Lettre ouverte à Jacques Myard

Monsieur le Député,

Comme vous le dites vous-même, et ce n’est plus à démontrer, vous êtes de plus en plus entendu. Entendu et non point écouté, tant vos différents propos, disséminés aux hasards des aléas de l’actualité récente, à chaque fois prennent pour cible une partie de nos concitoyens, et finissent ainsi par faire l’unanimité contre vous. Tantôt les homosexuels, qui sont pour vous des « pervers sexuels », tantôt les gens du voyage. Les musulmans, comme prévu, bénéficient de toute votre attention et sont la cible de nombre de vos mouvements d’humeur, pour ne pas dire de soubresauts de votre fort troublé inconscient.

Si je vous écris aujourd’hui, c’est pour vous faire part de mon étonnement de voir que d’autres citoyens encore sont sur le point d’être sacrifiés sur votre autel de la pureté gauloise que seule vous chérissez. En effet, il y a quelques jours, dans un entretien pour le site Riposte Laïque, chose déjà fort évocatrice en soi, vous tentiez d’une bien étrange manière de jeter le discrédit sur la fête culturelle organisée à l’Hôtel de Ville de Paris lors de l’une des soirées du mois de ramadan. Passons sur le fait que la question qui vous était adressée sur votre absence de réaction lorsque la Ville de Paris organisait des événements culturels à l’occasion de fêtes telles que Hanouka, Vesak, la Saint Maroun, le Nouvel an chinois ou le Nouvel an berbère n’ait pas reçu de réponse de votre part. En guise d’argument, votre tirade contre le Maire de Paris culminait sur cette double interrogation rhétorique, censée livrer le summum de ce qui est pour vous l’horreur : « Que veut-on de plus ? Devenir aveugle ? ».

Vos craintes s’avèrent pour une fois pleinement justifiées. Le Maire de Paris et les Parisiens ont bien voulu compter des aveugles parmi les élus et responsables de la capitale. Tout comme des personnes porteuses d’autres handicaps. A l’avenir, leur place ne pourra d’ailleurs qu’aller en se renforçant dans toutes les sphères de la vie publique et économique de notre pays. Oui, et ce y compris au sein du conseil municipal de Maisons-Laffitte.

Assurément, votre aspiration, dont au demeurant la traduction très exacte en langue arabe serait le terme de « salafisme », à une pureté gauloise ancienne et fantasmée devrait avant toute chose être confrontée au réel. Pour votre plus grand bien en dernière analyse, car de même que votre assertion sur l’origine gauloise du mot « Noël » ne peut qu’amuser follement les linguistes, la probabilité que vous soyez vous-même effectivement d’ascendance gauloise est à peu près nulle.

Rassurez-vous toutefois, Monsieur le Député. La fréquentation des millions de nos concitoyens porteurs d’un handicap ne vous porterait nullement préjudice, bien au contraire. De même que la fréquentation des non moins nombreux Français de confession musulmane, ne serait-ce que pour agrémenter vos soirées saucisson – vin rouge de quelques-unes des innombrables chansons à boire de la culture traditionnelle arabo-musulmane. Sans même évoquer les innombrables autres Français différents de vous et qui semblent hanter vos nuits.

Monsieur le Député, la culture française tout comme son identité résultent du rapport singulier que ce pays entretient avec l'universel. Et ce non point par le simple effet d’une mystérieuse origine gauloise, mais grâce aux efforts séculaires d’innombrables grands militants de l’égalité, érudits, responsables publics et autres esprits éclairés. Un engagement qui à maintes reprises leur valut persécutions et mépris, avant de finir par rejoindre notre patrimoine commun. La France d’aujourd’hui et de demain est et doit être celle de Diderot et non pas de ceux qui le jetèrent en prison pour le simple fait d’avoir osé interroger et décrire la vision du monde d’un aveugle dans sa Lettre sur les Aveugles à l’usage de ceux qui voient.

Le devoir des élus que nous sommes nous commande d'être à la hauteur de nos aînés et de tout faire pour détruire tous les germes de la haine de l'autre en luttant contre l'ignorance et les préjugés.

Je déplore que, par facilité ou par calcul, vous choisissez de stigmatiser et d'exclure.

Veuillez croire, Monsieur le Député, à l'expression de ma parfaite considération.

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