Fondation Danielle Mitterrand a historiquement porté cette cause avec constance, en lien étroit avec la défense de la démocratie, des droits humains et du droit des peuples à disposer d’eux mêmes.
Il y a peu, les Prix Danielle Mitterrand ont été décernés à des femmes kurdes pour leur exemplarité démocratique. Ce choix reconnaissait une réalité politique rare au Moyen Orient. Les femmes kurdes portent depuis des années un projet de société fondé sur l’égalité, la démocratie locale, le pluralisme, l’émancipation et la paix. Elles ont été en première ligne dans la lutte contre Daesh. Elles ont payé un prix immense pour des valeurs que l’Europe prétend défendre.
Aujourd’hui pourtant, un génocide se prépare sous nos yeux.
Tout le monde le sait.
La communauté internationale savait ce qui se jouait hier avec Daesh, ISIS et Al Qaïda. Elle sait aujourd’hui que des forces islamistes radicales reprennent le contrôle en Syrie, que les équilibres sont rompus et que les Kurdes sont abandonnés. Les désengagements successifs, les compromis cyniques, les déclarations récentes de responsables politiques américains organisent un retrait général et laissent le champ libre à la violence.
Ce sont les femmes kurdes qui sont à nouveau en première ligne, cibles politiques, symboliques et militaires. Mais ce sont aussi les hommes, les enfants, les civils, tout un peuple livré à lui même.
Ce qui m’interroge profondément aujourd’hui, au delà de la tragédie en cours, c’est le silence.
Le silence médiatique, avec si peu de reportages, si peu de récits, si peu de visages.
Le silence politique, fait de prudence excessive, de déclarations tardives ou d’absence totale de position.
Le silence enfin de nombreuses associations féministes et progressistes, pourtant si promptes à se mobiliser sur d’autres sujets. Pourquoi cette retenue ici. Pourquoi cette gêne. Pourquoi ce deux poids deux mesures, alors que les femmes kurdes incarnent concrètement ce que tant de mouvements disent défendre.
Face à l’ampleur du désastre annoncé, ces silences ne sont plus neutres. Ils deviennent une forme de renoncement, parfois de complicité.
Que faire alors.
D’abord nommer les choses. Ce qui se joue est une entreprise d’effacement politique, culturel et humain. Ensuite rompre le silence, dans les médias, les partis, les associations, les syndicats, les institutions européennes et internationales. Exiger des gouvernements qu’ils assument leurs responsabilités. Soutenir concrètement les structures kurdes, les défenseuses des droits humains, les journalistes sur place. Protéger celles et ceux qui ont combattu Daesh et que nous abandonnons aujourd’hui.
L’Histoire jugera sévèrement notre passivité.
Elle jugera aussi celles et ceux qui auront parlé, alerté et insisté.
Je refuse de me taire.
Parce que le Kurdistan n’est pas une cause périphérique.
Parce que les femmes kurdes ne sont pas un sujet secondaire.
Parce que la démocratie, lorsqu’elle est attaquée là bas, l’est partout.
Halima Delimi
Présidente de Français du Monde Suisse
Présidente d’une antenne de la Fondation Danielle Mitterrand
Candidate aux législatives des Français de l’étranger
Sixième circonscription Suisse Liechtenstein