«Apocalypse»: La guerre des Mondes... et des idées

Après six saisons à traiter des guerres de la première moitié du vingtième siècle, la série «Apocalypse» nous propose enfin de voir au-delà du 8 mai 1945 et de se pencher sur des conflits moins documenté, en tout cas en France. L'intention est louable. Le résultat malheureusement pas à la hauteur.

Après six saisons à traiter des guerres de la première moitié du vingtième siècle, Apocalypse nous propose enfin de voir au-delà du 8 mai 1945 et de se pencher sur des conflits moins documenté, en tout cas en France. L'intention est louable.

Louable mais très ambitieuse. Trop ambitieuse même puisque couvrir 46 ans de géopolitique mondiale durant des années très tourmenté en six heures relèverait certainement de l'exploit. Il faut donc faire des choix, souvent abrupt. Exit donc les conflits en Afrique du Nord (ne fâchons pas l'auditoire avec une remise en cause de la guerre d'Algérie ?), exit aussi les événements en Europe de l'Est qui, mis à part quelques minutes sur Berlin, seront pour ainsi dire totalement absent du documentaire, exit l'Amérique du Sud à part là encore une courte évocation de la crise des missiles à Cuba ... Enfin bref, il serait surement plus simple de citer ce qui est évoqué que ce qui ne l'est pas tant les manques sont nombreux. Le documentaire se concentre ainsi sur la guerre de Corée et de l'Indochine/Vietnam soit, en voyant large une période 1945-1973.

Qu'en est-il des 18 années restantes ? Compter 4 minutes 30 à la toute fin du dernier épisode, est-il vraiment nécessaire de rajouter un mot à ce triste constat en cette année où l'on commémore les 30 ans de la chute du mur de Berlin ?

Ainsi, avant même de se pencher sur le contenu, le titre même du documentaire semble déjà bien trompeur. Mais enfin soit, un documentaire français sur la guerre d'Indochine/Vietnam et sur celle de Corée en prime time sur la télévision publique n'est pas chose courante donc laissons-lui le bénéfice du doute. Autant dire que l'on n’est pas déçu du voyage.

Lister toutes les approximations, quand ce n'est pas même des erreurs flagrantes, et toutes les prises de position et biais de réalisations n'est même pas de l'ordre du possible tant il y en à. Si certaines approximations sont sans doute inévitables lorsque l'on cherche à vulgariser, surtout en si peu de temps, des événements aussi complexe, certaines erreurs semble trop évidente pour ne pas être volontaire. Entre les commentaires qui se contredisent toutes les deux minutes et ceux fondamentalement partiale, les biais dans le storytelling sont eux aussi, flagrant.

où l'histoire doit être impartiale, ce documentaire montre au contraire une idéologie clairement identifiable. Guerre du Vietnam, les moines bouddhistes qui manifeste sont qualifiés de violents, l'accusation de lavages de cerveaux communiste à leur encontre reprise sans aucune remise en cause ou contextualisation, l'attitude méprisante et autoritaire du président Diem et de sa famille, pourtant très bien documenté dans d'autre documentaire ne sont même pas évoqué. Ce n'est qu'un exemple, mais un exemple flagrant et documenté dans d'autre documentaire réalisé, non pas par des militants d'extrême-gauche mais par des chaines dont le sérieux n'est pas remis en cause comme Arte.

Six heures de documentaire, six heures où l'on nous projette une vision manichéenne de ces guerres où les communistes sont les méchant qui cherches à déstabiliser le monde, les Français et les Américains, les défenseurs de la liberté quelques en soit le prix. À ce compte là on ne se demande plus pourquoi le documentaire fait l'impasse sur la guerre d'Algérie ou pourquoi parmi les soldats français fait prisonnier par le VietCong et rendu après les accords de Genève, seuls des nord-africains sont accusé d'avoir cédés aux sirènes du communisme donnant le loisir à la voix off de prophétiser, dans ce qui sera d'ailleurs la seule évocations ou presque des conflits aux Maghreb : "Combien d'entre eux se battrons contre la France en Algérie dans quelques mois ?".

Les manifestations pacifistes pour la fin de la guerre au Vietnam ? Survolé en quelques secondes dans le dernier épisodes quand on nous abreuve durant de longue minutes de vidéo privée de la famille Kennedy faisant du cheval et nourrissant des poneys.

Est-ce que le documentaire est entièrement faux ? Non, bien entendu et il permet sans aucun doute à quelqu'un n'ayant peu ou pas d'informations sur ces guerres là de comprendre un peu mieux cette période trouble. Mais voilà justement là où le bât blesse le plus. Ce documentaire ne s'adresse pas à des gens ayant déjà des connaissances sur la guerre froide, des gens capable de remettre en perspective les informations que le documentaire leur donne.

Ce documentaire s'adresse à des novices et distille son parti pris comme une vérité qui, par le profil de son auditoire, ne sera pas remis en doute. Et c'est bien cela qui est grave, mais le titre déjà aurait du nous en alerter ...

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