Marseillais en balade


Marseille - France
  • les contradictions du discours islamistes en Tunisie

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  • Tunisie: La democratie au village

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    2eme jour en Tunisie. J’ai rendez vous avec des militants du Parti socialiste de Gauche rencontrés la veille. Ils m’emmènent inaugurer un local dans la région de Takelsa. Depuis la révolution des locaux politiques fleurissent un peu partout. Leur création est l’aboutissement d’une stratégie d’implantation locale et donne systématiquement lieu à une rencontre avec la population.  Takelsa tire son nom du français. Au temps de la colonisation les autochtones proposaient leurs produit aux colons et le « tu veux ça » c'est transformer en un « Ta kel sa », qui est resté.   La région a une longue tradition de lutte. Dès les années 80 le pouvoir réprime fortement les mouvements de résistance lors de la mise sous tutelle de la société par Ben Ali. L’homme qui est à coté de moi dans la voiture s’appelle Ben Azizu Faouzi. Natif de la région, il sera l’un des premiers à accuser Ben Ali de despotisme et de détournement de fonds. Il perd son travail et passe devant la cour de justice administrative. Mais il conservera un certain prestige auprès des habitants.  Durant l’ancien régime m’explique-t-on, les rares infrastructures étaient conditionnées par la soumission politique. Plus qu’une autre la ville de Takelsa à été négligée par le pouvoir en place. L’absence d’Etat est flagrante. Pourtant le potentiel de la région est considérable et pourrait fortement être mis en valeur. La proximité avec la côte permettrait de développer le tourisme. La thalassothérapie s’y est un peu développée du fait des sources présentes mais reste largement en deca de ses potentialités. Comme pour de nombreuses activités productives la famille Ben Ali a racheté progressivement tous les centres pour capter la rentrée de devises mais sans réaliser les investissements productifs qui auraient permis à la région un développement optimal.  La population s'est rendu en masse à l'ignauguration du local. Le petit meeting qui s’y déroule crée l’événement dans le village. Les hommes sortent régulièrement pour fumer en dehors de la salle. Le café adjacent est bondé. Les enfants, jouent et courent un peu partout sur la place du village. Quelques’uns ont improvisés un match de foot. Dans ce petit village -ou les événements sont il est vrai assez rares- l’on s’investit pleinement de son rôle de citoyen. Ma caméra a un succès fou. Des habitants viennent m’expliquer que « avant s’exprimer, participer, avoir le choix ce n’était pas possible ». Ils se répètent 3 ou 4 fois. Visiblement sa leurs tient à cœur que je comprenne.  Un militant m’explique la stratégie d’implantation : « nous essayons de nous implanter là ou nous avons des militants. Nous refusons les parachutages. ». Ici Mr Faouzi et quelques adultes font le lien avec la population locale. « Il faut que les militants soient stable dans leur vie de famille, dans leurs travail. Ils faut qu’ils soient des exemples pour les gens ». Il m’explique ensuite que « à Takelsa on connait tout le monde, famille par famille, maison par maison ». On peut facilement imaginer que les militants sont avant tout impliqués dans la vie de la commune, dans les associations et regroupements de paysans qui préexistaient à la révolution. « On vit ici avec eux, on connait les problèmes. Un militant c’est un tunisien comme un autre ».  Ce sont ces militants locaux qui ont fait venir la population au meeting. Le 1er secrétaire s’exprime et décrit les valeurs et les orientations du parti. On explique assez brièvement et avec des mots simples la laïcité, la séparation de l’islam et de l’Etat, le projet progressiste pour la Tunisie, l’attachement aux libertés et à la démocratie.       Très vite un dialogue s’engage avec la population. Exclusivement sur les problèmes de la région. Une boulangère vit seule dans un taudis en dehors du village ce qui lui pose des problèmes pour amener son fils tout les matins à l’école. L’absence de dispensaire dans la région à des conséquences dramatiques car le 1er hôpital est à ¾ d’heure en voiture. Un participant intervient : « la Tunisie à reçu un prêt de plusieurs milliards de dollars. Qu’ils embauchent des médecins ».       La région est majoritairement agricole mais semble particulièrement sèche. La majorité de la population cultive la vigne et l’olivier. Mais les prix sont trop bas pour permettre aux paysans de vivre dignement. On propose de supprimer les relais entre les producteurs et les vendeurs. Les paysans parlent entre eux. « Il faudrait renforcer la coopération, acheter les engrais à plusieurs » me traduit un militant.  L’idéologie est au 2nd plan dans la discussion. « Les gens ils cherchent des solutions à leurs problèmes, tu ne peux pas leurs parler de 1917 » m’explique mon traducteur.  Rien à voir avec un meeting français. La réunion est un véritable échange avec la population pour trouver des solutions aux problèmes locaux. C’est le sens de l’existence du local, matérialisant l’encrage local. Pour Faouzi « sa sera aux militants de Takelsa de le faire vivre ». Un jeune du parti m’explique : « la porte sera toujours ouverte, ils pourront venir nous voire même la nuit. »   Le PSGT n’est pas seul à Takelsa. Implanter un local est relativement facile la ou les prix sont bas. Et ce petit village de moins de 10.000 habitants compte déjà 3 locaux. (Ennadha, FDTL et PSGT).  Mais à Takelsa les progressistes semblent avoir pris une longueur d’avance. Les militants me racontent avoir pris en stop un homme la veille. Après lui avoir distribué un tract l’homme leur demande s'ils sont d’Ennadha. Ils répondent à la négative et l’homme, visiblement satisfait leurs fait partager sa position : « Moi mon père est diabétique et il on l’à amputé des pieds. Je suis musulman, je fais la prière et je lis le Coran. Mais Ennadha ils mêlent tout à la religion et ils n’ont pas de solutions à des problèmes comme les miens ».
