Pour que l'Humanité s’en sorte : une monnaie écologique mondiale, le Crocus

Nous pouvons nous sauver du grand désastre en étant créatifs et solidaires. Une nouvelle vision est possible ! Voici un projet de monnaie complémentaire mondiale écologique pour infléchir le réchauffement climatique, sauver la biodiversité, nourrir et fédérer les peuples : le « Crocus ».

La création monétaire effrénée dans le monde entier fait que la sphère économique et financière exerce une pression insupportable sur les milieux naturels. Nos civilisations s’écrouleront si nous n'inventons pas d'urgence un nouveau récit, un pacte entre les Humains et la Nature.

Voici une proposition très simple, mais aussi très ambitieuse, qui respecte cinq principes incontournables pour un avenir climatique compatible avec les 1,5° C.*

Imaginez une monnaie mondiale écologique (car reflétant les processus vitaux) qui serait directement articulée avec les monnaies locales complémentaires et citoyennes.

Le Fonds monétaire international (FMI) lancerait, à la demande solennelle de l'Assemblée générale des Nations Unies, ce nouvel outil de gouvernance qui n’entrerait pas en concurrence avec le système financier actuel, parce qu'il est conçu pour le compléter simplement.

Il suffit pour cela de créer une division spécialisée, le Fonds monétaire organique (FMO), qui émettra une monnaie mondiale complémentaire, le crocus, dont le volume sera indexé sur la quantité de biomasse vivante riche et diversifiée produite dans le monde en application des principes de la micro-agriculture permaculturelle (c’est à dire une forme d’agriculture « écologiquement intensive » selon les mots de l’agronome Marc Dufumier) certifiée par le label international "Grappe de microfermes" (GDMF).

Les crocus ne seraient convertibles qu'avec la monnaie locale complémentaire et citoyenne (MLCC) rattachée à la localité où se situe la grappe de microfermes.

Une GDMF est un groupement de petites unités agricoles polyvalentes qui appliquent les principes de l'agriculture régénératrice : agroécologie, agroforesterie et permaculture. C'est-à-dire sans engrais chimiques, ni pesticides synthétiques, ni OGM, ni élevage intensif. Elle permet aux agriculteurs de partager leurs connaissances, leurs équipements et des services, et elle fournit à la population locale des aliments frais par le biais des circuits courts. Chaque GDMF est constituée en coopérative réunissant les personnes physiques qui y travaillent.

« Sur 100 ha, on peut générer un trentaine d’emplois et nourrir une population d’environ 1 000 personnes. »

Source : ces deux vidéos de Charles Hervé-Gruyer (30 mn chacune) :

Les microfermes https://www.youtube.com/watch?v=LZVkPsfYKew ;

L'agriculture du soleil https://www.youtube.com/watch?v=VjQUh5-CnZk

Une GDMF peut être issue :

- du regroupement de plusieurs agriculteurs, avec ou sans ouvrier(ère)s agricoles ;

- d’un pool de chômeurs ayant un projet collectif et viable ; le terrain est mis à leur disposition soit par le gouvernement, soit par une autorité locale, dans le cadre d'un bail de 99 ans ;

- de l’action d’un ou plusieurs investisseurs privés désireux d'encourager la reconversion des terres agricoles appauvries par la monoculture intensive ;

- ou de la combinaison de ces différentes formules. A noter : outre le respect de pratiques écologiques reconnues, la prise en compte des souhaits des communautés locales et celle des droits syndicaux des travailleur(se)s sera pris en compte dans le renouvellement de l’agrément de la GDMF.

Pour une bonne évaluation de la croissance de la biomasse vivante partout dans le monde, le FMO met en place le Réseau scientifique d'observation, qui est un groupe opérationnel composé de scientifiques dont le rôle est le suivant :

- établir le cahier des charges qu'une GDMF devra respecter pour obtenir le label FMO ;

- établir la base de référence (quantité de biomasse vivante présente dans chaque GDMF au temps t=0) afin d'observer son évolution ;

- produire les barèmes des divers coefficients de pondération à appliquer en fonction de la localisation géographique et de l’état écologique de la GDMF : latitude, altitude, exposition, nature du substrat, potentiel de régénération du couvert végétal, rythme prévisible de celle-ci, etc ;

- publier annuellement les chiffres de la croissance de la biomasse saine produite dans chaque GDMF labellisée;

- formuler des propositions pour que soit réévaluée la dotation en crocus des GDMF des pays déjà fortement impactés par le changement climatique.

