Le véritable refuge de Nicolas Sarkozy

Publius Syrus, esclave devenu pionnier de l'art du mime et de la critique politique, mettait déjà en garde contre l'habitude, elle qui est la pire des tyrannies. Assurément, ces temps cruels sont loin derrière nous. La tyrannie relève désormais d'un lointain passé ou de barbares contrées. L'habitude en aurait-elle perdu son délétère empire ?

Notre voisin, l'Italie, les observateurs en conviennent et hélas les citoyens en souffrent, est dans un passage à vide, un entre-deux. La mauvaise passe économique se double d'un inhabituel vacuum politique. Le gouvernement Monti et ses successeurs devront pendant longtemps encore lutter contre les dommages portés à la démocratie et l'économie par Berlusconi, et surtout par le système qu'il a mis en place.

Il était hélas impossible d'attendre autre chose dans notre pays. L'empreinte de Nicolas Sarkozy sera plus durable que prévu. Non point du fait de sa permanence sur la scène politique en tant que personne, mais par l'état d'esprit qui fut son cadre naturel. Par les modes de (dys)fonctionnement nouveaux qu'il promut tout au long de son unique mais déjà trop long quinquennat. Par la systématisation de la diversion, du détournement de l'attention des citoyens de ce qui importait réellement. Par la mise en place d'un mode de fonctionnement politico-médiatique qui en était le relais.

Bien entendu, Twitter est un outil nouveau pour lequel nous manquons de précédents politiques. Il est donc malaisé de comparer l'incident avec d'autres antécédents. L'extraordinaire engouement du monde médiatique, lui, est un fait mieux connu. Réplique des pratiques d'un temps révolu, un bref instant mises en sourdine, qui n'attendaient que le moment de revenir sur le devant de la scène.

Car ne nous y trompons pas. De nul couple on ne saurait attendre une complète identité de vues politiques, qui ne serait ni humainement réaliste, ni souhaitable pour tout partisan de la parité et de l'égalité. Nul, François Hollande compris, ne l'a jamais promise. Le mélange du privé et du public qu'il s'était engagé à supprimer, ici de toute évidence réalisé, est le fait de tout autre que lui. Il serait naturellement plus confortable de croire au contraire. De voir dans le Président la source et cause du mélange des genres. L'appétence en apparence sans limite de tous les médias pour un fait minime vient y apporter un démenti cinglant. Elle reflète bien des habitudes acquises chez les relais de l'information. Elle illustre la perte d'une culture politique au profit d'une société de l'amusement grivois. Elle enfin, et telle avait été sa raison d'être sous le quinquennat précédent, occulte les enjeux réels du pays, en est tant la cause que le symptôme.

L'épisode du Twitter, ironie du sort, pourrait bel et bien incarner pour nous un choix de société, certes pas au niveau où nous l'attendions. Pour mettre définitivement fin à la parenthèse sarkozyste, pour inciter nos responsables d'opinion à faire eux-mêmes leur changement, gardons-nous de faire avec trop de désinvolture le mauvais choix.

 

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