  • Les jeunes progressistes tunisiens à la rencontre de la population (interview Ettajdid)

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    Enthousiaste et renforcé dans ses convictions démocratiques. C’est l’état dans lequel on se sent après avoir passé trois heures auprès des jeunes militants d’Ettajdid. Leurs local se situe –sa ne s’invente pas- au 7 rue de la liberté à Tunis. Je conseille le déplacement à tous ceux qui, écœurer par la morosité de l’ambiance politique, serait tentés de baisser les bras. Le remède est extrêmement efficace. Après sa ni l’indécence de notre gouvernement et de nos ministres condamnées, de nos débats sur l’identité nationale, ni la médiocrité idéologique de PS, ni l’abstention grandissante ne paraitront insurmontable. Après un échange bref avec quelques militants j’engage la conversation avec une jeune adhérente –25 ans maximum- qui me raconte l’histoire de l’organisation.En 1991 le parti communiste fait le choix de s’ouvrir et de s’adapter à la société tunisienne dans sa composante progressiste. On enterre l’ancien PC pour fonder « le mouvement Ettajdid » (renouveau, de Tajdid, nouveau en arabe). En 2004 une invitation à rejoindre le mouvement est lancée à la société civile et aux indépendants. Ils promettent aux nouveaux venus une large part dans les instances dirigeantes de l’organisation. Promesse tenue, 50% des membres du bureau national actuel ne sont pas issue de l’ancienne organisation. Le parti à réussi son pari, construire une force politique imposante et unifié, qui soit à l’image de la Tunisie progressiste. L’organisation, tolérée sous Ben Ali, n’a pas attendu la révolution pour s’opposer au régime. En 2004 et 2009 elle présente et maintien des candidats aux élections présidentielles. Ses détracteurs l’accuseront de se prêter à la mascarade démocratique et de faire le jeu du régime. La jeune fille ne l’interprète pas de cette manière. « Nous ne nous faisons pas d’illusion sur la nature des élections. Mais c’était une occasion de descendre sur le terrain et de parler aux gens. Alors on s’est dit on y va...et on y est allé »Bien que semi légal le parti n’a pas été épargnée par l’ancien régime. Ses militants sont sans cesse sur écoute téléphonique et subissent les arrestations arbitraires et les humiliations. Elle me raconte comment la police politique surveillait en permanence le local et le logement des cadres. Mais elle décrit surtout la chape de plomb qui caractérisait la société tunisienne : «certaines personnes refusaient de nous parler, beaucoup refusaient les tracts et changeait de trottoir en nous voyant. Mais certaines personnes venaient nous voir, nous soutenaient et appréciait notre démarche ».« J’y ais toujours cru c’est ce qui ma pousser à continuer à lutter. De toute façon nous avions décidée depuis 1993 de n’avoir « plus jamais peur »* En 2009 nous avons été l’un des seuls parti à nous déplacer en masse pour soutenir les mineurs de Gafsa. »** Pour elle la révolution tunisienne est la conséquence de la confiscation du pays par les Ben Ali-Trablesi. Une économie à bout de souffle, gangrénée par la corruption et le clientélisme, le détournement de la richesse du pays au profit d’une classe mafieuse, l’impossibilité d’investir sans appartenir au parti unique, le mal être d’une génération touchées de pleins fouet par le chômage, des diplômés sans débouchée dans un système ou l’armée et la police sont les seules moyens de promotion sociales…Autant de facteurs d’un mal être qui éclatera en janvier 2011. Le cri des manifestants bravant la police me reviens en tête : « vous pouvez tirer nous sommes déjà mort ».Nous parlons de Bourguiba et de l’histoire de la Tunisie. Sa position sur le père de l’indépendance est nuancée. « Il a certes mis en place le système autoritaire mais il n’a jamais détournée le pays pour ses propres intérêts. Et il a permis aux tunisiens et au tunisiennes d’accéder à des droits introuvable ailleurs sur le continent ». Elle fait ici référence au code civil et au statut des femmes très progressistes dans le pays.Comme pour de nombreux tunisiens l’armée reste pour elle une référence, une « armée du peuple » Elle décrit comment l’armée à refuser d’obéir aux ordres en choisissant de ne pas tirer, accélérant ainsi la chute du régime. Elle décrit aussi les scènes d’émeutes ou les militaires ce sont interposés entre la police de Ben Ali –qui elle tire à balle réelle- et les manifestants. Plus tard on me racontera une anecdote similaire, celle de manifestants allant embrasser les soldats et leurs donnants des gerbes de fleurs. La