AESH: Monsieur le Premier Ministre, nous ne voulons pas crever!

Les AESH (Accompagnant·es d’Élèves en Situation de Handicap) ont peur de la réouverture de l’École et de la promiscuité avec les élèves...C'est de l'ordre de l'inconscience !

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Monsieur le Premier Ministre,

Aujourd’hui, j’ai écouté avec une profonde attention et appréhension votre discours sur le plan de déconfinement du 11 Mai...Les mots “prudence”, “sanitaire”, “respect des gestes barrières”, “pédagogie”, “justice sociale” ne m’ont pas échappés. J’ai eu presque un petit pincement lorsque vous vous êtes dédouané en faisant porter aux médecins la responsabilité d’avoir dit que le port du masque n’était pas nécessaire. Je m’y croyais : une impression doucereuse de compréhension, d’empathie, de sécurité...qui me projetait en fait dans un paternalisme imbuvable à la sauce solidarité et effort de tou·tes pour un déconfinement réussi… Beurk !

J’attendais avec une infinie impatience l’heure de l'École. Enfin… J’ai d’abord apprécié vos contradictions assumées : pas de rassemblements de plus de 10 personnes mais 15 élèves par classe avec l’enseignant·e, les AESH, les Atsem…?

Mais alliez-vous parler de nous, AESH (Accompagnant·es d’Elèves en Situation de Handicap ? Non, ne rêvons pas, mais des enseignant·es et encadrant·es, oui. Des masques si la distanciation ne peut être respectée. Des masques grand public, donc pas totalement protecteurs ! Que nous ferions nous-même ? Une distance dans le privé mais pas pour nous ?

Monsieur le Premier Ministre, nous sommes à côté des élèves, ils nous crachent dessus perpétuellement, nous devons parfois les prendre dans nos bras, les porter, les moucher, se saisir de leurs mains, de leurs outils, les emmener aux toilettes, les habiller, les déshabiller… Et nous aurons juste des masques grand public face à des élèves de primaire ou maternelle qui n’en n’auront pas... Si nous en avons...Évidemment...Si nous en avons…Mais sans distance !

Et comment respecter l’hygiène ? En se lavant les mains toutes les 2 secondes ?

Voyez-vous, Monsieur le Premier Ministre, nous AESH, en avons assez. Assez de n’être pas ou peu cité·es, jamais considéré·es, sous-payé·es, méprisé·es… Cette crise sanitaire a déjà mis en lumière notre pauvreté et notre impuissance pour un télétravail impossible avec une majorité de nos élèves ou impossible car nous n’avions ni les moyens techniques de le faire ni les moyens accordés par une injonction infantilisante : les AESH ne doivent pas être en contact avec les familles… Injonction valable avant le confinement que nombre d’administratifs ont gardés faute de réflexion.

Alors que les personnels de santé connaissent notre nouvel acronyme, AESH - parfois inconnu encore dans les rectorats et de M. Blanquer (il utilise le mot AVS), aucun mot sur nous dans l’avis du Conseil scientifique. Sur les élèves en situation de handicap, quelques lignes. Sur leurs béquilles, nommées communément AESH, rien...

Oui, Monsieur le Premier Ministre, nous avons assez de ce mépris, de cette indifférence à notre égard. Nous avons la sensation, non pas d’être de joyeux·ses soldat·es envoyé·es pour lutter contre un virus et aider la nation (on s’y croirait…) mais de pauvres choses, je n’ose dire individu·es, qui servent encore une fois une politique inclusive non pensée, inappropriée.

Monsieur le Premier Ministre, voyez-vous, le personnel AESH souffre.

Monsieur le Premier Ministre, des collègues veulent démissionner, plutôt que crever, disent-elles·ils.

Alors nous allons bien sûr attendre les mesures de M. Blanquer, avec toujours l’espoir, illusoire cela va de soi, d’être un peu entendu·es.

Alors nous allons  bien sûr attendre les directives des rectorats, des mairies, du CHSCT, prises aussi en fonction de l’arrivée des masques et de leur bon sens...Du moins, nous l'espérons…Enfin, nous nous accrochons pour ne pas sombrer tout de suite...

Monsieur le Premier Ministre, malgré votre discours éloquent sur l’impératif pédagogique et social, nous avons bien compris que l’urgence économique se fichait pas mal de nos vies. Donc vous aussi.

Monsieur le Premier Ministre, nous avons bien retenu, depuis le début de nos signatures de contrats que nous n’étions pas grand-chose. Par la suite, nous avons continué à nous rendre compte que nous n’étions rien, sous-payé·es, utilsé·es comme bonnes à tout faire par l’administration, les employeurs, sans respect de nos missions, des textes de lois existants…

Monsieur le Premier Ministre, nous, AESH, malgré notre pauvreté, malgré notre engagement, notre dévouement allons finir par nous révolter.

Trop de colère ! Trop d'irrespect ! Nous ne voulons pas de cette reprise qui n'est que garderie d'enfants !

Irons-nous travailler, en nous mettant au fond de la classe sans  nous approcher des élèves, sans les toucher ? Nous n'irons pas !

Monsieur le Premier Ministre, la réouverture des écoles est une ineptie, le Conseil scientifique donnait d'ailleurs un avis défavorable avant de se ranger à l’impératif capitaliste... Le travail des AESH, en promiscuité constante avec les élèves est impossible et de l’ordre de l’inconscience !

Non, Monsieur le Premier Ministre, nous ne voulons pas crever !

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