J’en ai ma claque, oui.
J’ai suivi sans conviction votre envolée lyrique saluée par bons nombres de personnes qui considèrent déjà qu’il s’agit là de votre plus beau discours, humain, juste, humble. Le plus beau du quinquennat, le plus beau de toute l’histoire politique française.
J’ai vu un homme me parler d’un monde meilleur, du monde d’après à reconstruire, d’un futur social et plus juste. Soit.
Reconstruire vous dites ? Mais quoi ? La casse sociale, la destruction écologique de votre gouvernement ? Ce serait en effet la moindre des choses.
Cependant, permettez-moi d’émettre quelques interrogations et de douter quelque peu de vos propos pourtant dignes d’un Te Deum. (Ben oui, nous sommes en guerre, hein).
Pourquoi douter ? Parce que j’en ai ma claque.
J’en ai ma claque, oui, car j’ai vu votre politique détruire tout ce qui s’opposait à cette doctrine libérale depuis maintenant plusieurs années.
4439 blessés, 12 107 interpellations, 10 718 gardes à vue, 3100 condamnations dont 400 avec de la prison ferme, ça vous dit quelque chose ?
On n’avait jamais vu ça. Rassurons-nous, nous sommes dans un état de droit, il n’y a pas de violences policières, ce ne sont pas des mots justes. Merci, Monsieur le Président pour cette intervention, on remarque bien que vous méprisez la vermine jaune. J’y étais, j’ai subi ces gazages, j’ai subi ces intimidations, j’ai vu des choses affreuses que je ne pensais pas possibles dans ce pays.
Et si vous ne me croyez pas, laissez-moi vous rafraîchir la mémoire :
Gilets Jaunes, une répression d’état
Comment la police a grièvement blessé un gilet jaune le 16 novembre
Gazage illimité face à l’urgence climatique
Après ce petit florilège répressif de votre gouvernement, passons si vous le voulez bien à l’actualité du moment. La crise sanitaire qui frappe notre pays, notre planète entière, est sans précédent. C’est également un signe d’une crise écologique d’une grande ampleur et des conséquences de la société de consommation et d’une mondialisation qui semble avoir lâché les freins depuis un moment.
Dès le début de cette crise, les cartes étaient dans vos mains pour gérer ce problème. C’est votre rôle. Pourtant, même en ayant conscience des risques sanitaires liés cette épidémie, vous et votre gouvernement avez décidé de maintenir les élections municipales.
Des gens ont transmis le virus, des gens ont attrapé le virus, des gens sont morts. Par votre faute.
Restez chez vous ! Mais allez voter !
Quelle merveilleuse idée d’envoyer tout le monde se cloîtrer les uns sur les autres dans des espaces fermés, au nom de la démocratie. Démoquoi ? J’en ai presque oublié la définition, tant elle paraît décrépie, de nos jours.
Je n’ai même pas envie de m’étendre sur la gestion du stock des masques sanitaires ou sur les incroyables volte-face sur l’utilité de ces derniers.
Les hôpitaux ? Une amie travaille en réanimation en Alsace, dans ma région natale. Elle affirme qu’elle a dû « trier » des patients. Mais ce n’est pas comme si le personnel soignant avait demandé plus de moyens depuis plusieurs années maintenant. Et ce n’est pas comme si des infirmiers ou des médecins sont rappelés à l’ordre ou mis à pied s’ils osent ouvrir leur gueule pendant la crise.
La dictature, c’est ferme ta gueule, et la démocratie, cause toujours, comme disait Jean-Louis Barrault. Aujourd’hui, nous sommes plutôt dans un « cause toujours, mais sans faire de bruit. »
Mais ce n’est pas grave ! Tout va s’arranger ! En effet, notre cher gouvernement a commandé une quantité astronomique, pour l’après Covid-19, de gaz lacrymogènes ou de drones en tout genre. C’est vrai que c’est vraiment le moment de faire le stock. Vous avez peur ?
Mais ce n’est pas grave ! Tout va s’arranger ! BlackRock, investisseur dans le pétrole, va désormais s’occuper de la gestion européenne de l’environnement ! Le sens des priorités, c’est merveilleux.
BlackRock grand sauveur de l’humanité
Mais ce n’est pas grave ! Tout va s’arranger ! L’État a décidé de ne pas soutenir les entreprises qui pratiquent l’évasion fiscale ! Je pense que cette information est passée sur tous les plateaux télé en boucle, histoire que tout le monde l’imprime parfaitement juste avant que... ce même État fasse une surprenante marche arrière qui elle semble avoir disparue de l’actualité médiatique.
Mais ce n’est pas grave ! La police sera là pour nous protéger, on le voit bien dans les quartiers populaires aujourd’hui. Vous serez également en sécurité si vous vous rendez en manifestation ou que vous allez danser aux abords de l’eau pour la fête de la musique. Tout va s’arranger que je vous dis !
Votre police est fatigante, mais aussi fatiguée !
J’en ai ma claque ! J’en ai ma claque de servir ce système rouillé et corrompu jusqu’à l’os qui ne cherche qu’à avoir la plus grosse... liasse de billets. Vous ne voyez que ça. L’argent, l’argent, l’argent. Même quand il n’est qu’un chiffre virtuel, il contrôle la totalité de cette planète. Ne vous étonnez pas de la suite. Elle s’annonce brûlante. Vous vous êtes mis tout le monde à dos.
Je ne veux pas de votre monde d’après, et j’ose espérer que je ne suis pas le seul. Les bras m’en sont déjà tombés face à votre politique, que vos masques tombent ! Et faites-en don pour les soignants, en passant.