stratégie d’Ettajdid pour la constituante repose sur un seul principe : L’union des progressistes. « L’enjeu est trop important pour des querelles partisanes, on ne vote pas un programme économique, il s’agit de choisir le régime dans lequel nous voulons vivre. Actuellement on s’en fiche de l’avenir du parti, nous devons construire une constitution qui garantisse un pays libre moderne et démocratique ». Je me surprends un instant à rêver d’Ettajdid au front de Gauche.Ils refusent cependant que les partis d’anciens RDCistes rejoignent l’alliance. Le puissant PDP et l’Afek ne sont pas conviés non plus car jugés trop libéraux. Je lui demande quelle position elle à vis-à-vis des islamistes « modérées »- pour reprendre l’expression d’une presse européenne mal informées- « Sa ne sont pas des démocrates, nous n’avons rien à voir avec eux. La loi et la constitution ne peuvent pas s’inspirer de la sharia ». Elle dénonce ensuite le double discours de l’organisation qui parle des droits de l’homme sur les plateaux télé avant de prêcher la sharia dans les quartiers. Elle insiste cependant à leurs droits à participer aux élections, tant qu’ils respectent le jeu constitutionnel. « Humainement je n’ai rien contre eux, c’est politiquement que nous avons des désaccords ». Le parti a en effet défendu ses pires adversaires lorsqu’ils subissaient la torture sous l’ancien régime. « Au nom des droits de l’homme tout simplement » précise-t-elle. Les droits de la femme tunisienne sont aussi un point clef du programme du parti. Il défend la parité et a peser de tout son poids, avec succès d’ailleurs, pour obtenir la parité dans les listes de candidats à la constituante. Elle me parle ensuite du volet écologique du programme. Ils ont signé un appel de la société civile pour le respect des droits de l’écosystème dans la nouvelle constitution. Elle passe d’un sujet à l’autre extremement vite comme si dans son enthousiasme elle ne voulait rien n’oublier.On en vient à parler de la laïcité. Elle préconise un état qui prend en charge la religion et l’éducation, qui garantisse le respect de la liberté de culte notamment pour les communautés chrétiennes et juives, le droit de ne pas se voiler comme de se voiler (le voile est rependu en Tunisie notamment chez les femmes âgées).La Burka par contre non : « C’est une horreur et sa n’est même pas une prescription de l’Islam ». Je pose enfin la question fatidique. Alors laïque finalement ? « Non nous somme un pays arabo musulman. Mais nous souhaitons un état civil ou les lois ne s’inspire pas de la sharia ». Je ne peux m’empêcher que tout cela ressemble fortement au modèle de laïcité turque. Si le mot n’y est pas les principes en sont imprégnés. Et c’est déjà franchement pas mal. Extrêmement confiante en l’avenir de la Tunisie elle m’explique que « même si Ennadha passe les tunisiens ne se laisseront pas voler leurs droits. Toute ces partis, ses syndicats, cette liberté d’expression, tout ces blogs ces discussions dans la rue… Plus jamais la Tunisie ne baissera la tête face à un tyran ». Je lui fais remarquer que l’explosion démocratique -120 partis en 4 mois- laisse perplexe un bon nombre de ces concitoyens. « Mais c’est naturel, me répond t’elle, les tunisiens veulent se réapproprier leurs démocratie. C’est aussi le contrecoup de la révolution les gens se sentent coupable de ne pays y avoir cru. Surtout les adultes ».   « Nous menons un combat d’idée mais c’est avant tout des valeurs que nous défendons. La démocratie passe par la tolérance. C’est la condition pour que les tunisiens restent unis ». Je lui demande ce qu’ils disent en 1er au jeunes qu’ils rencontrent : « de suivre ce qui se passe dans la société, d’aller voter, de s’impliquer. D’assumer les acquis de cette révolution. Allez voter pour qui vous voulez mais aller voter ».Je récupère un coupon de présentation du mouvement. La devise prône « des citoyens libre dans une société juste ». Tout le contraire de ce qu’a connu la Tunisie depuis 23 ans.   René ARRIGHI   *En référence à l’appel lancée par Sihem Ben Sidrine, membre du mouvement   **La grève de Gafsa fut un des principaux mouvements social des années ben Ali. En 2009 le bassin minier de Gafsa se soulève contre la corruption, le clientélisme des élites locales, la pauvreté et le chômage des jeunes. Le mouvement mobilise de larges pans de la population locale. Après une 1ère phase de concertation Ben Ali attendit que le mouvement retombe pour réprimer les principaux acteurs du mouvement. Cette répression occasionne des morts, des arrestations et des actes de tortures.