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Billet de blog 2 mars 2016

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Safari Club : Une deuxième CIA, de la guerre froide au financement du djihadisme

Longtemps, le scandale du Watergate fut considéré comme un tournant qui vit une nouvelle génération d’élus entrer dans un Congrès américain aux pouvoirs accrus. Dans un contexte de Guerre Froide, cette période de renouveau de la vie politique a amené Jimmy Carter à la tête de la maison blanche.

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Cette version des faits passe cependant sous silence un basculement majeur dans la politique extérieure américaine. Puisque la War Powers Resolution oblige désormais l’exécutif américain à passer par le Congrès pour l’organisation d’une intervention militaire ou des ventes d’armes, le secrétaire d’Etat Henry Kissinger propose à plusieurs pays arabes, enrichis par la montée des prix du pétrole, de financer des opérations militaires secrètes pour stopper la propagation de l’influence soviétique en Afrique et au Moyen-Orient. Un moyen efficace de poursuivre les intérêts américains sans en assumer les responsabilités en cas d’échec des opérations. La mise en place du projet est confiée au patron du Service de documentation extérieure et de contre-espionnage français (SDECE), Alexandre de Marenches. Ce dernier réunit autour de lui les représentants des services secrets de l’Arabie Saoudite, de l’Egypte, de l’Iran dirigé par le Shah et du Maroc. C’est la naissance du Safari Club, qui compte a son actif plusieurs interventions militaires à partir de 1976. Quelques mois avant la mise en place effective du club, plusieurs représentants de l’aile la plus conservatrice du parti républicain s’emparent de plusieurs postes clés, avec notamment Dick Cheney, Donald Rumsfeld et Georges H.W. Bush qui prend la tête de la CIA. 

Si l’existence du Safari Club est confirmée par l’ancien directeur des services secrets saoudien, le prince Turki Al-Faisal, au cours d’une intervention à l’université de Georgetown en 2002, le journaliste Mohamed Haikal en dévoile les dessous dans son livre Iran : The Untold Story, dès 1982. Le gouvernement islamique issu de la Révolution iranienne l’autorise en effet à étudier les archives du Shah, allié des Etats-Unis, où il prend connaissance de l’existence du club. On découvre ainsi, dans son livre, les premières lignes de la charte du Safari Club : « Les récents évènements en Angola et dans d’autres parties d’Afrique ont démontré le rôle du continent comme théâtre des guerres révolutionnaires conduites par l’Union Soviétique, qui utilise des individus ou des organisations qui ont de la sympathie pour, ou qui sont contrôlés par l’idéologie marxiste. » La charte est ratifiée le 1er septembre par les dirigeants des services secrets des 5 pays cités plus haut. Parallèlement à la lutte militaire et idéologique contre le communisme, les activités du club incluent la défense d’intérêts miniers ou pétroliers dans divers pays africains. Chaque membre du club apporte des compétences spécifiques, nécessaires à la bonne conduite des opérations. La France fournit ainsi des équipements de pointe en matière de sécurité et de communication, l’Egypte et le Maroc mettent des armes et des hommes à disposition, le financement est assuré par l’Arabie Saoudite. La réussite du Safari Club est en partie liée à la préexistence de solides réseaux entre les différents acteurs. L’Arabie Saoudite achète déjà des Mirages français pour l’armée égyptienne et assure une aide financière au Maroc, que le Shah d’Iran et la France ont déjà  aidé lors de sa guerre au Sahara occidental contre les indépendantistes du Front Polisario. Ces réseaux permettent alors de récolter quelques précieuses informations telles que les plans complets du missile soviétique Sam-7. Directeur de cabinet d’Alexandre de Marenches, Michel Roussin explique que « cette structure, maillée par un réseau particulier de transmission, va permettre de monter un certain nombre d’« opérations » en Afrique et au Proche-Orient. Le Sdece n’apparaissant pas directement, la France n’est donc pas impliquée. C’est ça, le rôle du Service. » 

Le succès le plus conséquent du Safari Club est d’avoir réussi à mettre en place le rapprochement entre l’Egypte de Sadate et Israël. Grâce aux bonnes relations entre le roi Hassan II et le Mossad, une rencontre a lieu au Maroc dès octobre 1976 entre Yitzhak Rabin et Anouar Al Sadate. Suite à cette première rencontre, les négociations commencent entre Yitzhak Hofi, le chef des services secrets israéliens et l’émissaire égyptien Hassan Tuhami. Le rapprochement et des rapports entre les deux pays sont officiellement consacrés le 17 novembre 1977 lors de la visite historique du président égyptien à Jerusalem. La normalisation des relations entre Israël et l’Egypte renversent complètement la situation au Proche et Moyen-Orient pour les décennies à venir. En Afrique subsaharienne, l’action du club se révèle déterminante durant la première guerre de Shaba, une province minière au sud du Congo (ex-Zaïre), au printemps 1977. Face au soulèvement du Front de Libération Nationale du Congo, la France réussit à acheminer sur place des troupes marocaines et égyptiennes pour venir en aide au régime de Mobutu, allié des Etats-Unis. L’opération est un succès et servira à porter assistance à l’UNITA de Jonas Savimbi durant la guerre civile en Angola contre les marxistes du Mouvement populaire de Libération de l’Angola. Toujours en 1977, Siad Barré, qui dirige la Somalie, suit l’exemple d’Anouar Al Sadate et, bien que recevant des armes des soviétiques, décide d’un renversement d’alliance en faveur des Etats-Unis. Le 23 juillet, il envahit l’Ogaden et bénéficie du soutien des membres du Safari Club pour combattre le régime du Derg éthiopien, soutenu par Cuba et l’Union Soviétique . En neutralisant le Shah, la révolution iranienne viendra perturber la politique des « deux piliers », Iran et Arabie Saoudite, sur laquelle reposait la politique américaine au Moyen-Orient. Si le Safari Club perd ainsi un membre influent, les réseaux qu’il a construit n’en demeurent pas moins actifs. Ils permettent principalement d’instrumentaliser l’Islam wahabiste comme nouvelle arme contre l’athéisme soviétique. Cette politique conduit les Etats-Unis à porter « une assistance clandestine aux moudjahidines opposés au régime prosoviétique de Kaboul » et entraine l’URSS dans un conflit qui causera sa fin. Ce programme afghan, fruit de la collaboration entre l’Arabie Saoudite, le Pakistan et les Etats-Unis facilite la venue de plus de 30 000 moudjahidines en provenance de plusieurs pays arabes et l’installation des Talibans et du fondamentalisme islamiste. Avec les conséquences que l’on connait. 

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