La Journée de Solidarité. Etre solidaire oui, mais de qui ?

Officiellement, la Journée de Solidarité, mise en place par le Gouvernement UMP de Monsieur Raffarin et suite à la canicule de l'été 2003 (qui avait causé la mort de 15000 personnes, essentiellement des personnes âgées) rapporte environ 2.2 milliards d'euros chaque année. Une somme censée financer la dépendance  (personnes âgées et personnes handicapées).

Cette journée est obligatoire pour les salariés qui doivent, soit travailler, sans être rémunérés, un jour férié ( le lundi de Pentecôté à l'origine, mais c'est l'entreprise qui le fixe pour ses salariés), soit être donné par le salarié par un don d'un jour de congé ou RTT.

Dans les faits, que constate-t-on ?

1- "Une partie des excédents de cette Journée de Solidarité financerait le déficit de l'assurance maladie ou irait directement dans les caisses de l'Etat", affirme l'AD-PA (Association des Directeurs au service des Personnes Âgées). Les personnes âgées n'ont vu aucune amélioration de la prise en compte de leur handicap et de leur santé liés à l'âge.

2- "Le projet initial de favoriser la création d'emplois liés à l'accompagnement des personnes âgées a été complètement abandonné" déclare Pascal Champvert (Président de l'AD-PA).

3- Sous l'appellation abusive de Journée de Solidarité se cache la réalité du travail non rémunéré, véritable recul social pour les salariés, au profit des employeurs (qui profitent d'un jour de travail ... à zéro euros de coût !) et de l'Etat qui voit ainsi une manne financière venant combler son propre désengagement dans le social et la santé ...

4- Cette journée participe bien à l'idéologie néolibérale de remise en cause de la loi Aubry et des accords signés dans les branches et les entreprises sur les 35 heures. Elle va dans le même sens des orientations voulues par le Medef et de la défiscalisation des heures supplémentaires. Cette Journée de Solidarité s'inscrit dans une logique de régression des salaires (1 jour travaillé de plus, pour un salaire identique !).

5- Le coût pour rentrer dans une résidence médicalisée reste inaccessible pour les retraités les plus modestes. De même pour la mutuelle. Une Journée de Solidarité n'y change rien.

6- Les victimes de la canicule sont ces retraités-là, aux revenus modestes (voire ceux en-dessous du seuil de pauvreté). En 2003, elles sont mortes seules, chez elles, en mauvaise santé. Cette hécatombe en dit long sur l'état de santé, la détresse sociale et psychologique de nos aînés. C'est indigne d'un pays qui se déclare "développé" ! Ces 15000 décès démontrent une médecine à 2 vitesses, une vieillesse à 2 vitesses ...

7- Cet argent devrait être utilisé dans l'urgence à l'aide aux services à domicile pour les personnes âgées et handicapées. Notamment à travers la création de milliers d'emplois ! Voilà une vraie solidarité envers les personnes âgées et handicapées et les chômeurs.

8- Pourquoi les seuls salariés devraient être les seuls "solidaires" ? Et pourquoi pas les fonctionnaires ? Et pourquoi pas les rentiers de la politique ? Et les professions libérales ? Et les évadés fiscaux qui - rappelons-le - coûtent à l'Etat (donc nous coûtent) entre 60 et 80 milliards d'euros chaque année ? Soit 27 à 36 jours de Journées de Solidarité par an !

9- Travailler 1 jour férié - fixé par l'employeur- concerne surtout les salariés non cadres, donc les salariés les plus modestes (les cadres étant souvent au "forfait jour" donc ils retirent 1 jour sur leurs jours de congés ou RTT).

AUSSI, salariés, je vous appelle à la résistance face à cette Journée de Solid'Arnaque !

A vous tous présents aujourd'hui ou un jour férié de l'année au boulot,

Faites "acte de présence" sur votre lieu de travail,

Mais ne travaillez pas ! Ne donnez pas gratuitement votre force de travail !

Ne consultez pas vos mails, ne répondez pas au téléphone, ne traitez pas le courrier ou vos dossiers !

Cela attendra demain, car demain vous êtes payés (donc "à nouveau" salarié !) pour le travail que vous apportez à votre employeur !

Faites comme moi, RESISTEZ !!!

Et n'oubliez pas, les néolibéraux s'attaquent toujours, dans un pays :

1- A la santé

2- A l'éducation

3- A la justice

Pour cela, ils s'appuient sur la PEUR, la CULPABILISATION, L'IGNORANCE et la DIVISION ("diviser pour régner") des masses.

La Journée de Solidarité en est un exemple parmi de nombreux autres ...

 

 

 

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.