Université ou le culte de l'utilité et de la rentabilité.

Les universités sont progressivement devenu des lieux qui n'ont comme but que de fournir aux entreprises de la main-d'oeuvre modelée à son image. L'idée s'est imposé que l'université assure des formations professionnalisantes, remplacement ainsi doucement mais surement les formations professionnelles internes comme si l'école était destinée à devenir le bras armé de l'entreprise.

Dernièrement se sont télescopé dans ma vie deux réalités étudiantes qui au premier abord m'ont semblé bien différentes l'une de l'autre avant que je m'y pense un peu plus et que je comprenne qu'elles répondent toutes les deux à la même injonction faites aujourd'hui aux études supérieures : celle d'être des biais d'accès au travail, de répondre aux besoins des entreprises et du marché.
Avant d'être un lieu d'éducation, les écoles supérieures et les universités sont progressivement devenu des lieux qui n'ont comme but que de fournir aux entreprises de la main-d'oeuvre modelée à son image, quoi que cela veuille dire. En France et en Europe, cette réalité a été entérinée par le processus de Bologne à la toute fin des années 90. Ce processus qui visait d'abord un objectif intéressant pour tous, celui de mettre en adéquation toutes les universités d’Europe, permettant des échanges plus faciles entre les pays et instaurant pour se faire les crédits européens et généralisant le système licence master doctorat. Ainsi un étudiant pouvait commencer des études en Allemagne puis partir en Suède les finir sans avoir à passer par des commissions d'équivalence ou reprendre tout à zéro ce qui, il faut en convenir ne pouvait que lier plus encore une communauté européenne qui peinait à fédérer ses citoyens. Le penchant négatif de ce processus, présent dès le début des discussions même si un peu moins valorisé avant le milieu des années 2000, est la mise en place d'une politique d'assurance qualité dans les formations donnée à l'université. Cette idée d'assurer la qualité de l'enseignement correspond en réalité à l'idée qu'il est nécessaire que les formations données dans les universités correspondent au besoin du marché de l'emploi en çà qu'il est nécessaire pour les cursus de d'adapter régulièrement leurs programmes à ce que les entreprises demandent à leurs futurs employés, particulièrement dans le premier cycle, licence, DUT et BTS en ce qui concerne la France. Ainsi, il est demandé aux formations universitaire et scolaire d'assurer des formations professionnalisantes, remplacement ainsi doucement mais surement les formations professionnelles qui se faisaient avant en interne. En témoignent par ailleurs les offres d'emploi offert aux jeunes diplômés, quand ce n'est pas même de simple offre de stage, leur demandant de maitriser tel ou tels logiciels et d'être autonome dans leur travail comme si l'école était destinée à devenir le bras armé de l'entreprise.
C'est dans ce contexte que la réalité vint me frapper en pleine figure il y a quelques jours de cela en apprenant que le gouvernement québécois souhaite restreindre les facilitéss d'accès pour les étudiants étrangers au statut de résident permanent. Le gouvernement de la coalitionAvenir Québec (CAQ) souhaite en effet limiter la possibilité pour les étudiants étrangers ayant achevé un diplôme de l'enseignement supérieur dans la province, de recourir à la procédure simplifiée du Programme de l'expérience Québécoise (PEQ).
Pour comprendre ce que cela signifie, il est nécessaire d'expliquer comment s'obtient le permis de résidence permanente au Québec actuellement. Après avoir étudié sur place pour une durée supérieure à six mois et avoir obtenu un diplôme de l'enseignement supérieur, le candidat à la résidence permanente se doit d'obtenir un permis de travail. Celui-ci en poche il lui est permis de s’installer et de travailler dans la province tant que ce permis est valide. Deux choix s'offrent alors à lui, renouvelés régulièrement celui-ci ou se lancer dans une demande de résidence permanente. Celle-ci demande l'obtention de deux papiers successifs. Le premier, le certificat de sélection du Québec (CSQ) est délivré par, comme son nom l'indique, le gouvernement du Québec, et est un prérequis pour enclencher les demandes du deuxième, l'attestation de résidence permanente délivrer cette fois-ci par l'État fédéral, le Canada.

