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Billet de blog 13 octobre 2025

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De la guerre génocidaire à la contrainte de paix

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De la guerre génocidaire à la contrainte de paix

Ce texte propose une lecture prospective de la guerre génocidaire de Gaza (2023-2025) à la lumière des recompositions géopolitiques contemporaines. Il examine quatre scénarios possibles de sortie de guerre, en insistant sur la mutation du leadership américain et la dépendance structurelle d’Israël.

         « La paix ne peut se fonder sur la victoire

         de la force, mais seulement sur la reconnaissance  

          du monde commun que les hommes partagent. »

                               Hannah Arendt, La condition de l’homme moderne

        « La paix imposée par la puissance ne peut être   

         qu’un autre visage de domination »

                               Edward Said, The Question of Palestine

Après deux années d’affrontements ininterrompus, de bombardements massifs et de paralysie diplomatique, la guerre génocidaire de Gaza semble s’achever sur un cessez-le-feu fragile, imposé par les États-Unis.
L’accord du Caire (octobre 2025) partiellement modifié à Washington et soutenu personnellement par Donald Trump, consacre moins une réconciliation qu’un tournant : la paix comme contrainte stratégique.

Alors que les institutions internationales ont échoué, un seul acteur — les États-Unis — parvient à imposer un arrêt des combats, redéfinissant ainsi les rapports de force au Proche-Orient.
Cette “victoire de la volonté” illustre un monde où la puissance d’un individu peut supplanter la légitimité collective.

Quatre scénarios

Scénario 1 – Le tournant positif : “La paix comme symbole d’un nouvel ordre régional”

La première hypothèse est optimiste : elle est fondée sur  un  cessez-le-feu durable. L’accord signé en Égypte ouvre une phase de stabilisation sous supervision internationale.
Trump, fort de son image de médiateur, obtient le soutien d’une coalition régionale (Égypte, Qatar, Arabie Saoudite, Jordanie) pour la reconstruction et la mise en place d’une autorité civile palestinienne unifiée.

Ce scénario repose sur le retrait progressif des forces israéliennes, une mission arabe ou un mandat international qui assure la sécurité, une aide humanitaire et économique massive et une victoire diplomatique des USA qui font oublier ainsi leur rôle dans cette guerre génocidaire.

Mais ce scénario porte le risque d’une paix fragile, sans véritable justice et une dépendance accrue vis-à-vis des Etats Unis. Il rappelle un peu les accords de Camp David (1978) qui avaient conclu à une paix sous égide américaine, efficace mais asymétrique et dans lesquels l’ONU était restée marginalisée.

Scénario 2 – Le gel du conflit : “La stabilité sans solution”

La seconde hypothèse prévoit un accord qui met fin aux hostilités, mais sans régler les causes profondes. Gaza reste sous blocus partiel, la gouvernance palestinienne demeure divisée et le “succès” diplomatique de Trump est surtout symbolique.

Il résulte de cette hypothèse un maintien sécuritaire indirect d’Israël, mais les états arabes soutiennent l’accord pour la stabilité et Hamas survit politiquement. Et Washington impose une normalisation de façade.

C’est, en fait une hypothèse pessimiste, qui ne met pas fin aux violences localisées, marginalise durablement le processus de paix et favorise l’utilisation électorale de la question palestinienne.

Ce serait donc un « gel de conflit » comparable à celui du Liban (2006) : ni guerre, ni paix, mais un équilibre entretenu par la diplomatie coercitive.

Scénario 3 – L’échec imposé : “Une paix rejetée et brisée”

C’est en fait le scénario qui porte l’hypothèse la plus pessimiste :

Le cessez-le-feu échoue. L’accord du Caire est perçu comme une imposition américaine soutenant Israël sans concertation avec les Palestiniens. Les factions refusent sa légitimité, les violences reprennent.

Mais tout cela va impliquer une montée des divisions internes palestiniennes, une détérioration des relations entre Washington et les pays arabes et une polarisation accrue entre blocs pro-américains et multipolaires. Les conséquences seraient une reprise du conflit régional ( Liban, Cisjordanie), le discrédit total de la diplomatie américaine et la radicalisation des opinions publiques arabes.

L’accord devient alors un précédent de “paix autoritaire” — révélant les limites d’un monde post-multilatéral dominé par la contrainte.

Scénario 4 – La paix par contrainte stratégique

La paix tient non par conviction morale, mais par nécessité et dépendance.
Trump impose une stabilité “sous pression” : Israël obéit pour préserver son soutien américain, les États arabes coopèrent pour éviter l’embrasement, et Washington en tire un bénéfice d’image et d’influence.

Moteur politique : l’ego présidentiel comme levier

Trump transforme sa rivalité avec Netanyahu en outil diplomatique : maintenir la paix, c’est préserver sa victoire et son prestige.

La paix devient un produit politique américain.

Moteur structurel : la dépendance israélienne mise à nu

La guerre a révélé une dépendance d’Israël à trois dimensions : la dimension militaire en armement et en renseignement ; une dimension diplomatique, notamment par le véto systématique au Conseil de Sécurité et une dimension économique par les investissements privilégiés.

La “désobéissance” israélienne devient coûteuse, voire suicidaire.

Moteur régional : le coût d’une rupture arabe

Les États arabes savent qu’une reprise de guerre déstabiliserait leurs sociétés et économies.
Les États-Unis, déjà engagés sur d’autres fronts, imposent la stabilité comme condition de partenariat.

Conséquence : une paix sous tutelle

Washington établit une paix fonctionnelle avec la reconstruction de Gaza sous supervision régionale, avec un rôle limité d’Israël et enfin une nouvelle autorité palestinienne encadrée.

Une paix sous surveillance, mais durable tant que l’équilibre économique sera maintenu.

 Et ce serait la fin du cycle d’impunité israélienne et un retour du contrôle américain direct sur la région : une paix imposée par la dépendance.

Encadré : Israël, puissance dépendante

Israël s’est longtemps perçu comme une puissance autosuffisante.
La guerre génocidaire de Gaza a révélé l’inverse : sans l’aide militaire, diplomatique et financière américaine, l’État hébreu ne pourrait maintenir son effort de guerre ni sa position internationale.
Les analyses d’Ilan Pappé, d’Avi Shlaim et de Richard Falk convergent :

« La dépendance d’Israël n’est plus un secret militaire, c’est un fait stratégique. » (Falk, Journal of Palestine Studies, 2024)

En guise de conclusion – La paix par la dépendance

La “paix par contrainte” inaugure une ère paradoxale :
elle stabilise sans réconcilier, elle protège sans libérer, elle impose sans convaincre.
Le conflit israélo-palestinien devient ainsi un laboratoire du nouvel ordre mondial — un monde où la force unilatérale se substitue au consensus, et où la paix devient une variable d’équilibre global.

Mais ce qui introduit une note d’espoir, c’est que la question palestinienne et la libération de la Palestine sont redevenues une cause universelle. En témoignent les manifestations massives organisées un peu partout dans le monde, les positions récentes de certains états européens comme l’Espagne, la France et l’Angleterre qui avaient joué une rôle historique important _ notamment les deux dernières_ dans l’injustice que connait depuis huit décennies le peuple palestinien.

Et nous concluons avec ces deux citations des mêmes grands auteurs :

« La responsabilité politique commence là où cesse la peur. »
Hannah Arendt

« Les peuples ne sont pas des pions dans le jeu des empires : leur mémoire finit toujours par se réveiller. »
Edward Said

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