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Billet de blog 9 juillet 2015

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La référence symbolique soufie du terme du chemin est l’Océan.
Le soufisme est: “[…] de temps à autre, une Révélation «flue» comme un grand flot de marée venant de l’Océan d’Infinitude vers les rives de notre monde fini; et le soufisme est la vocation, la discipline et la science permettant de se plonger dans le reflux de l’une de ces vagues et d’être ramené avec elle à sa Source éternelle et infinie.”
Il n’y a qu’une seule eau, mais deux Révélations ne sont pas extérieurement semblables. Le mystique se préoccupe beaucoup plus de la vague en reflux que de l’eau laissée derrière elle. Mais il a besoin de ce résidu, des formes extérieures de sa religion qui concernent l’individu humain comme tel.
A la mort de Ghazâlî, le grand soufi du XIe siècle, on trouva sous sa tête un poème qu’il avait écrit durant sa dernière maladie. Ces vers y figuraient:
Je suis un oiseau: ce corps était ma cage,
Mais je me suis envolé, le laissant comme un signe.
“Ce qui, par la réalisation spirituelle, est ramené à la Source peut être désigné comme le centre de conscience. L’Océan est aussi bien au-dedans qu’au-dehors; et le chemin des mystiques est un éveil progressif comme si l’on «reculait» en direction de la racine de son être; c’est un ressouvenir dui Soi suprême qui transcende infiniment l’ego humain et qui n’est autre que les profondeurs vers lesquelles la vague reflue.” 
Ce que les hindous appellent «libéré vivant» est nommé en soufisme réalisation de la «Station suprême».
“Le soufi accompli est donc conscient d’être, comme les autres hommes, prisonnier du monde des formes, mais, à leur différence, il a aussi conscience d’être libre, d’une liberté qui l’emporte incomparablement sur sa captivité. C’est pourquoi on peut dire qu’il a deux centres de conscience, l’un humain et l’autre divin, et il peut s’exprimer en fonction tantôt de l’un et tantôt de l’autre, ce qui explique certaines contradictions apparentes.” 
L’Arbre de Vie, dont le saint est une personnification, est parfois décrit comme ayant ses racines au Ciel, cela pour qu’on n’oublie pas que la profondeur et l’élévation sont spirituellement identiques.
Le sens du mot «original» a été dévié vers la différence, ou la qualité de ce qui est inhabituel ou extraordinaire. «Original» est utilisé comme synonyme d’«anormal», ce qui est une perversion monstrueuse, puisque la véritable originalité est une norme.
“Le soufisme n’est autre que le mysticisme islamique, ce qui signifie qu’il est le courant central le plus puissant de ce flot de marée qui constitue la Révélation de l’Islam; et il apparaîtra clairement de ce qui vient d’être dit qu’il n’y a là aucune dépréciation, comme certains semblent le penser. C’est, au contraire, l’affirmation que le soufisme est à la fois authentique et efficace.” 
Le soufisme n’existe et ne peut pas exister à l’extérieur de l’Islam. Si on lui dépouille les particularités et l’originalité, on lui enlève aussi son impulsion.
Au moment où l’Islam fut établi dans le sous-continent indien, il y eut des échanges intellectuels entre soufis et brahmanes, tout comme le soufisme adopta certains termes empruntés au néo-platonisme. “[…] le soufisme, étant totalement dépendant d’une Révélation particulière, est totalement indépendant de toute autre chose. Mais, se suffisant à soi-même, il peut, si le temps et le lieu s’y prêtent, cueillir des fleurs dans un jardin autre que le sien. Le Prophète de l’Islam a dit: «Cherchez le savoir jusqu’en Chine.»”
2. Universalité du soufisme
Le soufisme, en tant que particularité mystique de l’Islam, est parfaitement compatible avec la mystique universelle, tout comme l’art sacré est à la fois particulier et universel.
Titus Burckhardt, dans «Perennial Values in Islamic Art», Studies in Comparative Religion, été 1967, disait: “Personne ne contestera l’unité de l’art islamique, que ce soit dans le temps ou dans l’espace; elle est bien trop évidente: que l’on contemple la mosquée de Cordoue ou la grande medersa de Samarcande, qu’il s’agisse de la tombe d’un saint au Maghreb ou au Turkestan chinois, c’est comme si une seule et même lumière rayonnait de chacune de ses œuvres d’art.»
Frithjof Schuon, dans De l’unité transcendante des religions, Paris, Gallimard, 1948, p. 79, disait: “Devant une cathédrale, on se sent réellement situé au centre du monde; devant une église en style Renaissance, baroque ou rococo, on ne se sent qu’en Europe.” 
Tout comme la sainteté est le but final du soufisme, l’art sacré est la cristallisation de la sainteté.
“Selon la doctrine islamique, la perfection est une synthèse des qualités de majesté et de beauté; et le soufisme, ainsi que de nombreux soufis l’ont exprimé, est un revêtement de ces qualités divines: cela implique que l’âme se dépouille des limitations de l’homme déchu, des habitudes et des préjugés qui étaient devenus une «seconde nature», et se couvre des caractéristiques de la nature primordiale de l’homme fait à l’image de Dieu.” (p. 19)
Dans certains Ordres soufiques, le rite d’initiation prend la forme d’une investiture: un manteau (khirqah) est placé par le cheikh sur les épaules de l’initié.
Pour le novice la voie est, au début, surtout une discipline.
Les symboles ne sont pas arbitraires, mais enracinés dans la réalité. Tout de même, un symbole est par définition fragmentaire, en ce qu’il ne peut jamais capter tous les aspects de son archétype (par exemple, dans le symbole du cercle, ce qui échappe est le fait que le centre est infiniment plus grand que le cercle même).
Le soufisme, comme les autres mysticismes, conduit au Centre Unique. Il est particulier par ses distinction et universel parce qu’il fait ce que les autres mysticismes font. Conformément au symbolisme du cercle, le soufisme est un rayon parmi les rayons. “[…] lorsqu’un chemin mystique approche de son But, il est plus proche des autres mysticismes qu’à son départ.” 
“L’essence concentrée de l’Islam ne se trouve que chez le saint soufi qui, en parvenant au terme du Chemin, a porté les idéaux spécifiques de sa religion à leur développement le plus élevé et le plus complet, exactement comme l’essence concentrée du christianisme ne peut se rencontrer que chez un saint François, un saint Bernard ou un saint Dominique.” 
La denière Révélation, l’Islam, est en quelque sorte une récapitulation des autres.

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