Hamdi Nabli
Politologue, chercheur indépendant. Dernier ouvrage paru : "Foucault et Baudrillard, la fin du pouvoir.", L'Harmattan, 2015.
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Billet de blog 15 mars 2014

Foucault et Baudrillard. Premières réflexions.

Hamdi Nabli
Politologue, chercheur indépendant. Dernier ouvrage paru : "Foucault et Baudrillard, la fin du pouvoir.", L'Harmattan, 2015.
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Le philosophe et historien Michel Foucault (1926-1984), dans ses derniers tomes de son Histoire de la sexualitéL’usage des plaisirs et Le souci de soi (1984) –, esquissa une anthropologie du plaisir dans l’Antiquité gréco-romaine sous un angle à la fois moral, politique, économique et social. Cette anthropologie s’est esquissée à travers l’étude du thème aristocratique de la formation de l’individu par lui-même, dans le cadre d’une culture ancienne élitiste, favorisant l’émergence de personnalités singulières.

Cet axe de recherche éthique, centrée sur la fondation du moi via une généalogie de la subjectivité, a constitué un virage de l’intellectuel français par rapport à sa vocation précédente. En effet, depuis mai-68, l’auteur de l’Histoire de la folie (1961) et des Mots et les choses (1966) avait fait de l’engagement un principe d’activité fondamental, dans la mesure où il devait être le moteur d’une mobilisation sociale propre à faire vaciller les normes véhiculées par les institutions. Au plus fort de sa période militante, Michel Foucault fut ainsi l’un des animateurs du Groupe d’information sur les prisons (GIP), et était proche des maoïstes et des trotskistes. De son expérience de l’action politique naquirent Surveiller et punir (1975) et La volonté de savoir (1976), où se déployait un axe de recherche établissant les liens et définissant les rapports entre savoir et pouvoir.

Or c’est précisément cette approche à la fois théorique et pratique, mêlant mise à jour de l’usage politique du savoir et utilisation du savoir dans la résistance au pouvoir, qui avait été l’objet d’une critique acerbe de la part du sociologue Jean Baudrillard (1929-2007). Dans son Oublier Foucault (1976), celui-ci reprochait au philosophe et historien de garder intacte l’instance du pouvoir comme grille d’intelligibilité ultime à travers son usage du modèle de la guerre comme analyseur des rapports sociaux, alors qu’une remise en cause radicale de la société moderne devrait, selon Jean Baudrillard, faire l’économie de toute théorie du pouvoir, aussi critique et audacieuse soit-elle, et promouvoir le refus de toute tactique de résistance frontale et de tout rapport de forces, de même que l’évitement symbolique du pouvoir par la mobilisation de toutes les intensités et énergies contestataires (mouvements de libération) dont se sert justement le système pour se reproduire.

Dès lors, la façon dont Michel Foucault a orienté sa recherche dans les années quatre-vingt, en s’écartant de l’axe concernant le pouvoir pour se focaliser sur celui relatif à la subjectivité, à l’éthique de soi, l’esthétique de l’existence et le style de vie, ne serait-elle pas une manière subreptice de concéder à la critique de Jean Baudrillard une part de vérité ? Telle est notre hypothèse.

L’enjeu de ce débat a priori abscons provient de ce que les mouvements de libération des années soixante-dix avaient provoqué chez Foucault l’espoir d’un agencement fructueux entre une sexualité renouvelée et une nouvelle culture susceptible de constituer une résistance sociale apte à renverser l’ordre établi, ou du moins sa morale (étant entendu que le mariage bourgeois et la monogamie hétérosexuelle étaient considérés comme les garants systémiques et cognitifs du fonctionnement du capitalisme industriel). L’évolution des sociétés occidentales modernes a cependant montré sinon une adéquation de cette nouvelle culture (« gay, lesbienne, bi, trans ») avec la société de consommation, du moins une permissivité infinie de la part de la société à l’égard de pratiques réputées désormais sans dangers. Pis : cette nouvelle culture semble être devenue un modèle d’intégration à la société postmoderne, une matrice socioculturelle du « nouvel esprit du capitalisme », où règnent la créativité (publicitaire), la nouveauté (marketing), le réseau (d’amitié), la flexibilité (du travail) et la précarité (des sentiments). La nouvelle culture socio-sexuelle serait alors le garant ontologique d’un nouvel ordre établi où prévalent l’individualisme marchand, le souci consumériste de soi et la promotion d’un urbanisme convivial et festif, loin des valeurs ascétiques qu’évoque Foucault dans sa recherche sur les stoïciens dans l’Antiquité…

Cette ambivalence fondamentale du thème du souci de soi et de l’espoir anarchiste et contestataire qui lui était lié, a poussé Jean Baudrillard à radicaliser son positionnement afin de se déprendre de toute récupération. La singularité de l’Autre, échappant à l’emprise de la culture marchande mondiale, même sous une forme violente – voir son Esprit du terrorisme (2001) –, devient dès lors l’ultime alternative face à un système ayant élevé l’alternance, et donc l’identité des mêmes (individus, peuples, partis, sexes) au rang d’horizon indépassable de la Civilisation immatérielle, virtuelle…

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