Ennadha: Une strategie bien rodée

Si l’on demande à des tunisiens le nom d’un parti politique au hasard on peut être sur que le nom d’Ennadha arrivera en 1er. En effet l’organisation islamiste est partie en campagne bien avant tout ses concurrents. Elle dispose d’un encrage militant local bien plus poussé que l’ensemble de ses rivaux qui peinent à ce faire connaitre. Nous sommes à Echrada au Sud de la Tunisie, l’une des régions les plus touchés par le chômage et la misère. Les militants nadhistes y mènent une action de solidarité. On distribue des colis alimentaires, des médicaments et des sacs de couchages. L’organisation à multipliée ce genre d’initiatives dans les mois qui ont suivis la révolution. Elle tente ainsi de prendre de vitesse les autres formations politiques. Pour Moncef Marzouki* cet capacité d’organisation n’est pas nouvelle: « Dans tout le monde arabe les islamistes sont allés dans les bidonvilles pour fournir des services sociaux. Une grande parti de leurs popularité vient du fait qu’ils ont pris en charge la misère économique alors que la gauche glosait et théorisait dessus ».Pour Ramzi, militant du PSGT ce succès n’est pas seulement due à une bonne capacité d’organisation: « Ils reçoivent des financements des états islamistes du golf, sinon ils ne pourraient pas organiser tout sa. Regardez les difficultés qu’ont les autres partis à ce financer ». Certains partis réclament d’ailleurs une loi sur la transparence du financement des partis tant la compétition électorale parait pour l’heure déloyale.

Le poids de l’organisation islamiste dans le débat public est énorme. Certaines organisations ont d’ailleurs choisis de ne pas la critiquer de peur de perdre une parti de leurs électorat. C’est notamment le cas de leur ennemi traditionnel le PCOT** qui à choisit de passer un accord avec les islamistes pour ne pas s'attaquer mutuellement. Un nombre important d’organisations refuse d’ailleurs de qualifier Ennadha d’organisation religieuse pour les même raisons

 