Tout pays membre du FMI peut participer au système FMO, sous réserve de promouvoir la création de coopératives agricoles portant le label GDMF.

Plus la croissance de la biomasse vivante saine dans les GDMF d'un pays est importante, plus celui-ci se voit accorder des crocus par le FMO.

Les crocus sont distribués par le gouvernement à chaque coopérative, qui les répartit entre ses membres, c'est-à-dire les petits agriculteurs et les travailleurs agricoles.

Seules ces personnes peuvent échanger des crocus contre la monnaie complémentaire locale et citoyenne (MLCC) de leur lieu de résidence, qui est à parité avec la monnaie nationale, à 1 crocus = 1 LCC, équivalent à 1 unité monétaire nationale.

Le collectif qui gère la MLCC est accrédité par l'Etat et autorisé à inclure dans ses livres comptables les crocus reçus, légalement considérés comme des unités du compte de garantie auquel la MLCC est attachée. Les crocus sont remboursables en dernier ressort auprès du FMI dans la monnaie nationale considérée.

La biomasse vivante riche et abondante est bonne pour l'eau et la biodiversité. Etant spontanément inflationniste, elle rend la terre indéfiniment fertile au lieu de l'épuiser, ce qui est un gage de croissance et d’abondance pour les communautés impliquées.

Par dessus tout, c’est une façon de ralentir le réchauffement de la planète car la photosynthèse a le pouvoir de capturer le dioxyde de carbone. En stockant le carbone dans la biomasse vivante, le système FMO-crocus constitue une véritable géo-ingénierie naturelle à très grande échelle.

Une campagne Internet de grande envergure rassemblant le plus grand nombre d’humains possible pourrait changer radicalement la donne et catalyser l'espoir : scientifiques, artistes, personnalités de tous horizons seraient immédiatement rejoints par des jeunes de tous les pays, et par tout citoyen inquiet pour l'avenir, afin de promouvoir ce nouvel outil de gouvernance internationale holistique et positif.

Un groupe de pays-phares (par exemple : l’Ethiopie, la Bolivie, la Norvège, le Costa-Rica, la Belgique, le Bhoutan, l’Afrique du Sud, la Chine ? la France ? et d’autres…) se chargerait d’amener la proposition au vote de l’Assemblée générale des Nations-unies.

Après la création du FMO sous l'égide du FMI, et à l’occasion du lancement de la monnaie crocus, il serait judicieux de mener rapidement une expérience pilote au niveau de quelques îles, par exemple : la Nouvelle-Zélande, Madagascar, la République du Cap Vert, Grenade et d'autres encore.

L'une des forces du système FMO-crocus est justement sa capacité à s'adapter à tout contexte culturel et agricole.

N'est-ce pas urgent d'étudier cette solution ? C'est encore une utopie, mais nous sommes contraints à l'utopie.

(Nb : soulignons que cela n'a absolument rien à voir avec les cryptomonnaies ou la blockchain)

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Citation de Monique Barbut, secrétaire exécutive de la Convention des Nations Unies sur la Lutte contre la Désertification :

« Avec le soutien et les incitations appropriés, les communautés rurales pourraient transformer les terres dégradées en zones productives en seulement deux ans. L'idée est de mettre en œuvre la régénération écologique des terres. Elle offre à des millions de personnes de réelles opportunités, fournissant les bases de la sécurité alimentaire, énergétique et hydrique. Elle aide à renforcer la résilience face au changement climatique. Elle réduit les émissions de carbone et séquestrant le carbone dans le sol.

