Pourquoi Greta Thunberg doit faire débat.

L'épineuse question de l'écologie. Avec Greta Thunberg, le gouvernement français et les pays européens s'efforcent de démontrer que le présent est à l'écoute du futur. Que dans le monde de demain, à nouveau, une enfance heureuse et insouciante succédera à une jeunesse porteuse de rêves et de projets. On les comprend, il serait inhumain d'attrister les enfants et de leur vendre, comme pour se préparer à une guerre: du sang et des larmes.

Cependant, rappelons-nous que la crise des gilets jaunes a commencé avec l'augmentation, en douce, des prix du carburant diesel. Qu'avant les gilets jaunes, la start-up nation de Macron n'avait pas hésité, au nom de l'État, du droit et de la productivité, à démanteler la ZAD de Notre-Dame-des-Landes. De très nombreux acteurs de la scène publique, et pas des moindres dont beaucoup de scientifiques, ce sont inquiétés de la disparition de cet immense laboratoire des essais agronomiques et des sociabilités de demain. Ils ont regretté la disparition de ce nouveau commun. Pour finir, Greta Thunberg a été invitée à s'exprimer à l'Assemblée nationale le même jour où le CETA – cet accord, très polluant, de libre-échange avec le Canada – a été voté par cette institution. Il va s'en dire que la personnalité de Greta Thunberg est splendide, volontaire, courageuse et qu'elle a mobilisé autour d'elle un immense élan de solidarité juvénile. Mais cette mobilisation de la jeunesse ne doit pas nous faire oublier que les différents pouvoirs qui agissent sur notre monde aspirent à pérenniser leur existence et que même de très beaux mouvements populaires et sociaux finissent par être détournés de leurs objectifs et leurs leaders instrumentalisés.

Notre histoire est pavée de ces moments utopiques qui ont débouché sur des dictatures ou qui ont servi de caution pour accentuer les répressions déjà à l'oeuvre. Quelques événements sont éloquents: la croisade des enfants au Moyen-âge qui a servi de prétexte à des répressions féroces; l'action de Jeanne d'Arc, qui aussi courageuse soit-elle, a renforcé le pouvoir des nobliaux français; la Guerre des paysans, moment absolument incroyable de soulèvement populaire au nom de la démocratisation de la parole de l'évangile et des pouvoirs temporels et qui s'est achevé dans un bain de sang détruisant pour ainsi dire jusqu'à aujourd'hui toute velléité de création d'une force révolutionnaire en Allemgne du Sud et en Suisse. Citons encore la Révolution russe, dont l'élan populaire a été confisqué par les Bolchéviques.

Ces quelques mots n'ont que pour seul objectif de rappeler que critiquer l'action de Greta Thunberg n'est pas faire le lit de la pensée climato-sceptique ou de nier le changement climatique. Mon but est de nourrir l'esprit critique, de mettre en alerte contre les sirènes médiatiques et contre ceux qui peuvent s'en servir pour canaliser dans leur sens l'énergie juvénile déployée. Pour conclure mon message va plus loin, il serait faux de croire que la force nécessaire pour affronter le changement climatique est seulement d'ordre scientifique. Notre confort n'a été possible que par l'érection d'une civilisation artificielle où il suffit généralement pour être servi d'appuyer sur un bouton. Malmener les zadistes, les gilets jaunes, les agriculteurs, etc. c'est tourner le dos à la réalité de notre monde. C'est malmener les piliers de notre confort. C'est briser les colonnes qui soutiennent nos cités de cristal. Et ceci, cette réalité de la vie, cette existence difficile contre les vents contraires, Macron, l'Assemblée nationale ou Greta Thunberg ne vous en parleront pas.

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