Manif 1er décembre : Intervention du Collectif AESH National CGT Educ'Action

Intervention du Collectif AESH National CGT Educ'Action à la Manifestation Nationale contre le chômage et la Précarité, samedi 1er décembre 2018

 

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Bonjour à tout.es,

Nous sommes AESH, accompagnantes d’élèves en situation de handicap, du Collectif AESH National de la CGT Educ’Action.

Nous remercions d’ailleurs la FERC CGT de nous avoir invitées à cette manifestation.

 

Être précaire, dans l’Education Nationale, en tant qu’AESH, c’est quoi ?

 

C’est avoir des CDD de majoritairement 20 à 24h annualisés, c’est-à-dire avec un salaire mensuel misérable compris entre 600 et 700 euros.

 

 C’est avoir perdu depuis septembre 2018, conséquence du décret 2017-1889, l’indemnité compensatrice de la CSG !

 

C’est avoir des emplois du temps avec des horaires éparpillés sur une journée qui ne nous donnent aucune possibilité de pouvoir exercer un emploi complémentaire….

 

C’est de n’avoir aucunes heures de régulation, de préparations, d’échanges avec nos collègues AESH ou enseignant·es pendant nos heures salariées, heures pourtant indispensables et légales face à des situations lourdes et contraignantes ce qui nous obligent à effectuer des heures bénévoles.

 

C’est se retrouver bien souvent isolé.es face à une institution corporatiste qui va défendre systématiquement, lors d’un différent, l’enseignant·e plutôt que l’AESH. Nombres d’AESH, lorsqu’elles ou ils ne font pas d’épisodes dépressifs, renoncent à ce métier tant apprécié….

 

C’est supporter une gestion des ressources humaines qui date du néolithique avec un système écrasant où nombre d’enseignant·es ou de personnel administratif profitent de la précarité des AESH pour exercer un pouvoir hiérarchique pourtant obsolète, à caractère oppressant voire menaçant, oubliant que les AESH sont des collègues et non des subalternes…

 

C’est n’être pas ou peu souvent informé.es de nos droits les plus élémentaires, n’étant pratiquement jamais inclus.es dans les listings des établissements ni convié·es aux réunions, conseils de classe, conseils d’école, même encore trop souvent exclu·es des réunions de suivi de l’élève où notre présence est indispensable !...

 

C’est de nous voir proposer sans cesse des tâches supplémentaires qui ne relèvent ni de nos fonctions ni de nos compétences : changer des couches, avoir des gestes médicaux, surveiller les élèves à la place de l’enseignant·e, faire le ménage…

 

C’est de nous imposer plusieurs élèves en situations lourdes, en même temps, parfois dans des établissements différents, éloignés, sans compensation financière : donc ne plus avoir le temps de s’occuper de ces élèves avec professionnalisme, en être réduit·es à des gestes techniques.

 

C’est de ne toujours pas nous accorder les formations sur les différentes formes de handicap, formations spécifiques et qualifiantes que nous réclamons.

 

C’est d’être une majorité de femmes, souvent femmes seules, isolé·es, migrantes avec des enfants à charges, femmes aux conditions facilement exploitables.

 

C’est maintenant être terrorisé.es par cette idée lumineuse de M. Blanquer, Ministre de l’Education Nationale, qui nous propose ou va nous imposer -sous le prétexte de bénéficier d’un SMIC à temps plein- une nouvelle mission qui ne correspond pas à notre métier : faire le travail des animateurs animatrices à la cantine où aux centres de loisir, aller même jusqu’à aller chercher l’élève à son domicile !

 

C’est n’être donc que des bonnes à tout faire, des « fourre-tout » de l’Education Nationale, un personnel invisible asservi à l’institution, méprisé, menacé, humilié constamment par l’administration, devenant outil, personnel exécutant des tâches sans pouvoir assurer correctement sa mission d’accompagnant·e, personnel auquel est ôté tout pouvoir, toute initiative, tout professionnalisme, toute autonomie pour faire des AESH des esclaves légalisé·es.

 

Et pourtant, nous ne cessons de réclamer, visiblement sans être entendu·es, un vrai statut de fonctionnaire, des formations qualifiantes, un salaire décent d’un smic à temps complet avec inclusion de nos heures de préparation, échanges, réunions, régulations dans nos heures salariées, une reconnaissance de nos compétences et de notre métier, bref une professionnalisation de notre mission…

 

Voilà ce qu’est être AESH, personnel précaire, dans l’Education Nationale !

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