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Billet de blog 28 janvier 2026

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Falsifier la Shoah par l’IA : un risque démocratique majeur

L’intelligence artificielle permet désormais de produire des images de la Shoah qui n’ont jamais existé. En brouillant la frontière entre archive et simulation, ces contenus fragilisent le régime de preuve historique et offrent au révisionnisme un outil inédit. Commen protéger la mémoire des crimes contre l’humanité à l’ère de la falsification technologique ?

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

L’intelligence artificielle permet aujourd’hui de créer des images de la Shoah qui n’ont jamais existé.

Elles sont techniquement convaincantes, émotionnellement puissantes, historiquement fausses.

Ce phénomène pose un problème bien plus large qu’une simple dérive technologique.

Il interroge notre capacité collective à préserver la vérité historique à l’ère de la simulation.

Les images de la Shoah n’ont jamais été de simples illustrations.

Elles ont été des preuves — centrales dans la lutte contre le négationnisme.

En fabriquant de fausses images, l’IA n’ajoute pas de la compréhension : elle fragilise l’ensemble du régime de preuve.

Car une fois le doute introduit sur certaines images, c’est tout l’édifice qui vacille.

Le révisionnisme n’a plus besoin d’argumenter.

Il peut se contenter de suggérer.

À cette menace idéologique s’ajoute une logique économique :

la captation de l’attention par le choc, l’émotion, la transgression.

La Shoah devient alors un matériau parmi d’autres dans l’économie numérique de l’indignation.

Or cette dérive n’est pas neutre politiquement.

Elle prospère sur l’inaction des plateformes et l’absence de doctrine publique claire sur l’usage de l’IA appliquée à la mémoire des crimes de masse.

Le cadre juridique existe pourtant.

Le droit français sanctionne la négation et la banalisation des crimes contre l’humanité.

Le droit européen, via le Digital Services Act, reconnaît la notion de risque systémique, obligeant les grandes plateformes à prévenir les dommages graves à la société.

La diffusion massive d’images fausses d’un génocide constitue précisément un tel risque.

Ce qui manque aujourd’hui, ce n’est pas la loi.

C’est la volonté politique de l’appliquer à l’ère numérique.

La Shoah ne peut être soumise aux mêmes logiques que la fiction, la publicité ou le divertissement.

Elle impose un principe de retenue, de traçabilité et de responsabilité.

À défaut, nous laisserons s’installer une confusion durable, au moment même où les derniers témoins disparaissent.

La falsification de la mémoire n’est pas un dommage collatéral de l’innovation.

C’est un choix politique par omission.

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.