Ennadha à entamée dans les années 90 une mutation pour rester en phase avec une société tunisienne tolérante et sécularisée. Elle se présente désormais comme démocratique et respectueuse des droits de l’homme. Elle manie d’une main de maître l’art du double discours, ses militants prêchant la Sharia dans les quartiers tandis que ses leaders se font les champions de la démocratie sur les plateaux télé.Pourtant certains de ses militants sont impliqués dans des affaires d’agression des femmes dans les années 90.**** On la soupçonne d’avoir entretenu des liens avec le FIS algérien. Dernièrement des manifestations visant à empêcher la diffusion du film de Nadia El Fani « Ni Allah ni maître » ont crées la polémique en Tunisie. De nombreux militants nadhistes ont été impliqués.*****Un militant du PSGT nous indique que « critiquer Ennadha c‘est être remis en cause dans son intégrité de musulman. Ainsi de nombreuses personnes sont contre le parti nadhiste mais n‘osent pas le dire». C’est aussi ce que nous explique un leader du syndicat UGET, profondément opposé à Ennadha « il y à par essence un danger à asseoir une politique sur une idéologie dont le fondement divin se place hors du champs de la critique ». Il ajoute : « Ils n’ont pas forcement de programme économique mais c’est leurs référence à l’Islam qui les rend populaire chez les gens qui ont peu d’éducation. Après la révolution j’ai vu les meeting de la plupart des partis et ils sont vraiment très fort. On à l’impression que les gens ont tous oublier d’où ils viennent »Leurs stratégie s’appui essentiellement sur la stigmatisation de l’autre. « Quiconque pense différemment est d’emblée un libertin, un mauvais musulman ou un traître au service des occidentaux ». Ainsi ils présentent la laïcité comme un synonyme de tout ce qui porte atteinte à la pudeur arabo musulmane. Se proclamer de l’Islam renvoie au contraire à la moralité. Cette stratégie marche, notamment dans les franges les moins instruite de la population: « l’athéisme, la laïcité, une certaine vision d’un occident libertin, ce sont des notions floues, que la plupart des gens ne dissocient pas vraiment. ». Un flou maintenu et largement utilisé par les islamistes à des fins politiques.La laïcité à la française à il est vrai une image extrêmement péjorative de l’autre côté de la méditerranée. Nos lois sur les signes religieux dans les lieux publics ont étés particulièrement relayées dans les journaux locaux. Une laïcité à 2 vitesse qui stigmatise les manifestations de foi musulmane et ferme les yeux sur les processions chrétiennes, la banalisation du racisme encouragée par les propos de nos gouvernants, autant d’éléments qui entretiennent le discours islamiste en rendant possible l’assimilation entre laïcité et oppression athéiste. L’islamisme joue enfin de la quête identitaire d’une jeunesse désoeuvrer. Sous la dictature la nation était sali par le despotisme, la corruption et la soumission. « Nous avions perdu la fierté d’être tunisien » nous expliquera un étudiant. « Pour un jeune qui ne sait pas qui il est l’Islam constitue une identité forte. Etre musulman c’est appartenir à une communauté très structurée, à une Oumma de plus d’un milliard de croyants ».***C’est pourtant en dehors des rangs de l’Islam politique que c’est faite la révolution. Janvier 2011 est le fruit d’une jeunesse sécularisée. Durant les grandes manifestations qui ont entraîner la chute du régime les slogans religieux étaient inexistants. D'ailleurs pour Moncef Marzouki « l’islamisme sous toutes ses formes contribue à l’immobilisme politique. C’est un abandon de l’espace civique pour se refugier dans le spirituel. Jusque à la révolution la réislamisation des sociétés arabes à plus conforter les régimes qu’elle ne les a déstabilisé. Sous la dictature les mouvements de prédications comme le « Tabligh wa dawa » ont plus souvent prôner la patience, l’obéissance et le rejet de la politique que la révolte. » Il ajoute: « si j’étais dictateur j’encouragerais le peuple à retourner dans les mosquées. Le décalage entre les aspirations islamiste et une Tunisie sécularisée et démocratique parait pourtant important. Un sondage montre que 70% des tunisiens approuvent l’idée de séparation du spirituel et du politique. Reste pour les organisations progressistes à réussir à incarner les valeurs de démocratie et de laïcité auxquelles la population aspire. Et de constituer ainsi une alternative à l’Islamisme. René Arrighi*Ancien président de la ligue tunisienne des droits de l’homme, opposant au régime en exil sous Ben Ali. Bien que critique vis-à-vis des islamistes il prone leurs intégration dans le jeu politique **Parti Communiste des Ouvriers de Tunisie***C’est pour cela aussi que l’Islamisme progresse plus vite chez les Français issue de familles immigrées. Pour ceux qui ne se sentent ni Français ni tunisiens l’Islam constitue une solution alternative.****http://laiquestunisiens.blogspot.com/2011/04/wikileaks-ennahdha-serait-liee-des.html*****http://www.marianne2.fr/martinegozlan/Tunisie-les-islamistes-se-devoilent_a1.htmlSi l’on demande à des tunisiens le nom d’un parti politique au hasard on peut être sur que le nom d’Ennadha arrivera en 1er. En effet l’organisation islamiste est partie en campagne bien avant tout ses concurrents. Elle dispose d’un encrage militant local bien plus poussé que l’ensemble de ses rivauxqui peinent à ce faire connaitre. Nous sommes à Echrada au Sud de la Tunisie, l’une des régions les plus touchés par le chômage et la misère. Les militants nadhistes y mènent une action de solidarité. On distribue des colis alimentaires, des médicaments et des sacs de couchages. L’organisation à multipliée ce genre d’initiatives dans les mois qui ont suivis la révolution. Elle tente ainsi de prendre de vitesse les autres formations politiques. Pour Moncef Marzouki* cet capacité d’organisation n’est pas nouvelle: « Dans tout le monde arabe les islamistes sont allés dans les bidonvilles pour fournir des services sociaux. Une grande parti de leurs popularité vient du fait qu’ils ont pris en charge la misère économique alors que la gauche glosait et théorisait dessus ».Pour Ramzi, militant du PSGT ce succès n’est pas seulement due à une bonne capacité d’organisation: « Ils reçoivent des financements des états islamistes du golf, sinon ils ne pourraient pas organiser tout sa. Regardez les difficultés qu’ont les autres partis à ce financer ». Certains partis réclament d’ailleurs une loi sur la transparence du financement des partis tant la compétition électorale parait pour l’heure déloyale.

