EADS impliqué dans une affaire de corruption liée à la vente d'avions de combat à l'Autriche

La justice s’intéresse  en Allemagne, en Suisse et en Autriche à la vente de l’avion de combat Eurofighter d’EADS à l’Autriche. Des bureaux d’EADS et le domicile de certains cadres haut-placés ont été perquisitionnés en Allemagne. La société EADS aurait versé 113,5 millions d’Euros, de façon illégale, à des intermédiaires douteux, pour acheter des décideurs politiques autrichiens et verser des rétro-commissions à des responsables d’EADS.  Une autre affaire de corruption impliquant EADS était déjà en cours d’enquête à propos d’un contrat saoudien.

L’argent transitait par des sociétés domiciliées dans des paradis fiscaux, dont l’activité et les avoirs se réduisaient à la location d’une boîte aux lettres. Parmi celles-ci, Vector aerospace LL, installée à Londres, une structure montée à cet effet en 2005par Gianfranco Lande, un homme d’affaire lié à la mafia Calabraise incarcéré en Italie dans le cadre d’une autre affaire. Celui-ci a déclaré un juge italien l’année dernière que le montage avait été fait à la demande des deux responsables de  la division militaire d’EADS,

 Parmi les bénéficiaires des pots de vin figurerait le leader du FPÖ, (le parti autrichien d’extrême droite),  Jörg Haider, décédé depuis, qui , comme le ministre des finances autrichien, Heinz Grasser, du même parti, s’était d’abord opposé à l’achat de l’eurofighter avant de s’y rallier. Un député vert du parlement autrichien, Peter Pilz, tente d’obtenir la mise en place une commission d’enquête sur le financement des campagnes électorales du FPÖ. Haider aurait été aussi indirectement aidé via une fondation qui investissait dans des projets en Carinthie, son fief électoral. Sans parler des classiques valises de billets voyageant d’Allemagne en Autriche. Il y aurait d’autres bénéficiaires dans d’autres partis.

L’affaire menace d’entraîner l’annulation du contrat avec l’Autriche (18 appareils pour un montant de deux milliards d’euros), qui a été violé, le versement de dommages considérables par EADS à l’Autriche, et par ricochet de compromettre l’exportation de l’appareil en Suisse, où il est en concurrence avec un avion suédois pour équiper l’armée de l’air helvétique. La perte des marchés à l’exportation aurait aussi pour conséquence de renchérir considérablement le prix unitaire des 140 appareils déjà commandés par l’armée allemande. Dans la mesure où le versement de 113,5 millions a difficilement pu échapper à la direction d’EADS, Tom Enders, la tête de l’entreprise, pourrait assez rapidement sauter, même sans être personnellement mis en cause par la justice.

Cette affaire présente nombre de fortes similitudes avec les affaires dites de Karachi, des frégates de Taïwan etc …, dont mediapart nous a informé. S’il y a une différence, elle est dans la célérité de la justice et de la police.

Le commerce des armes et l’industrie d’armement sont une fois de plus intrinsèquement liés à la corruption à grande échelle… Mais je ne doute pas qu’il se trouvera ici des thuriféraires du Rafale !

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