Le triomphe de l'ignorance

Alors que notre pays le plus souvent se divise, cette semaine c’est hélas le drame de l’incendie de Charlie Hebdo qui nous a rassemblés. Rassemblés face au choc de la violence des flammes. Rassemblés pour condamner avec force cet acte inqualifiable. Mais aussi et surtout rassemblés pour nous élever contre cette brutale ignorance, hydre qui reste en 2011 encore à l’œuvre au cœur même de nos villes.

Telle pourrait être la leçon et la plus grande source de tristesse dans l’incendie du Charlie Hebdo. Anton Tchekhov, en son temps infatigable acteur de la lutte contre les multiples injustices du tsarisme et de l’obscurantisme, l’exprimait en ces termes : « ce ne sont ni les brigands ni les incendies qui détruisent le monde, mais la haine et l'hostilité ».

Haine de ceux qui se sont livrés à cet acte, dénués de tout sens de l’humour, de cet humour qui est le propre de notre nature humaine. Mais aussi haine, coulant à flots, s’affichant sans la moindre gêne jusque sur les sites des journaux les plus respectés, de ceux qui en ont profité pour déverser tout le rejet de l’autre et la barbarie dont leur cœur est empli.

Pour les semble-t-il deux coupables, comptons sur la justice de notre pays. Malheureusement, articles de loi et force publique resteront impuissants face à l’ampleur de la vraie tâche qui nous attend : rebâtir une, dix, cent rédactions du Charlie Hebdo, de lieux où les citoyens, issus de tous les horizons, de toutes les confessions et de tous les milieux socio-économiques de leur rêve partagé referaient le monde.

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