Le poids de l’organisation islamiste dans le débat public est énorme. Certaines organisations ont d’ailleurs choisis de ne pas la critiquer de peur de perdre une parti de leurs électorat. C’est notamment le cas de leur ennemi traditionnel le PCOT** qui à choisit de passer un accord avec les islamistes pour ne pas s'attaquer mutuellement. Un nombre important d’organisations refuse d’ailleurs de qualifier Ennadha d’organisation religieuse pour les même raisons

 

Ennadha à entamée dans les années 90 une mutation pour rester en phase avec une société tunisienne tolérante et sécularisée. Elle se présente désormais comme démocratique et respectueuse des droits de l’homme. Elle manie d’une main de maître l’art du double discours, ses militants prêchant la Sharia dans les quartiers tandis que ses leaders se font les champions de la démocratie sur les plateaux télé.Pourtant certains de ses militants sont impliqués dans des affaires d’agression des femmes dans les années 90.**** On la soupçonne d’avoir entretenu des liens avec le FIS algérien. Dernièrement des manifestations visant à empêcher la diffusion du film de Nadia El Fani « Ni Allah ni maître » ont crées la polémique en Tunisie. De nombreux militants nadhistes ont été impliqués.*****Un militant du PSGT nous indique que « critiquer Ennadha c‘est être remis en cause dans son intégrité de musulman. Ainsi de nombreuses personnes sont contre le parti nadhiste mais n‘osent pas le dire». C’est aussi ce que nous explique un leader du syndicat UGET, profondément opposé à Ennadha « il y à par essence un danger à asseoir une politique sur une idéologie dont le fondement divin se place hors du champs de la critique ». Il ajoute : « Ils n’ont pas forcement de programme économique mais c’est leurs référence à l’Islam qui les rend populaire chez les gens qui ont peu d’éducation. Après la révolution j’ai vu les meeting de la plupart des partis et ils sont vraiment très fort. On à l’impression que les gens ont tous oublier d’où ils viennent »Leurs stratégie s’appui essentiellement sur la stigmatisation de l’autre. « Quiconque pense différemment est d’emblée un libertin, un mauvais musulman ou un traître au service des occidentaux ». Ainsi ils présentent la laïcité comme un synonyme de tout ce qui porte atteinte à la pudeur arabo musulmane. Se proclamer de l’Islam renvoie au contraire à la moralité. Cette stratégie marche, notamment dans les franges les moins instruite de la population: « l’athéisme, la laïcité, une certaine vision d’un occident libertin, ce sont des notions floues, que la plupart des gens ne dissocient pas vraiment. ». Un flou maintenu et largement utilisé par les islamistes à des fins politiques.La laïcité à la française à il est vrai une image extrêmement péjorative de l’autre côté de la méditerranée. Nos lois sur les signes religieux dans les lieux publics ont étés particulièrement relayées dans les journaux locaux. Une laïcité à 2 vitesse qui stigmatise les manifestations de foi musulmane et ferme les yeux sur les processions chrétiennes, la banalisation du racisme encouragée par les propos de nos gouvernants, autant d’éléments qui entretiennent le discours islamiste en rendant possible l’assimilation entre laïcité et oppression athéiste.

 

L’islamisme joue enfin de la quête identitaire d’une jeunesse désoeuvrée. Sous la dictature la nation était sali par le despotisme, la corruption et la soumission. « Nous avions perdu la fierté d’être tunisien » nous expliquera un étudiant. « Pour un jeune qui ne sait pas qui il est l’Islam constitue une identité forte. Etre musulman c’est appartenir à une communauté très structurée, à une Oumma de plus d’un milliard de croyants ».***C’est pourtant en dehors des rangs de l’Islam politique que c’est faite la révolution. Janvier 2011 est le fruit d’une jeunesse sécularisée. Durant les grandes manifestations qui ont entraîner la chute du régime les slogans religieux étaient inexistants. D'ailleurs pour Moncef Marzouki « l’islamisme sous toutes ses formes contribue à l’immobilisme politique. C’est un abandon de l’espace civique pour se refugier dans le spirituel. Jusque à la révolution la réislamisation des sociétés arabes à plus conforter les régimes qu’elle ne les a déstabilisé. Sous la dictature les mouvements de prédications comme le « Tabligh wa dawa » ont plus souvent prôner la patience, l’obéissance et le rejet de la politique que la révolte. » Il ajoute: « si j’étais dictateur j’encouragerais le peuple à retourner dans les mosquées. Le décalage entre les aspirations islamiste et une Tunisie sécularisée et démocratique parait pourtant important. Un sondage montre que 70% des tunisiens approuvent l’idée de séparation du spirituel et du politique. Reste pour les organisations progressistes à réussir à incarner les valeurs de démocratie et de laïcité auxquelles la population aspire. Et de constituer ainsi une alternative à l’Islamisme.

René Arrighi

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