Partout dans le monde, il existe d'énormes possibilités. Il y a 2 milliards d'hectares de terres dégradées qui présentent un potentiel de restauration, dont 75% se trouvent dans les zones rurales. La restauration de seulement 500 millions d'hectares pourrait stocker jusqu'à 30% des émissions mondiales de carbone, nous faisant gagner un temps précieux pour la transition énergétique. Et avec des coûts de restauration d’environ 150 dollars l'hectare, c’est rentable. C’est de la bonne politique, et c’est favorable à l’économie. »

Dr Elsa Nickel, directrice du ministère fédéral allemand de l'Environnement

"Croyez-le ou non, les vers de terre font le lien entre trois conventions de l'ONU : Climat, Biodiversité et Désertification. Ajoutez à cela l'Agenda 2030 et les Objectifs de développement durable. Je le dis : les vers de terre sont le dénominateur commun de toutes ces conventions."

Comme le dit John D. Liu, écologiste et documentariste :

« Il est clair à présent que l'économie est la source des problèmes d'aujourd'hui. Il y a beaucoup d'hypothèses économiques qui sont tout simplement fausses. Quand des économistes nous affirment que l’extraction de matières, ou la fabrication, l’achat, la vente d’objets peuvent créer de la richesse, ce sont des stupidités. Nous créons de la pauvreté en faisant cela. Et nous dégradons les écosystèmes.

Donc très peu de gens, une infime minorité de personnes, accumulent les possessions matérielles dans ce système tandis que des milliards de personnes vivent dans une pauvreté abjecte, aux marges de grands écosystèmes dégradés. D'autres ne peuvent même plus rester dans leur maison, et des millions de personnes émigrent pour échapper à d’horribles conditions de vie. Tout cela n’est pas viable. Cela doit changer.

Ce que j’ai constaté, c’est que la fonction écologique est beaucoup plus précieuse que l'extraction, la production, la consommation, l'achat ou la vente de biens matériels

Ce que nous devons vraiment comprendre, c’est : « Qu'est-ce que l’argent ? » Si je devais poser une seule question aux gens pour qu’ils y réfléchissent, ce serait celle-ci : « Qu’est-ce que c’est que l’argent au juste ? »

C’est essentiellement une valeur, un moyen d'échange, et une preuve de confiance. Cela signifie qu’en tant que concept abstrait, l'argent peut être tout ce que nous voulons qu'il soit. Si nous décidons que la monnaie est liée à la fonction écologique des écosystèmes, au lieu d’exprimer l'extractivisme, ou l'achat et la vente de l’objets manufacturés, nous avons alors un système dans lequel tous les efforts humains vont vers la restauration, la protection et la préservation de la fonction écologique.

C’est comme cela que nous pourrons le mieux nous adapter au changement climatique, tout en l'atténuant, et que nous assurerons la sécurité alimentaire, permettant aux civilisations humaines de survivre. Notre système monétaire doit donc impérativement refléter la réalité. Ce serait synonyme de croissance, non pas matérielle, mais de croissance de la fonctionnalité vitale. Si nous faisons cela, si nous valorisons plus la fonction écologique que les biens matériels, alors nous survivrons. »

Source : Meet John D. Liu, the Indiana Jones of Landscape Restoration - Regeneration International

https://regenerationinternational.org/2016/03/07/meet-john-d-liu-the-indiana-jones-of-landscape-restoration/

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* Cinq principes fondamentaux qui devraient présider à l’action humaine en matière climatique :

Principe n°1 : Face au mur de la réalité, l'humanité doit se réinventer d'urgence. La bonne nouvelle, c'est que les humains sont une espèce intelligente et inventive, qui possède les capacités de communication nécessaires pour agir rapidement et de façon coordonnée.

Principe n° 2 : La technologie ne nous sauvera pas des dangers qui nous affectent de plus en plus, car ses solutions sont trop polluantes et consomment des ressources non renouvelables.

Principe n° 3 : Nous devons redevenir humbles vis-à-vis de la nature. Nous ne sortirons pas de l'ornière dans laquelle nous nous trouvons sans une collaboration d’une ampleur inédite avec la puissance des processus naturels. En un mot, l'économie doit être associée d'une manière ou d'une autre à l'écologie.

