Lettre ouverte à Amine Benalia-Brouch : à mon instar, tu n’es pas un arabe comme les autres.

Je ne reviendrai pas en détail sur les faits désormais connus de tous et sur les propos au mieux ambigus au pire ordinairement racistes de monsieur Hortefeux. Tu sais mieux que quiconque ce qui s’est passé mais j’ai beaucoup de mal à croire en ta sincérité dans la vidéo que tu as postée dans laquelle tu « innocentes » ce brave ministre.

Si j’ai la conviction profonde qu’il a effectivement dérapé c’est que j’ai vécu ce genre de scènes à de très nombreuses reprises dans ma tendre enfance, à l’adolescence et même ces dernières années bien que de manière moins grossière. Le scénario est presque le même à chaque fois. Il ya un arabe plutôt gentil, plutôt intégré socialement au sein d’un groupe de personnes qui ne lui sont pas hostiles et qui lui vouent même une véritable affection. Comme toi, je corresponds un peu à cela et ce depuis ma tendre enfance même si je suis passé par des périodes de petites déviances en grande partie par révolte contre ce racisme ordinaire. Lorsqu’on en vient à plaisanter sur les caractéristiques ethniques de l’« intrus », celui que l’on chambre gentiment est très mal à l’aise car il ne faut pas montrer un manque d’humour dans une situation qui est souvent celle d’une certaine convivialité. On sourit plus ou moins sincèrement, on rit plus ou moins jaune, on attend que cela passe. Dur d’avoir la répartie qui met les rieurs de son côté et cloue le bec de l’ (des) assaillant(s) sans jeter de froid. La dernière fois, cela m’est arrivé sur mon lieu de travail, un contexte sociologiquement à gauche. J’avais écrit et affiché un petit texte conviant les collègues à une petite conférence-débat. Il y avait une faute de frappe sur un article défini (du genre la à la place de le). Quelqu’un a lancé un truc genre : il sait pas bien écrire, ce sont ses origines, évidemment sur le ton de l’humour. Rires, petites phrases, blagues, et moi au milieu, gêné, un peu en colère contre ce collègue et ami qui avait lancé cette plaisanterie, et triste de constater que mon arabité se rappelait encore à moi à l’âge de 40 ans dans une salle de professeurs et sous une forme si grossière. Comme quoi la droite n’a pas le monopole de l’ « humour à tendance raciste ». Comme je l’indiquais plus haut, j’ai vécu cela aussi dans ma tendre enfance. Lorsqu’il m’arrivais de montrer de la colère ou de la tristesse en réaction à une blague de trop ou parce quelqu’un se permettait de dénigrer les arabes en général en ma présence, on me répondait souvent : oui mais c’est pas à toi que l’on en veut, toi tu n’es pas comme les autres. Evidemment, je ne parle ici que de ces petites phrases sans évoquer les nombreux cas de ségrégation raciale dont nous fûmes victimes avec des copains basanés comme moi car c’est un autre problème.

Or, cher Amine, c’est exactement ce qui ressort de la vidéo incriminée. Tu ne corresponds pas au prototype, tu manges du cochon et bois de la bière…tu n’es pas comme les autres. Mais dans ce cas, c’est beaucoup plus grave que ce que j’ai vécu car les propos sortent de la bouche d’un ministre de la république qui s'exprime en connaissance de cause devant les caméras de Public Sénat. Je ne comprends que tu en viennes à excuser un tel comportement. Te tends-tu compte que ces quelques phrases prononcées par B.Hortefeux constituent un véritable permis de penser pour des milliers de personnes ?

Il faudrait que tu nous livres ta version précise des faits de manière un peu plus convaincante et argumentée que dans cette petite vidéo que tu as diffusée. Peut-être te serait-il possible aussi de d'oeuvrer pour que le ministre de l'intérieur réponde aux question précises que lui a posé Médiapart?

A défaut, il faudrait prendre conscience de la gravité des propos tenus par le ministre et accessoirement par tes « camarades » militants de l’UMP des Landes.

Hamed Bourouffala, arabe, provençal de naissance, girondin d’adoption, français, européen, citoyen du monde, socialement intégré mais néanmoins révolté contre toutes formes de racisme et d’injustice sociale.

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