Pourquoi ne peut-il pas y avoir d'union des organisations musulmanes de France?

 

Depuis très jeune j'entendais un dicton que mon oncle n'arrêtait pas de dire dans les réunions associatives de harkis: "Les Arabes se sont mis d'accord pour ne jamais être d'accord." Je ne sais toujours pas si ce proverbe est arabe ou français. Il relève d'une fatalité bien développée dans notre groupe social maghrébin.

 Si nous remontons le temps pour essayer de trouver un début d'éléments de réflexions  à une question aussi complexe, nous devons  alors remonter le temps de plus de trente ans pour avoir quelques éléments de réponses.

 Il est clair que les musulmans de France ont déployé un courage sans limite depuis toutes ces années passées pour arriver à poser les bases d'une union sacrée entre tous les musulmans de France.

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La première initiative dans les années 80 à été prise par une entité qui se pense légitime historiquement pour un tel travail : "La mosquée de Paris" créée en 1922. L'Algérie pense détenir cette légitimité car le pays le plus entaché par les exactions de l'empire français de l'époque fut justement l'Algérie.

 La raison officielle est celle-ci : Sous la responsabilité de l'État algérien,  L’histoire de la Mosquée de Paris est liée à la colonisation. C'est donc l'Algérie qui prendrait le statut de référence de l'islam en France.

Le gouvernent algérien souhaiterait "placer" dans un maximum de lieux en France, des imams de la république d'origine algérienne afin d'avoir un moyen de pression suffisamment fort symboliquement et physiquement pour démontrer au gouvernement français que les quartiers de France son remplis "d'algériens" (dixit un salarié de l'ambassade d'Algérie à Lille lors d'une discussion "banale"....)

 Il faut tout de même savoir qu'il y a plus de trente ans, à la fin des années 70s, il n'existait pratiquement pas d'associations musulmanes. C'est après l'élection du président François Mitterrand en1981 que les associations ont commençaient à ce créer.

Les musulmans de France en ont profiter pour faire l'apprentissage d'une certaine forme de démocratie participative en se constituant en associations musulmanes.

Parler d'union de musulmans n'était donc pas d'actualité pour une simple raison élémentaire : il n'y avait pas assez de musulmans pratiquants sur le territoire français.

Fin 70s, il n'existait majoritairement  en France, dans les populations dites immigrées Maghrebine, que des algériens et les harkis rapatrié en 1962.

 Pour les immigrés d'Afrique de l'ouest, les Sénégalais, ils auront aussi une place particulière du fait de leur histoire avec l'empire colonial français. Ils seront rattachés aux Algériens et à la mosquée de Paris.

 Il n'existait pas beaucoup de musulmans pratiquants dans la fin des années 70s en France. L'islam n'était pas aussi développé que de nos jours.

Les harkis pour la totalité sont arrivés sous le trauma de la guerre d'Algérie, plus de la moitié d'entre eux ne suivait pas les préceptes de l'islam, ayant même pour certains des militaires engagés ( M'gagie) une répulsion de l'islam qui était rattaché au rejet de l'Algérie.

Cela sera plus tard expliqué par les résultats du trauma que cette guerre aura provoqué chez eux. Il faut savoir qu'à peine quelques années après leur rapatriement, 1/3 de la population adulte Harkis sera atteint de graves troubles du comportement et pour beaucoup d'entre eux, l'alcool sera leur ultime solution.

 Les immigrés marocains, quant à eux, étaient bien plus assidus à suivre leur religion mais ils n'étaient pas assez en nombreux pour être organisées.

C'est à partir des premières politiques de  regroupement familial entre la fin des années soixante dix et le début des années quatre-vingt, qu'on entendra parler d'un problème de lieux de culte. En effet, nous étions à la période des "mosquées des caves". Et l'islam commencera à être fortement présent et visible avec l'arrivée des familles marocaines.

 Nous pouvons avancer sans nous tromper que l'immigration marocaine aura "boosté" l'islam harkis, qui se placera sous le drapeau algérien(...).

 La mosquée de Paris porte clairement aujourd'hui l'empreinte du gouvernement algérien.

C'est pourquoi l'enjeu d'une union de l'islam algérien et celui des Harkis, "Boustera" à l'inverse la grande mosquée de Paris par un nombres important d'adhésion. En échange, la mosquée de Paris nommé des imams de leur cru.

Cette alliance entre frère maudit créera à partir de la décennie 2000 une forte demande de naturalisation algérienne de la part des Harkis en France. 

Toutes les premières mosquées harkis, insufflées par les immigrés marocains, se sont retrouvées pour les raisons précitées, sous drapeau algérien.

 Pour leur part, les immigrés marocains étaient de fait, et sans choix possible sous tutelle du consulat de leur pays par l'intermédiaire "d'amicales des marocains.".

Les tunisiens, eux, pratiquaient un islam tranquille et silencieux. Sauf pour ces étudiants fraîchement débarqués de Tunisie ou le président Bourguiba ne voulait pas s'embarrasser de ces jeunes étudiants islamistes gênant en  tunisiens.

 En France, ces étudiants tunisiens créeront en 1983 l'U.O.I.F, l'Union des Organisations Islamiques de France. Dirigée par l'ambitieux et médiocre  Abdallah Ben Mansour, qui terminait ses études de BTS d'électromécanique dans notre bonne vieille ville d'Amiens.

