Une rentrée 2019 sans salaire : Les AESH attendent les excuses du ministère

Les AESH en cette rentrée se retrouvent sans salaire ou sans contrat ou sans affectation alors que des élèves en situation de handicap n'ont pas d'AESH. Les AESH attendent les excuses du ministère !

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Alors que l’inclusion est prétendue grande cause nationale depuis 2005, la rentrée 2019 est catastrophique. A ce jour, plus de 100.000 AESH (Accompagnant· es d’Élèves en Situation de Handicap) , la plupart ayant des temps partiels imposés, travaillent quotidiennement pour un salaire de misère, dans des conditions dégradées et sans aucune reconnaissance. 

En plus d’une rentrée chaotique où nombre d’AESH, sont toujours sans contrats ou affectations, de nombreux·ses élèves continuent d’attendre la nomination d’un·e AESH. Le droit à la scolarité n’est pas respecté.

Cette situation est aggravée par la mise en place des Pials (Pôles Inclusifs d’Accompagnement Localisés) et la mutualisation à outrance : l’accompagnement ne peut pas être de qualité quand des AESH doivent accompagner jusqu’à 7 élèves, parfois dans des établissements différents. les AESH ne savent plus où se renseigner pour leurs affectations, où envoyer leur documents, les établissements coordonnateurs de Pials ne sachant pas toujours les renseigner. L’emploi du temps est parfois soumis à des affectations arbitraires et changeantes à la petite semaine.

Ces conditions de rentrée dramatiques s’ajoutent à la précarité que connaissent les AESH depuis trop d’années : faibles salaires, aucun statut, précarité des contrats, absence de formation.

L’indécence des rectorats va jusqu’à une interprétation abusive de la nouvelle circulaire : le ministère ouvrant enfin la porte à une prise en compte, bien que très insuffisante,  du temps de travail dit “invisible” , ce volume d’heure devient un dû pour certaines académies et employeurs qui exigent des comptes de ce personnel, au lieu qu’il soit géré par et pour l’AESH. Or, “on ne peut pas rendre visible ce qui est invisible” souligne à juste titre le rectorat de Paris. Les autres rectorats devraient en prendre exemple : le volume d’heure de ce travail doit rester à disposition de l’AESH sans être comptabilisé par l’employeur. Autre abus : les AESH se voient imposer des tâches qui ne sont pas inscrites dans leurs missions sous prétexte de rendre compte de ces heures qui sont pour la reconnaissance de leur temps jusque là bénévole.

Des AESH en poste sans salaires

Avec l’application de la circulaire 2019-090 du 5 juin 2019, dans de nombreuses académies, les AESH n’ont pas reçu· es à ce jour leur salaire dans les délais impartis, d’autres ne le recevront pas avant novembre. Des acomptes leur sont promis, parfois indécents (moins de 10 euros). L’excuse se porte sur les nouveaux contrats de 3 ans réglementés par la circulaire et le manque de personnel. Cette situation ne pouvait-elle pas être anticipée ? Pourtant, dès le printemps, les organisations syndicales ont demandé au ministère d’anticiper la situation, persuadées que la rentrée serait plus compliquée avec l’application de la loi sur l’école inclusive.

Comment nourrir ses enfants, payer la cantine, le loyer, les factures, le transport ? Comment faire face à la banque qui comptabilise chaque refus de facture par des agios et qui compte 15 euros le courrier d’avertissement, 4 euros le sms ? Charlotte de Paris a appris qu’elle ne sera payée qu’en octobre, la paye du mois de septembre étant clôturé. 

Le 30 août, Charlotte a fait sa rentrée scolaire dans son établissement. Immédiatement, elle a porté en main propre son PV d’installation au rectorat de Paris, document indispensable au déclenchement du salaire. Que s’est-il passé ? Qui a omis de rentrer le PV dans sa base pour que Charlotte puisse toucher son salaire de septembre ? Les services se renvoient la balle. Parce qu’elle a tempêté, Charlotte recevra un acompte le 11 octobre…

Combien de personnes sont dans ses situations ? Des rassemblements se mettent en place dans plusieurs académies et départements avec demande d’audience. A Rouen, la CGT Educ’action a déposé une alerte sociale avec rassemblement le 9 octobre. En Saône-et-Loire, les AESH saisissent individuellement le médiateur académique, incitées par la CGT Educ’action. A Lyon, une intersyndicale propose un rassemblement le 9 octobre également. A Paris, un rassemblement s’est fait le 2 octobre. L’intersyndicale a été reçue par L’inspecteur ASH et la chef.fe  du BACA. 

 

Le pire disent les AESH, c’est le manque de considération : aucunes excuses, on les écoute à peine, on leur demande de ne pas s’énerver. Comment ne pas s’énerver lorsqu’on va tous les jours faire un travail difficile dans des conditions précaires et que le salaire n’est même pas versé ? Que la banque est derrière, que les déclarations à Pôle Emploi et à la CAF ne peuvent pas se faire, faute de bulletin de salaire ? 

Monsieur Blanquer avait promis une rentrée en confiance, les AESH pleurent et attendent les excuses du ministère...

 

Hélène Elouard,

 animatrice et représentante 

du Collectif AESH National CGT Educ’action

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