Après Coluche, Dassault?

« J'arrêterai de faire de la politique quand les politiciens arrêteront de nous faire rire », avait coutume de dire le regretté Coluche. Hélas, il semblerait qu’une fois de plus, après un quinquennat riche en mauvais numéros de tragi-comédie, la loi de séparation entre le rire et l’Etat ait été franchie. À moins que l’ancien maire Dassault, après ses échecs face aux électeurs et peut-être insatisfait du silence douillet du Sénat, n’ait voulu se lancer dans une nouvelle carrière dans le rire ?

« J'arrêterai de faire de la politique quand les politiciens arrêteront de nous faire rire », avait coutume de dire le regretté Coluche. Hélas, il semblerait qu’une fois de plus, après un quinquennat riche en mauvais numéros de tragi-comédie, la loi de séparation entre le rire et l’Etat ait été franchie. À moins que l’ancien maire Dassault, après ses échecs face aux électeurs et peut-être insatisfait du silence douillet du Sénat, n’ait voulu se lancer dans une nouvelle carrière dans le rire ? Prenant à rebours la trajectoire du grand Coluche avant son accident, supplantant même Pierre Charon que le Prince appelait son conseiller « rire et chansons » tombé en disgrâce, aurait-il ainsi voulu nous faire oublier les échecs commerciaux de l’entreprise qu’il a, égalité républicaine oblige, héritée de son père ?

Peu importe le mobile, les faits sont là. Prenant le contre-pied des quelques grandes fortunes qui avaient réclamé davantage de taxes, sans doute sous l’empire de la pernicieuse influence américaine de Warren Buffet, lors du Campus de l’UMP, il a dénoncé le projet d’impôt de 3% sur les plus gros revenus. En lieu et place de cet impôt « idiot et nul », toujours selon le sénateur, il conviendrait de supprimer la prime pour l’emploi, bref de taxer les pauvres.

Certes, peut-être que l’honorable patron, par vertu de son statut social à défaut de vertu personnelle, s’est-il senti affranchi de l’antique recommandation d’Héraclite d’Ephèse de ne pas faire rire en prêtant à rire. A moins, qu’une fois de plus, en l’espace de quelques jours, l’anosognosie, cette incapacité à se rendre compte de son affection, n’ait frappé ?

Hélas, le diagnostic effectif pourrait être bien plus banal. Dans un pays infiniment plus segmenté qu’il ne plaît à se présenter, les valeurs communément partagées, la culture au sens exact du terme c’est-à-dire ce qui donne sens à nos actions et notre vie, se fragmentent, se restreignent de plus en plus à de petits groupes. Obnubilés par la traque du communautarisme ethnique, nous en oublions le communautarisme économique et social. Soucieux de nous distinguer du modèle américain, nous en avons repris à la caricature les travers.

En somme, là où Coluche devait faire des efforts pour nous faire rire, certes avec un talent incomparablement supérieur, le fait que nos élites parviennent sans effort au même résultat devrait nous interpeller. Et que, nouveaux messieurs Jourdain, ils ignorent l’existence même de leur talent devrait nous préoccuper au plus haut point. Bien pire que la maladie mentale ou l’esprit tordu de tel ou tel, c’est bien le délitement de notre pays qui nous offre ce triste spectacle.

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