Quand la société brûle

Une fois de plus, le sort s'acharne sur l'Est parisien. Nous qui avions secrètement espéré que plus jamais la terrible vague d'incendies d'il y a quelques années ne se reproduirait, avons été plongés dans la douleur par le nouvel incendie survenu cour Lesage, dans ce 20ème arrondissement dont je suis élu.

Une fois de plus, le sort s'acharne sur l'Est parisien. Nous qui avions secrètement espéré que plus jamais la terrible vague d'incendies d'il y a quelques années ne se reproduirait, avons été plongés dans la douleur par le nouvel incendie survenu cour Lesage, dans ce 20ème arrondissement dont je suis élu. Avec toujours le même sinistre scénario, le feu se déclare, frappant les victimes par dizaines. Avec peut-être, cette fois encore, la même amère conclusion de l'incertitude quant aux causes immédiates de la tragédie.

Je tiens à saluer les pompiers de Paris, les forces de police et la sécurité civile ainsi que notre équipe municipale et les collaborateurs de Frédérique Calandra qui ont encore une fois tout mis en œuvre pour venir en aide aux sinistrés.

Pour nous autres, élus, ce drame doit nous pousser à énoncer avec force plusieurs constats inadmissibles, indignes d'une société évoluée, mais sur lesquelles, par négligence ou par résignation, nous avons trop souvent fait silence. Premièrement, le scandale de la profonde inégalité des citoyens devant ce qui est ou devrait être le service public. Personne ne s'est interrogé sur les raisons profondes qui engendrent cette différence de traitement, toujours la même, depuis les cas les plus dramatiques comme ceux que nous venons de vivre, jusqu'aux situations en apparence moins importantes mais fort révélatrices néanmoins de l'absence de queue d'attente dans les bureaux de poste des quartiers favorisés contre la très longue attente quasiment devenue de rigueur dans les espaces dévolus aux pauvres.

Deuxièmement, le scandale du logement, aussi redoutable que multidimensionnel. Il faut que tous les citoyens, se sachant concernés, s'emparent directement du sujet. Que tous sachent que la faible croissance dont notre pays pâtit tout en contemplant avec une jalousie mêlée d'exaspération les scores allemands ou d'autres pays est aussi due au poids oppressant du fardeau du logement dans le budget des ménages français. Que l'INSEE commence par la mesure symbolique consistant à ne plus reléguer l'immobilier dans la catégorie de l'investissement, et l'intègre dans l'indice des prix. L'accélération de la construction, tant publique que privée, doit faire plus que jamais l'objet d'un plan d'exception, avec par exemple un mécanisme de prise automatique de décision en cas de défaillance des responsables locaux.

Mais surtout, cruel témoignage de l'immensité de la tâche qui nous reste à accomplir, le chantier de la mixité sociale s'impose à nous. Nos grandes villes comptent parmi les plus ségrégatives d'Europe. Nous devons nous inspirer des méthodes mises en œuvre avec succès chez nos voisins pour briser les ghettos, tant ceux de pauvres que ceux de riches. Si nous persistons dans la procrastination, si nous nous enfermons dans nos rhétoriques voiles du statu quo, si une fois de plus nous échouons à remplir notre mission, d'autres incendies d'immeubles, peut-être allumés d'une main criminelle, mais en tout cas attisés par notre main inactive, marqueront dans la chair des dizaines de nos concitoyens, essentiellement pauvres, ceux-là mêmes dont nous avons fait tant d'efforts pour nous distinguer.

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