Sa technique d'alors? Lé démarchage quasiment commercial d'un Islam "intègre" dont il se présentait comme l'unique représentant ! ( L'UOIF est considérée souvent comme étant proche de l'idéologie des Frères Musulmans Égyptien et parfois accusée par certains de soutenir des positions extrémistes. C'est le cas notamment de l'essayiste Flammeta Venner qui a publié en 2005 un ouvrage dans lequel elle dit avoir repéré une nature « intégriste » de l’UOIF et qui reproche à Nicolas Sarkozy d'avoir institutionnalisé cette organisation au sein du C.F.C.M. A plusieurs reprises, des dirigeants de l'UOIF ont repris publiquement la devise des Frères Musulmans: «Le Coran est notre Constitution». L'U.O.I.F est considérée comme terroriste par les Émirats arabes unis.)

 

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C'est à partir des événements d'Algérie avec le FIS que la France commença sérieusement à envisager un Islam à la française pour littéralement "barré la route" en France à un islam intégriste algérien Salafiste  ( Salaf= pure) et ultra-violent.

 

C'est ainsi que nous verrons l'apparition du CFCM, Conseil Français du Conseil Musulman, initié en 1999 par J.P Chevenement, et poursuivi par D.Vallant qui aboutira à la création de ce conseil en 2003. Il sera   ensuite "récupéré et soutenu par N.Sarchozy alors ministre de l'intérieur.

 Ce "Conseil" mi-Etatique, mi-Associative est sous la direction de Dalil Boubakeur jusqu'à aujourd'hui. Dalil Boubakeur étant ainsi le moins pire de tous... sachant que tous ces mouvement musulmans de Tunisie et d'Algérie sont la résultante Historique et spirituelle de la Nahda (renouveau islamique), créé au début du XVIIIe siècle et poursuivi par Djamal Eddine Afghani, Mohammad Abdou et Rachid Redha. Mouvement "réformateur" qui influencera profondément le grand-père de Tarik Ramadan; le Cheikh Hassan el-Banna fondateur de la confrérie des frères musulman d'Égypte.).

 Il faut toutefois relever le côté anti-démocratique de cet organe, le CFCM, créé "faute de mieux" par la France, qui prouve ainsi l'incapacité pour les musulmans de développer au minima ce style d'outil, "un conseil."

Cette incapacité étant intrinsèque au fonctionnement psychologique "binairien" des musulmans du Musulman.

 Il sera créé la version régional du CFCM sous le nom de "Conseil Régional du Culte Musulman": Le CRCM est une instance, elle, chargée de représenter les associations gestionnaires de lieux de culte et de fait les musulmans auprès des autorités. Sorte d'outil minimal initiatique pour populations musulmanes. (Apprentissage des musulman a une forme de "citoyenneté/religieuse" crée par l'état laïque français. (...)

Le travail des CRCM est organisé en commissions sur différentes thématiques : cimetières, formation d'Imams, viande Halal pèlerinages...

Autant dire des manœuvres désespérées inventé par les gouvernements successifs dans le seul but de créer une représentativité  musulmane auprès des autorités. Un contrôle de la population musulmane dans la sphère républicaine.

Cette façon de faire est assez proche des techniques de gestion coloniale des indigènes algériens à l'époque de la colonisation française. Sauf que ces techniques de gestion sont encore aujourd'hui d'actualité. Ce qui semblerait démontrer que :

1- Les populations des ex-colonies,vivant en France au XXIe siècle, sont hélas encore soumises à des régimes d'un autre temps.

2- Ces population musulmanes peuvent effectuer et avoir un raisonnement suffisamment complet pour s'investir de façon optimale dans notre société, mais que celle-ci ne leur donne pas les moyens d'y accéder.

Nous avons souligné dans l'un de nos billets précédemment édités,  comment l'islam avait stoppé son évolution historique au XVIe siècle. Ce qui mettrait ses fidèles aujourd'hui en porte-à-faux entre un "référentiel de pensée religieuse" et un "référentiel Laïque".

L'Islam a stoppé sa progression à l'inverse de la religion judéo-chrétienne, tout simplement parce qu'il n'a pas  opéré d'aggiornamento, car l'islam qui est la dernière religion révélée, se dit accompli !

Elle est la religion qui va clore des siècles de tatonnements idéologiques pour se dire parfaite avec la religion Musulmane. C'est-à-dire que l'Islam ce présente comme La religion monothéiste parfaite puisque c'est l'aboutissement du Judaïsme et du Christianisme.

De ce fait la religion musulmane se retrouve dans une logique d'expansion.

Elle n'a donc pas à opérer à une quelconque réforme puisque pour elle, son but final est atteint.

Cette remarque est très importante parce qu'elle nous explique pourquoi aujourd'hui les musulmans ne peuvent pas arriver à une quelconque réforme de leur religion. Cela serait un blasphème car ça voudrait dire "rajouter" (Bidha) ou à associé (Shirk) d'autres choses à ne religion parfait. Ce qui est impossible! Ce qui dans le raisonnement musulman consisterait à mettre en doute la finitude de Allah. Allah étant par principe "le tout de toute chose se suffisant à lui-même".

Aujourd'hui, pour ce qui est de la représentativité de l'islam en France, il est donc impossible pour les musulmans de se concerter  afin de créer une instance unique qui représenterait tous les musulmans de France. Ce ne serait donc pas islamiquement "Hallal"car le fonctionnement binaire du musulman installe un raisonnement en "OU" et non en "ET" -"Hallam ou Hallal"( bon ou mauvais, sans autre alternative!)

Tenter de créer une union entre musulmans de la forme d'une petite "Oumma" (communauté des musulmans du monde), dans un espace républicain et laïque est totalement absurde pour le musulman puisque son but est de répandre la dite "Oumma" à l'ensemble du monde entier.

Mousli Hazies

 

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