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Billet de blog 28 mai 2023

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Ode à Violette

Tu es née avec le siècle, comme on disait à l'époque, le 20e siècle. Grande rêveuse, tu as appris la peinture comme nombre de jeunes filles de bonne famille de ta génération. Mais pour toi, la peinture était joie, évasion, rébellion...

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Tu es née avec le siècle, comme on disait à l'époque, le 20e siècle. Grande rêveuse, tu as appris la peinture comme nombre de jeunes filles de bonne famille de ta génération. Mais pour toi, la peinture était joie, évasion, rébellion...

Vêtue de violet, tu t'entourais de violettes...

Vers mes 8 ans, grand-père et toi êtes venus vivre au dernier étage de la maison. Grand-père me parlait chimie, astronomie, astrologie, radiesthésie, cartomancie. De ses années dans la marine aussi. Pendant que je te regardais peindre. Il admirait ta peinture. 

Votre nid, mon refuge. Si seule, délaissée, abusée.

C'est à sa mort que j'ai compris, lui, cet homme qui me semblait tant instruit. Il te faisait mettre le réveil à 7h, tous les jours, même à la retraite. À 8h, tu devais être prête, apprêtée, pomponnée. Pour quoi faire, puisque tu ne devais peindre, selon lui, que l'après-midi ?

Lorsqu'il est parti, tu as tout envoyé bouler. Le réveil d'abord, puis tu t'es coupé les cheveux, tu as cessé de les teindre, tu t'es mise à traîner en robe de chambre toute la matinée et à peindre lorsque tu en avais envie.

J'aimais tellement te regarder peindre. J'ai su. Ils t'avaient mariée au voisin, alors que tu en préférais un autre. Lui, il t'a trompée, il a passé son temps à faire faillite - ses inventions chimiques - et à te faire 5 gosses. Toi qui n'en voulais pas. Tu as dû en coudre des ourlets pour faire bouillir la marmite. Toi la rêveuse, toi l'artiste...

Alors tu m'as parlé de ta mère, mon arrière grand-mère, celle qui t'as transmis le goût de la peinture. En l'absence de son mari, elle peignait puis brûlait ses tableaux à l'annonce de son retour. Ni vue ni prise car il lui interdisait. Une femme de la bonne société devait obéissance à son mari. Alors tu m'as dit. Dit que j'avais ses mains, que j'avais sa force, que tu la voyais à travers moi. Toi, détestée par ma mère, méprisée par mon père. Mon amour pour toi si secret.

Je n'ai pas pu te dire, toi non plus d'ailleurs, cet amour de grand-mère à petite fille.

Pendant des années, j’ai caché ma peinture autant que l’amour que j’avais pour toi. J’ai voilé mon âme, dénigrée, honteuse, mais opiniâtre dans cette volonté de créer encore et encore…

Aujourd'hui, lorsque je peins, je te vois, je t'entends, je te parle et cet amour respire de splendeur. Merci Mamie Violette, pour ta liberté, pour cette transmission...

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Violette

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