Trois leçons pour une non-leçon

Rien n'est joué, souligne-t-on avec raison par la formule habituelle en cette soirée électorale du premier tour des législatives. Ce n'est que dans une semaine que les Français décideront pour de bon du paysage politique de notre pays. La liste interminable des scores, des noms, le tourbillon des visages qui font traditionnellement la substance de cette soirée dans les médias sont ainsi d'autant moins définitifs qu'ils occupent notre esprit. Toutefois, en filigrane, au-delà de tel ou tel cas local, plusieurs éléments se dégagent. Plusieurs leçons sont à tirer. Avec d'autres hélas qui ne l'ont pas été.

La première, que l'on pourrait oublier tant elle est forte et générale, tient en le soutien des Français à la dynamique du 6 mai 2012. Ceux qui la portent, au gouvernement ou ailleurs, sont crédités de scores largement au-delà de ce que bon nombre de pronostics avançaient. Le vote des Français est bel et bien une adhésion à un projet, non un simple vote de rejet. Les mauvais perdants du 6 mai devront repenser leur argumentaire. Et se trouver, ô ironie du sort, un projet de société viable.

La deuxième leçon du premier tour pourrait être la grande maturité des électeurs, qui font mentir les calculs politiciens, voire beaucoup de sondages. Tel qui se croyait élu avant même le premier bulletin déposé échoue ou se trouve dans une situation plus que difficile pour la suite. Tel autre qui se croyait légitime car en place depuis des temps immémoriaux voit son trône s'effondrer. Tel enfin qui devait sa place à de savantes manœuvres dans les commissions de son parti, est sèchement renvoyé à sa solitude par les citoyens. Le vote des électeurs de droite dans l'Ouest parisien peut tout particulièrement en servir d'illustration.

Troisièmement, des démarches de réflexion sur l'évolution de notre système électoral et politique ont été enclenchées. Loin des décisions brutales imposées par un clan à son seul profit, très au-delà d'une simple modification mathématique et plus ou moins arbitraire de l'algorithme de désignation de l'élu, c'est la vitalité démocratique et l'enthousiasme actif du choix populaire qui sont toujours à réinventer. Du rééquilibrage entre la présidentielle et les législatives à la refonte du statut de l'élu, toutes les pistes sont sur la table. La seule nécessité étant que tous les citoyens y soient également.

Dans ce réenchantement d'un printemps démocratique se muant en été, pourtant, des nuages s'accumulent. N'ont pas été perçus tant qu'ils n'ont pas, sous l'empire des aléas des vents ou de leur croissance propre, pris la place du soleil. La diversité, pour la première fois en passe de sortir du domaine des simples incantations, demeure bien fragile. Si le Parti Socialiste a fait d'encourageants premiers pas, qu'en est-il des autres forces politiques de ce pays ? Qu'en sera-t-il sur le long terme ? Faudra-t-il à chaque fois se livrer à une telle guerre pour de maigres résultats ?

Plus grave encore, en ce soir d'élections, ces moments d'une intensité politique exceptionnelle, un mot n'a pas été entendu. Celui de handicap. Et la voix de tant de millions de nos concitoyens avec lui. Un seul candidat en situation de handicap se présentait avec de fortes chances d'être élu. Chez nos adversaires, hélas. Signe inquiétant pour nous, peuple de gauche, car nous avons manqué l'occasion de faire date, de bâtir une vie publique enfin incluante pour tous. Signe lugubre pour la démocratie, puisque les journaux de référence n'ont consacré au mieux qu'un détour de phrase au milieu d'une interminable liste à cette circonscription dont le score de la semaine prochaine pourrait un jour être inscrit dans les livres d'histoire de nos enfants. D'évidence, après celui-ci, bien d'autres tours de roue seront nécessaires aux personnes handicapées dans le labyrinthe d'obstacles du quotidien pour enfin avoir droit, comme tout autre, aux fruits des slogans de la République.

 

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