Le choc, la sidération, la gueule de bois, le dégoût. Les mots ne manquent pas pour décrire le sentiment général de notre côté de l’Atlantique. Sentiment sans doute encore plus exacerbé chez les militants et les sympathisants de gauche. On peut se pincer, s’effondrer, rien n’y fera, Donald Trump sera bien le 45ème président des Etats Unis d’Amérique.
Après le Brexit par la droite[1] au Royaume Uni, la probable élection d’Alexander Van der Bellen en Autriche lors d’un « troisième tour » et l’incertitude qui pèse sur celle de Marine Le Pen en France, la gauche doit aller au-delà de l’indignation et questionner sa responsabilité dans la montée du populisme d’extrême-droite dans nos démocraties occidentales.
Je livre ici humblement quelques réflexions à ma famille politique en espérant que ce scrutin sonne comme un électrochoc et nous force à changer de logiciel pour éviter que le scénario américain ne se reproduise chez nous dans 6 mois.
- Il va falloir arrêter de dénigrer le peuple qui "vote mal". Libre à vous de penser que tous les électeurs du milliardaire sont racistes, sexistes et que ceux de Clinton sont des anges, mais il vaudrait peut-être mieux dépasser le machiavélisme primaire et essayer de comprendre pourquoi tant de suffrages se sont portés sur Trump.
- Tant qu'on refusera de voir la casse sociale engendrée par la financiarisartion de l'économie et les recette d’austérité néolibérale (sobrement appelées « réformes »), tant qu'on continuera à expliquer que la "mondialisation heureuse" est l'horizon indépassable de toute politique, tant qu'une soi-disant gauche expliquera que le protectionnisme est un gros mot et vouera un culte pour le libre-échange, l'extrême-droite populiste continuera de prospérer en se servant des armes idéologiques qu’on lui aura abandonné.
- Les postures morales à géométrie variable en matière de géopolitique ne marchent plus. Nos dirigeants sont passés maîtres dans cet art au point de banaliser des situations dramatiques comme celles que vivent les Syriens et les Yéménites.
- La collusion éhontée des mondes politique, médiatique et financier ne peut aboutir qu'à ce type de catastrophe. L’engagement quasi-unanime de la presse pour la candidate démocrate, la minimisation de ses fautes et mensonges n'ont fait qu'apporter de l'eau au moulin d’un Trump qui n’en demandait pas tant pour dénoncer l’establishment.
- La culpabilisation des précaires et l'ignorance de leurs souffrances au nom de résultats macroéconomiques brillants ne fera que démultiplier des Trumps dans nos sociétés occidentales.
Pour éviter tout procès d'intention, je trouve Trump raciste, misogyne sexiste et me pose des questions sur sa santé mentale. La perspective de l'imaginer en possession des codes nucléaires de la première puissance militaire du monde n'est pas de nature à me rassurer.
Au moment où un Français sur cinq pense qu’un régime autoritaire doit voir le jour et que la droite sarkozyste raille l’Etat de droit, la gauche se doit de revoir son rapport au peuple. L’avenir de la démocratie en dépend.
[1] J’emprunte cette notion à Fréderic Lordon qui, comme moi, ne rejette pas forcément la sortie de l’UE mais dénonce les raisons xénophobes défendues par une partie de la droite et l’extrême droite britanniques. http://blog.mondediplo.net/2016-07-06-Post-referendum-oligarchie-triste