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Billet de blog 14 juin 2020

TRAORE, RACISME & POLICE RÉPUBLICAINE: MES REFLEXIONS

Dans le mouvement social qui vient d’exploser en France avec le comité Adama Traoré revitalisé par l’affaire du meurtre de George Floyd aux USA, il y a beaucoup choses qui me dérangent confusément et que j’ai besoin de clarifier. Je vous en fais profiter, pendant qu’on y est.

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Que se passe-t-il en ce moment, au juste ?!

En prenant pour étendard Adama Traoré, décédé à la suite d’une interpellation policière, des « minorités visibles » se soulèvent et accusent la police française de violences racistes. Accusations soutenues par une population bien plus large (a priori de plus en plus sensibles aux injustices et aux discriminations de ces minorités) et relayées par des personnalités médiatiques d’horizons très variés.

Les faits d’abord.

Selon l’avocat Régis de Castelnau (qui n’est en aucune façon chargé de la défense de la famille Traoré), le récit de la mort d’Adama Traoré – selon lequel ce dernier aurait été étouffé par les gendarmes à l’occasion d’un contrôle d’identité motivé par la couleur de sa peau qui aurait mal tourné (ce qui en fait un crime raciste couvert ensuite par la Justice au nom de la raison d’État) – ce récit est A PRIORI politiquement faux.

En réalité, le 19 juillet 2016, Adama Traoré a fait l’objet d’une arrestation pour tentative de fuite dans le cadre d’une procédure judiciaire qui à l’origine visait son frère avec qui il se trouvait au moment des faits – et pas du tout d’un contrôle d’identité. Il n’a pas été arrêté par des gendarmes (noirs, en l’occurrence) PARCE QUE NOIR mais parce qu’il était un délinquant présumé et qu’il avait fui à l’arrivée des FDO. Après une course-poursuite mouvementée, il est décédé à la gendarmerie de Persan-Beaumont, moins de deux heures après son interpellation d’une asphyxie. Une procédure judiciaire est en cours pour déterminer les causes de sa mort et savoir si ce sont des violences des forces de l’ordre qui l’ont provoquée.

Les pierres d’achoppement ensuite.

Au cours de cette interpellation, il est tout à fait POSSIBLE :

  • que les policiers n’aient pas appliqué les protocoles auxquels ils sont tenus,
  • que les droits de la personne interpellée n’aient pas été respectés,
  • enfin que la police, de plus en plus confortée au quotidien par un régime d’impunité, ait adopté des comportements abusifs pendant et après l’interpellation ayant entrainé la mort d’Adama Traoré.

Il est aussi tout à fait possible que les organes de contrôle des FDO et le pouvoir judiciaire aient tenté de couvrir et « blanchir » des policiers fautifs comme l’affirme le comité de soutien d’Adama Traoré et son avocate.

Mais en conclure pour autant qu’il s’agit d’un crime raciste couvert par la raison d’Etat est un raccourci et surtout une simple allégation. Ce n’est en réalité que l’interprétation d’INTENTIONS. Ce n’est, en tout cas, pas le FOND de l’affaire.

Le fond de l’affaire

A l’exposé des faits, selon moi, le vrai problème (que ne fait que confirmer l’affaire Traoré) est plus général sinon plus grave : c’est que la police française semble de moins en moins républicaine en ceci…

  • qu’elle bafoue illégalement les droits des citoyens (notamment en termes de respect de l’intégrité physique, d’application des procédures de garde-à-vue, de présomption d’innocence, etc.)
  • qu’elle contourne voire violent délibérément les lois et règlement qui sont sensés régir ses modalités d’intervention (notamment en termes d’identification des agents, de faux témoignages, faux en écritures sur les procès-verbaux, destruction de preuves, manœuvres pour empêcher les témoins de filmer, intimidations, etc.).

Et il est possible que ces abus de pouvoirs – déjà inacceptables dans un Etat de droit – aient entraîné des conséquences dramatiques insoutenables dans le cas d’Adama Traoré (quel que puisse être son casier judiciaire, par ailleurs)…

Mais cette situation intolérable est, A PEINE dans une moindre mesure, celle qu’ont subi les Gilets Jaunes, les lycéens, les pompiers, les personnels de santé, les grévistes et manifestants de la Loi Travail, la Loi sur les Retraites, etc… Bref, celle que subissent de plus en plus de citoyens en France aujourd’hui !

La motivation raciste

Selon une rigoureuse étude du CEVIPOF en 2016/2017, 67% des policiers portent, assument des idées d’extrême-droite et votent pour les candidats correspondant. Sans aller jusqu’au RN, le tiers restant, à quelques exceptions près, affichent des positions… de DROITE DURE. Conservatisme, préservation de l’ordre établi, modèle d’intégration non négociable, contrôles, sanctions, etc…

On peut donc supposer sans tomber dans l’exagération qu’une grande majorité des FDO sont racistes (ce que confirment d‘ailleurs de nombreux d’agents au sein de l’institution, consternés par cette situation). On peut même supposer, du coup, que la motivation raciste a peut-être été un facteur aggravant dans l’interpellation d’Adama Traoré.

Le vrai danger.

Mais ce que disent surtout les conclusions de l’étude du CEVIPOF, notamment quand on les corrèle à des affaires de plus en plus nombreuses ces dernières années, c’est d’abord et avant tout que LA POLICE SE FASCISE INEXORABLEMENT et, protégée par des gouvernements qui ont absolument besoin d’eux au point de leur offrir une impunité de fait, devient UN DANGER POUR LA REPUBLIQUE COMME POUR LA DEMOCRATIE.

Le racisme, là-dedans, n’est qu’un pis-aller lamentable.

Et donc ? La solution ?

Mais couper le cheveu en quatre résout-il quoi que ce soit ? se dira-t-on peut-être. Les petits blancs ne seraient-ils pas simplement en train de découvrir ce que subissent les minorités tous les jours et de s’en offusquer au nom non pas du racisme évidemment mais des valeurs républicaines ? Je ne sais pas.

Tout ce que je sais, par contre, c’est qu’étouffer les « valeurs » racistes dans la police (à supposer seulement qu’on parvienne à retourner les âmes et les cœurs) diminuera PEUT-ETRE les actes racistes mais pas les pratiques de plus en plus antirépublicaines qui gangrènent cette institution et menacent directement (et à court-terme) notre société. Alors que, à l’inverse, s’attaquer aux dérives antirépublicaines DEVRAIT mécaniquement réduire du même coup les comportements racistes. Enfin j’espère.

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