Quand l’immigration change de statut

On le sait, le Nobel fait des miracles. Révolutionner les choses serait même sa vocation première. Qui eût cru que le prix instauré par un inventeur errant à travers l'Europe, certes génial mais sans éducation sérieuse et pas toujours jugé fréquentable par les grands de ce monde allait devenir la récompense suprême des avancées de la science ? Toutefois la prestigieuse médaille semble détenir d'autres vertus encore qu'Alfred Nobel ne pouvait que difficilement prévoir.

On le sait, le Nobel fait des miracles. Révolutionner les choses serait même sa vocation première. Qui eût cru que le prix instauré par un inventeur errant à travers l'Europe, certes génial mais sans éducation sérieuse et pas toujours jugé fréquentable par les grands de ce monde allait devenir la récompense suprême des avancées de la science ? Toutefois la prestigieuse médaille semble détenir d'autres vertus encore qu'Alfred Nobel ne pouvait que difficilement prévoir.

L'annonce de la nomination de Jules Hoffmann a eu, comme toujours, un effet de dynamite. Les journalistes qui se pressent, les messages téléphoniques qui mettent hors service le plus avancé des répondeurs. La vraie révolution pourrait cependant avoir été bien plus discrète. Dans les non-dits et les fausses évidences.

Dans la presse internationale, Jules Hoffmann était présenté comme un éminent scientifique, sans autre étiquette. En lisant plus loin, on apprenait qu'il venait du Luxembourg. Mais toute la presse française, unanime, a célébré le lauréat français. L'épithète « français » était dans la plupart des titres. Une présence rassurante. Inhabituelle, quand on y songe. Son nom ne serait-il pas suffisamment français ? Ou bien, mieux encore, voulait-on par là écarter d'emblée tout doute sur sa nationalité ?

Plus curieux encore, pour une fois, aucun des innombrables internautes, prompts à accuser de tous les maux les étrangers et les « Français de papier », n'a soufflé mot. Oubliés les cris contre la double nationalité. L'adjectif « français », partout répété, supplantant la paisible ville d'Echternach de Jules Hoffmann, ôtait tout doute. Et surtout, rendait inutile toute remise en question des préjugés bien plus profonds. Lesquels ont pu à nouveau s'épancher quelques minutes plus tard en commentaires à d'autres articles d'actualité.

Car hélas tel est le sort de toute dynamite : elle n'agit qu'un bref instant. Si elle souffle certaines constructions visibles, elle laisse intacts les soubassements mentaux. Comme la vie politique de notre pays depuis trop longtemps, d'ailleurs. Par exemple, au-delà des rancunes que le temps fera oublier, qu'auront changé les cinq années de présidence Sarkozy ou les douze années de son prédécesseur ?

A nous d'inventer la recette d'un changement bien plus durable. Celui dont ni les plus éminents savants, ni les décisionnaires suprêmes, mais bel et bien nous-mêmes serons les acteurs.

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