Le rêve français est à notre portée

« Un succès démocratique considérable ». C'est peut-être par ces mots de François Hollande que l'on pourrait résumer au mieux cette fantastique expérience citoyenne des primaires. Un scrutin jusqu'ici inédit dans notre pays, qu'il y a peu les dirigeants de la droite qualifiaient par les termes les plus durs et qui a finalement mobilisé au-delà de toutes les attentes.
« Un succès démocratique considérable ». C'est peut-être par ces mots de François Hollande que l'on pourrait résumer au mieux cette fantastique expérience citoyenne des primaires. Un scrutin jusqu'ici inédit dans notre pays, qu'il y a peu les dirigeants de la droite qualifiaient par les termes les plus durs et qui a finalement mobilisé au-delà de toutes les attentes. Au-delà de la bataille des chiffres et des sondages, comme l'a fait remarquer Bertrand Delanoë, seule la victoire commune des socialistes comptera pour l'avenir. Et tous ces visages emplis d'un espoir nouveau après tant d'années sombres.Cette soirée de victoire collective de tous les participants ne doit pas nous faire oublier à quel point nous avons été privilégiés. Dimanche dernier, au même moment que se déroulait le premier tour de la primaire, le Cameroun, régi d'une main de fer par Paul Biya depuis des décennies dans l'indifférence voire la complicité de l'Occident, s'apprêtait à être reconduit pour un nouveau mandat. Aujourd'hui même, était annoncée la mort de Pierre Mamboundou, opposant historique de la dynastie Bongo au Gabon. Si l'étincelle de la primaire est devenue flamme de bougie porteuse d'espérance, la rude tâche de la pérenniser et diffuser reste devant nous.Nous avons fait une magnifique campagne et dans l'ensemble, la teneur de nos débats a montré que la politique redevenait attrayante. A l'instar de Catherine de Médicis, je dirais volontiers : « Bien taillé mon fils ! Maintenant il faut coudre ! »Réjouissons-nous donc de l'amplitude de la victoire et du rassemblement mais n'oublions pas un instant que le succès contre Sarkozy, lui, en vérité, reste à bâtir. De longs mois d'épreuve nous attendent, où le faux pas ne nous sera pas permis. A commencer par la question technique du temps de parole attribué dans les médias, et qui contraindra le peuple de gauche à un relatif silence pendant que la propagande du gouvernement sortant s'amplifiera. Il faudra compter avec les boules puantes et autres bruits d'égouts, qui ne tarderont pas à s'abattre sur nous, lancés par des mains expertes qui jusqu'ici, ignorant leur cible finale, ont accumulé en silence les munitions. La solution de facilité consistant à profiter des fautes et des désastres politiques majeurs du président en poste ne pourra être utilisée : comme des fuites concordantes en témoignent, désormais Sarkozy ne « réformera » plus, évitera toute prise de position susceptible de créer une controverse, ou même s'abstiendra de toute prise de position tout court, une stratégie de l'absolution par l'oubli qui a fait ses preuves. En outre, contrairement à toutes les règles de justice, le noyau dur du pouvoir en place, plus solide qu'on ne le croit parfois, a su résister à l'avalanche de révélations sur ses turpitudes.Ce n'est qu'en maintenant à tout prix l'unité du Parti socialiste et en formulant un projet politique sans cesse plus clair, novateur et participatif que les semailles d'octobre pourront porter leur fruit au printemps.Le succès même du vote citoyen peut guider nos labours vers d'autres horizons. Et si les Français étaient consultés de la sorte plusieurs fois par an pour décider de l'intérêt général, comme c'est le cas dans d'autres pays démocratiques ? Prévues dans la constitution, les primaires de choix entre non plus simplement des candidats, mais entre des idées, des lois, n'ont jusqu'à présent guère été mises en place dans notre pays, et ce alors même que la pratique de la démocratie locale et participative est couronnée de succès à Paris et d'autres villes encore. Deuxièmement, le silence approbateur, voire la banalisation réussie si l'on excepte quelques protestations venues de groupuscules d'extrême-droite, du vote des citoyens étrangers à la primaire de la gauche ne peut que nous enjoindre plus fortement encore à réaliser enfin notre ancienne promesse, celle d'un scrutin universel. Enfin, si l'élection présidentielle demeure l'élection majeure dans notre pays, le principe démocratique des primaires pourrait être généralisé non pas seulement aux autres partis pour la présidentielle, mais aux autres élections : ainsi, la désignation des candidats serait non plus le fait de tractations obscures, mais l'émanation de la volonté des citoyens.En somme, si les temps à venir s'annoncent incertains, si les périls à surmonter seront nombreux, des brumes de l'hiver pourra se bâtir enfin notre rêve français commun.

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