Pour l'OCDE et le FMI la crise financière résulte des inégalités!

Au plus fort de la crise financière, après Lehman Brothers, je trouvais intéressantes et convaincantes les explications de F.Lordon (Jusqu'à quand, pour en finir avec les crise financières, raison d'agir 2008). En substance, la crise des subprime fut provoquée par ce qu'il appelle un régime d'accumulation à basse pression salariale: pour soutenir la demande et la croissance dans un contexte de formidable creusement des inégalités économiques, on a eu recours à l'endettement privé, y compris celui de ceux dont l'auteur nous apprend qu'il furent cyniquement qualifiés de Ninja par des financiers sans scrupules; NINJA: no income, no job or asset (pas de revenu, pas d'emploi, pas de patrimoine).

Lordon est-il excessif? Est-il un irresponsable gauchiste qui voudrait demain raser gratis si on lui concédait une once de pouvoir? Quelle surprise alors de retrouver des raisonnements assez proches sur l'origine de la crise chez le très sérieux et fréquentable J.Attali dans son livre: La crise et après, Fayard, 2008: « tout commence par la libéralisation financière qui conduit partout dans le monde à l'augmentation de la part des profitsdans le revenu national (...)au total, ce transfert de richesse pèse sur la demande (page 57-58).(...) il faut pouvoir maintenir la demande sans augmenter les revenuset, pour cela, inciter la classe moyenne à s'endetter(...)(page59). »

Mais c'est la lecture d'un numéro récent du très sérieux bi-mensuel Problèmes économiques (numéro3 023, juillet 2011)qui ne laisse d'étonner. On y lit par exemple page 5, dans un article de l'OCDE que « l'existence d'inégalités importantes et en progression peut donc avoir alimenté l'instabilité économique ».S'ensuit un réquisitoire contre « la montée des inégalités qui crée des difficultés économique, sociales et politiques ». Page 10, pour le FMI, Michael Kumhof et Romain Rancière avancent l'idée que les deux crises majeures connues par les EU depuis un siècle (celle de 29 et celle dans laquelle nous sommes) sont le résultat d'une dynamique à long terme de creusement des inégalités.

Nos deux organisations d'inspiration plutôt libérale (la prudence me dicte l'utilisation d'euphémismes) posent elle-même un diagnostic de la crise qui rejoint celui d'observateurs plus hétérodoxes. Que n'en tirent-elles les conclusions adéquates quant aux préconisations de politiques économique et sociales à conduire pour sortir de l'ornière dans laquelle 30 ans de libéralisation nous ont conduit?

Ne faut-il pas lire les atermoiements récents des riches (taxez-nous!) comme la crainte d'un inévitable dévoilement d'une situation objectivement et dangereusement injuste? Le niveau de conscience des peuples est-il assez mûr pour réclamer dans les urnes ou dans la rue un renversement de tendance pour rétablir enfin un semblant de justice sociale. Rien n'est moins sûr...mais nous voulons y croire. Car il y a des alternatives.

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