Une insupportable odeur de menthe et de coriandre dans le tramway bordelais !

En ce paisible samedi matin de fin septembre, je me rends au truculent marché du quartier St Michel à Bordeaux. Pittoresque caléidoscope culturel que ce lieu d’approvisionnement et de rencontre. Blancs, noirs, café au lait et autres asiatiques d’origine s’y côtoient dans une ambiance bon enfant. Il fait plutôt beau malgré la récente chute de la température et les terrasses des cafés et restaurants sont pleines. Pour moi, aujourd’hui, outre un désir de promenade dans un cadre animé et haut en couleur, il s’agissait d’acheter d’ample bouquets de menthe et de coriandre à faire sécher ou à congeler pour les chorbas et thés hivernaux.Ma déambulation et mes achats terminés, je remonte dans le tram, ligne B direction Pessac. Debout avec mes sacs d'herbes aromatiques, à la station Unitech je crois, je me décale pour laisser passer des voyageurs qui descendent. Ce faisant, mes sachets osent libérer un soupçon de l'odeur exotique du contenu à hauteur du nez délicat, effarouché et choqué d'un monsieur propre sur lui, assis sur un strapontin. Dans le mouvement des voyageurs durant l'arrêt du tram, je m'assois près de lui, la place venant de se libérer. Que n'ai-je fait! Il se lève violemment grognant et marmonnant des propos que je devine sans difficulté désagréable à mon encontre. Je ne réalise pas tout de suite. Lorsque je le regarde, assis face à moi quelques sièges plus loin, je comprends subitement et l'interpelle: « Monsieur, il ne s'agit que de menthe et de coriandre, non d'excrément (j'ai du dire m---e, je le reconnais) ; c'est l'odeur de ces herbes ou la mienne qui vous gène? » Il se démasque: « Chacun ses opinions! ». Mon sang ne fait qu'un tour, il venait de reconnaître implicitement que c'était l'odeur des plantes en lien très étroit avec mon arabité et avec ses options politiques qui avaient provoqué ce mouvement. Je me sens alors insulté dans mon for intérieur. Comme ces propos moult fois entendus lorsque j'étais petit, venant d'enfants ou d'adultes, dans ma Provence natale: « les arabes ça pue et c'est sale ». Le ton monte et j'ose une petite leçon de démocratie basique: « le racisme n'est pas un opinion, c'est un délit ». Il répète que j'ai mes opinions et qui a les siennes. La dispute prend fin lorsqu'une personne noire d'une quarantaine d'années me fait discrètement signe de calme le jeu. Je m'excuse auprès de lui et cesse les « hostilités ».J'avais besoin d'écrire ce texte ici. Je m'interroge; les paroles, actes et gestes n'ont-ils pas été libérés par les dérives de ce gouvernement dont un des éminents ministres fait l'objet d'une condamnation pour injure raciale? Et comment réagir? Car je regrette un peu d'avoir fait du bruit dans le tram en plus des odeurs. ;-)

 

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