2019 : Nous, AESH, ne voulons plus de votre condescendance…

Les AESH sont fatigué·es des attitudes condescendantes de leurs collègues et de toute personne s'intéressant aux problème du handicap et donc de leur fonction.

L'année 2019 s'avère prometteuse pour les AESH (Accompagnant·e d’Elève en Situation de Handicap). Une concertation organisée par le Ministère où les décisions sont déjà prises d'avance, où nous, AESH, serons encore plus esclavagisé·es, où l’on continue de se permettre de nous rabaisser, dans cet univers où seul·es les enseignant·es ont un savoir, où des collectifs d'AESH sont souvent représentés par des hommes, alors que nous sommes 90% de femmes... Des profs qui se réveillent sous un collectif de stylos rouges et qui sont invité.es sur tous les plateaux.

Nous, nous avons beau nous agiter, nous restons en marge, invité.es rarement et surtout pas seul.es (car qui sommes-nous pauvres AESH ?) invité.es avec des professionel·les de l’Éducation, du Handicap, des gens importants, oui, qui sauront parler de notre travail, de nos compétences, de nos besoins, de notre réalité…

Certes, nous avons besoin de formations spécifiques, qualifiantes mais nous avons d’abord besoin d’une reconnaissance de nos compétences et de nos parcours professionnels (car oui, nous en avons un…).

Nous avons besoin que les enseignant.es et administratifs·ves nous considèrent d’égal·e à égal·e. Regardez-vous, personnel·les de l’Enseignement, vous qui, avec enthousiasme, pensez nous défendre. Ecoutez-vous… Décortiquez chacune de vos paroles, de vos écrits, de vos attitudes pour bannir toute trace de condescendance. Faites-le. Ne vous dites pas que vous n’en avez aucune. Nous, nous le savons, nous la subissons…

 Arrêtez de penser pour nous. Arrêtez de faire pour nous. Arrêtez de nous donner des conseils alors que vous ne savez rien de nous, de nos parcours, de notre profession. Aidez-nous à faire, aidez-nous à nous exprimer, aidez-nous à être en lumière pour bouleverser notre quotidien.

Cette fonction que nous exerçons fait de nous des êtres gorgés de peur, enchaînés à nos maigres salaires, ne croyant plus à nos capacités de réflexion et d’analyse, tellement habitués à être représentés, à subir, à se taire, à endurer…

En cette nouvelle année, je demande à chaque enseignant·e et chaque personnel administratif qui côtoie un·e AESH de s’intéresser à son parcours professionnel, sans condescendance, sans pitié, sans fausse bienveillance, sans cette attitude supérieure arborant que vous nous comprenez...

Je demande à chacun·e de s’imaginer un instant à la place de son AESH avec le niveau d’étude et de compétences qu’il·elle a sans penser que sa place est celle d’une personne qui a raté sa voie, sa vie.

Je demande à chacun·e de se demander s’il·elle apprécierait que l’on parle toujours à sa place, que l’on la·le mette systématiquement devant le fait accompli où à l’écart…

Je demande à chacun·e de se demander s’il·elle apprécierait de passer des vacances en ayant reçu une mauvaise nouvelle administrative ou salariale et de devoir attendre la rentrée pour essayer de régler une situation qui mettra un temps fou à se régulariser. Car c’est notre quotidien.

Je demande à chaque personne se croyant investi·e dans la cause du Handicap d’arrêter de construire notre profession en dehors de nous, AESH.

L’esclavage est aboli, les femmes sont reconnues ayant une âme, sans doute un cerveau, mais pas encore le droit d’avoir la liberté et la propriété de leur corps, les AESH (majorité de femmes) continuent à n’être rien…

L’année 2019 commence bien, je suis déjà fatiguée.

Mais ne vous inquiétez pas. Tant que je vivrais, je continuerai à me battre. Je suis née femme, artiste, le combat est donc ma seule issue, ma seule résistance.

Je continuerai à dénoncer toute forme d’abus de pouvoir, tout mépris social, car la condescendance en est un, vous l’aviez bien évidemment compris…

 

 

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