Quand le mariage pour tous n’en est pas encore un

Comme en 1981, la Gauche est arrivée au pouvoir en 2012 portée par une immense espérance et le besoin de changements profonds dans une société devenue de plus en plus figée dans la dictature de la norme. Au printemps prochain, renversement de paradigme tant attendu depuis si longtemps, la loi du mariage pour tous deviendra réalité.

La France n’aura hélas pas été pionnière en la matière. De nombreux autres pays ont étendu bien avant nous le droit au mariage à tous, indépendamment de l’orientation sexuelle de chacun, signe que bien des blocages restent à l’œuvre dans les mentalités collectives.

A ce titre, tout un pan du débat sur le mariage et l’égalité a été négligé dans les débats citoyens autour du mariage pour tous. Le mariage dit pour tous, tel que défini par la loi et les usages sociaux, risque fort, une nouvelle fois, d’oublier des millions de nos concitoyens.

Ne nous y méprenons pas. Les rédacteurs du Code Napoléon, avec leur vision fort restrictive du mariage, n’avaient tout simplement pas imaginé qu’un couple homosexuel puisse se marier. Ignorant les réalités de la diversité, se prenant eux-mêmes pour modèles, ils croyaient sans doute de bonne foi mettre en place un régime matrimonial universel, infiniment plus libéral que ceux de l’Ancien Régime. Le mariage homosexuel, loin d’être interdit à suivre les anciens textes de droit à la lettre, avait été tout simplement oublié dans la gamme des possibles. Notre temps, heureusement sur le point d’y remédier, risque à d’autres égards de perpétuer la même ignorance.

La nécessaire inclusion des millions de nos concitoyens ayant une orientation sexuelle différente de ce qui passe pour la norme doit avoir pour corollaire la prise en compte des autres différences, dont celle des personnes en situation de handicap. Le 3 décembre dernier, journée internationale des personnes handicapées, fort peu de médias ont évoqué le sort imparti à environ 12 millions de citoyens, de tous les âges et de tous les milieux sociaux. Pour beaucoup, l’idéal d’un mariage pour tous restera une vilaine plaisanterie, un élément de plus dans la longue liste des droits de l’homme qui valent pour tous. Tous les valides.

Le débat sur la vie sexuelle des personnes handicapées avait pourtant été initié au cours des années écoulées. Ravivé régulièrement par telle ou telle prise de position courageuse. Avant de retomber aussitôt, balayé par d'autres considérations. La fête du mariage pour tous, hélas, une fois de plus et comme d'habitude, risque fort de s’accompagner d’un silence pesant quant à ceux dont on avait oublié qu’ils faisaient partie du corps des citoyens. Avec d'autant plus d'amertume que l'exclusion s'accompagne du vocable "pour tous".

Assurément, sur ces questions délicates de société, il n’est pas de réponse immédiate. De texte de droit univoque qui les résoudrait pour de bon. Il est néanmoins de notre devoir, suivant l’exemple de pays qui nous ont précédés sur la voie du progrès, de lancer ce grand débat. Pour que le mariage pour tous devienne, non un slogan oublieux de ceux qui ne sont pas comme nous, mais enfin une réalité.

 

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