Ainsi jusqu'à aujourd'hui les diplômés du Québec bénéficient de procédure facilitée, grâce au PEQ, pour l'obtention de leur CSQ. Cette facilité n'est pas anodine puisqu'elle a surtout pour effet de réduire les délais d'obtention, habituellement de 18 à 24 mois, à moins d'un mois. Cette étape franchie, comptez encore près de deux ans d'attente pour obtenir le feu vert de l'administration fédérale. Alors pourquoi vouloir restreindre cette mesure, grandement apprécier des étudiants? Le gouvernement de la CAQ souhaite que les seuls diplômés de formation correspondantes à une liste préétablie puissent bénéficier de cette mesure. Leur argument principal : répondre au besoin du marché du travail. Alors que le Québec fait face depuis plusieurs années à une pénurie de main-d'oeuvre, le gouvernement établirait une liste de formations où la contribution des élèves étrangers serait nécessaire afin de combler cette pénurie de main-d'oeuvre. L'idée peut paraître intéressante en soi présentent en réalité de nombreux pièges.En effet, cette liste de métier était, selon les prévisions du gouvernement, appelé à changer tous les ans, ne permettant alors de garantir à un étudiant commençant un cycle de trois ans dans un diplôme figurant sur la liste que celui-ci serait toujours éligible au programme trois ans après. La deuxième difficulté était posée par le type de métier en demande, principalement des métiers peu ou pas qualifiés, éliminant d'office la plupart des formations universitaires et beaucoup de formations techniques au profit de formations peu prisées par les étudiants, qu'il soit international ou québécois. Enfin, outre la difficulté à mesurer quel seront les besoins en matière de main-d'oeuvre dans les mois suivant l'obtention de leur diplôme par les étudiants, le gouvernement semblait oublier de prendre en compte les deux ans d'attente auprès de l'administration fédérale avant l'obtention de la résidence permanente.
Ce projet de restriction des droits des étudiants au profit d'une logique du marché a bien sûr fait bondir les associations étudiantes qui ont souligné très justement que les étudiants internationaux, même dans des filières moins en demande de main-d'oeuvre n'avait aucun mal, pour ceux qui le souhaitaient à trouver du travail dans la province et le projet de loi à, bien heureusement, été retiré. Mais cela traduit tout de même quelque chose du but que l'on souhaite donner à l'université et à l'enseignement supérieur en général : la formation postsecondaire n'est pas là pour permettre aux étudiants d'étudier dans un sujet qui les intéresse et les instruire sur le monde qui les entoure, mais bien de les préparer à un métier, à remplir un trou et cela, selon les règles et les demandes imposées par les entreprises et le marché.Je me suis posé la question de ce que la France pensait de ce genre de choses, l'université française était-elle elle aussi devenu une usine à créer des employés? En témoigne le fiasco de Parcoursup, il semblerait que oui. Il est maintenant demander aux élèves de choisir la voie dans laquelle ils seront le plus efficace, le cursus qu'ils réussiront le plus facilement afin de passer le moins de temps possible sur les bancs de l'université. Et s’ils ne peuvent faire des choix raisonnables alors l'université le fera pour eux en sélectionnant le profil des candidats qui l’intéresse et le nombre que ceux-ci pourront être afin, dit-on, de ne pas surcharger le marché du travail avec des profils pour lequel il n'y a pas de demande. Ainsi, c'est en réalité le même système que celui qui devait être mis en place au Québec que la France favorise : faire sortir tous les ans de chaque filière juste le bon nombre de diplômés pour répondre aux besoins du marché du travail et faire en sorte que ceux-ci conviennent aux patrons, et tant pis pour tous ceux dont le droit à l'éducation est bafoué au passage.
Cela ne semble de toute façon pas gêner ceux qui décident de ces mesures libérales comme le drame récent de cet étudiant s'immolant par le feu le montre. Loin de se demander si 450€ par mois sont suffisants pour vivre, nombre de partisans du libéralisme pointent du doigt son parcours scolaire et le triplement de sa L2, disant qu'après tout, l'argent public n'est pas là pour financer l’échec. Se réorienter serait, pour eux, un échec, un manque de productivité et de bonne volonté. C'est appliqué à l'université cette mentalité déjà désastreuse dans l'entreprise, qu'une carrière est faite pour aller vers le haut et que si votre taux de productivité n'est pas conforme aux demandes de vos supérieurs, c'est la porte qui vous attend. Tenter des choses pour trouver sa voix ou persévérer pour réussir malgré des faiblesses est maintenant perçuscomme une perte de temps et ceux qui s'y adonnent seraient des parasites pour la société, surtout si ceux-ci sont pauvres.
Car un pauvre devrait être un bon pauvre et avoir la volonté de s'en sortir. Un pauvre, selon certain, devrait se montrer assez méritant pour être aidé, montrer qu'il mérite de réussir. Un pauvre devrait travailler pour financer ses études mais les réussir aussi bien que ses camarades qui s'y consacrent à plein temps. Un bon pauvre ne devrait pas, parfois partir en vacances pour décompresser, mais devrait garder un état d'esprit positif pour ne pas être tenté à certain moment de relâche ses efforts. Un pauvre devrait être en pleine santé pour pouvoir faire ses études sans interruption et qu'importe que dans le même temps on cherche à casser l’hôpital public et la sécurité sociale. Car un bon pauvre, c'est finalement un pauvre qui ne se voit pas, qui ne fait pas tache et qui accepte de rentrer dans le rang que les libéraux lui imposent.
Si vous êtes pauvre, prière de faire un métier utile et qui vous rapportera de l'argent dise même certain. Pas question d'aller faire 5 ans de fac de sociologie et de finir chômeur, vous ne voudriez pas que l'on vous paye du chômage en plus non? Si vous êtes étudiants, et si en plus vous êtes précaire, conformez-vous aux attentes du marché du travail, soyez utile ou mourrez, mais en silence s'il vous plaît, il y en a qui bossent ici.

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