Perturbateurs endocriniens : les lobbies font plier l'Union Européenne

Les perturbateurs endocriniens sont présents partout dans notre environnement : meubles, contenants alimentaires, pesticides, cosmétiques, etc .... Ils interfèrent avec le système hormonal des êtres vivants, avec des risques sanitaires et environnementaux majeurs. Ils contribuent à l'augmentation d'incidence de l'infertilité, de cancers, de troubles du développement et du métabolisme. Le coût sanitaire est évalué à 157 milliars d'euros par an rien qu'en Europe. "Près de 100% des gens ont des niveaux détectables de perturbateurs endocriniens dans leur organisme" ("Introduction to endocrine disrupting" par Endocrine Society, déc. 2014).

En 2009, Bruxelles avait décidé d'établir des critères pour identifier et réglementer les perturbateurs endocriniens. La date butoir avait été fixée à décembre 2013. Mais, en décembre 2013, la publication des critères définissant les perturbateurs endocriniens est reportée à une date indéterminée. L'argument avancé par le secrétariat général de la Commission est que "la publication doit être soutenue par une étude d'impact, incluant une consultation publique" en raison (sic !) "des impacts potentiels sur l'industrie chimique et le commerce international".

Que s'est-il passé en coulisse ?

Le CEO (Corporate Europe Observatory) et le PAN (Pesticide Action Network), 2 ONG, ont demandé à avoir accès aux documents internes de la Commission. Ce qu'ils ont découvert est édifiant : de mars à juin 2013, les contacts entre l'industrie américaine, leurs homologues européens et plusieurs services de la Commission se sont enchaînés à un rythme soutenu sur la question des perturbateurs endocriniens. Ceci afin de faire pression. L'enquête du CEO, conduite par Stéphane Horel, démontre comment les lobbyistes ont systématiquement entravé le travail de la direction générale Environnement de la Commission mandatée pour établir les fameux critères définissant les perturbateurs endocriniens : conflits d'intérêt, "fabrique du doute" (c'est-à-dire manipulation, mensonge par ommission et désinformation), chantage économique, lobbyistes rémunérés, mails en douce aux dirigeants de la Commissions) ... 

Pourquoi une telle pression ?

Parce que la réglementation escomptée "apparaît en contradiction avec les négociations américano-européennes en vue d'un TTIP", dixit les lobbyistes américains des pesticides (CropLife America) et de la chimie ((American Chemistry council). Bref, avec les "négociations" actuelles en vue de la mise en place du TTIP (TAFTA), tout est permis ! Une réglementation de plus considérée comme contraire à la suprématie du "tout marché libéral".

Où en est-on aujourd'hui ?

La Commission Juncker a tout simplement désinvesti la direction générale Environnement de la Commission de son rôle moteur dans la construction de la réglementation. Celle-ci serait reportée en 2017 ... Il sera peut-être curieusement trop tard avec la mise en place du TAFTA ...

Pour en savoir plus :

- "A toxic affair. How the chemical lobby blocked action on hormone disrupting chemicals" (Stéphane Horel, mai 2015, CEO)

- Hundreds of disclosed documents reveal (PAN)

- "Endoc(t)rinement", 2014, Stéphane Morel. film d'investigation (18 mois d'enquête) sur l'influence des lobbys de la chimie, du plastique et des pesticides au coeur des institutions européennes

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