Principe n° 4 : Pour continuer à profiter des multiples avantages que procurent les écosystèmes qui nous soutiennent (voir l’Évaluation des écosystèmes pour le millénaire, Millennium Ecosystem Assessment), il faut que les écosystèmes et les agroécosystèmes soient résilients et pour cela, il est impératif d’y préserver la plus grande diversité biologique possible. Cela est tout à fait possible, grâce à l'agriculture régénératrice. Surtout, une végétation abondante et des sols épais sont déterminants pour préserver la ressource en eau potable. Pour cesser de perturber les grands cycles biogéochimiques terrestres**, il faut mettre en œuvre d'urgence une solution systémique qui implique le plus grand nombre possible d'êtres humains, et même d'êtres vivants, car :

« La Vie est une force géologique. » (Westbroek, Peter 1991, Life as a Geological Force , W.W. Norton. [Intro])

Principe n° 5 : Pour que les humains soient suffisamment motivés à agir ensemble, il faut un puissant dénominateur commun. Si nous considérons que chacun d'entre nous, quel que soit son pays, a besoin d’une nourriture de qualité pour être en bonne santé, afin de prendre soin de sa famille et participer pleinement à la vie de la communauté, alors il est clair que l'effort commun de l'humanité doit être orienté vers la régénération des terres.

** http://www2.ggl.ulaval.ca/personnel/bourque/s3/cycles.biogeochimiques.html

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La proposition FMO-Crocus a été finaliste dans le cadre d'un concours organisé conjointement par le MIT Climate CoLab et les Nations Unies pour l'environnement : "Exploring Synergistic Solutions for Sustainable Development" début 2018 :

The Crocus: Global Complementary Currency Pegged to the Production of Organic Living Biomass

(Le crocus : Monnaie complémentaire mondiale indexée à la production de biomasse vivante saine)

https://www.climatecolab.org/contests/2017/exploring-synergistic-solutions-for-sustainable-development/c/proposal/1334292

Une version imprimable (en anglais) peut être téléchargée en suivant ce lien :

https://drive.google.com/open?id=1S1n3ol1dyt5H6V0M5Wgou0lGH9pzcMluzc4y-KfUEcY

Ici on trouvera 23 diapositives (en anglais également)

https://drive.google.com/open?id=1LPCxJE_lGCkO7onFJmNFH3a_YMq0AiQFsRXkW-yOAOI

Il existe aussi un résumé d'une page, en trois langues :

- anglais : : https://drive.google.com/open?id=1fo_pxJnG4wqDxCjo5vpNkxwDgsFsjD8I ;

- espagnol : https://t.co/DNcdDUyA4V . ;

- français : https://drive.google.com/open?id=1JYR5rR1aIadymHunsXZnjJkUk-TTR48S

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Sur l’autrice de ces lignes :

Hélène Nivoix : éléments biographiques

Né le 19 janvier 1961 à Besançon, France, près de la Suisse. Y vit toujours.

Ecologiste depuis l'âge de 11 ans (suite à l'avertissement du Club de Rome en 1972)

Titulaire d'un diplôme en sciences naturelles.

Fonctionnaire actuellement à la retraite pour cause d'invalidité.

Deux enfants. Sensible à l'avenir de tous les enfants du monde.

Membre des " Amis de la Terre " et du Parti Vert Français

Passionnée par les questions environnementales, en particulier l'agriculture.

Donatrice régulière à plusieurs mouvements qui militent en faveur de l'écologie, dont Greenpeace France, et à des médias alternatifs.

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« Sur Terre, l'Evolution Cosmique fleurit avec la photosynthèse. Toutes les espèces existantes et en constante évolution, et toute l'expérience humaine, sont les beaux fruits de cette aventure.

Les myriades de couleurs dans la nature, toutes les variétés de vie, toutes les extases à couper le souffle, et la beauté infinie dont nous sommes témoins, sont tous les cadeaux vivants de la photosynthèse.

Le fait de voir, de sentir, d’entendre, de toucher et de ressentir, tout cela n’aurait pas été possible sans la photosynthèse. Tout ce que nous concevons, tout ce que nous cultivons à l'intérieur de nous, a été permis par la photosynthèse.

Nous – les humains – sommes devenus les gardiens de la biosphère, ce qui était une volonté indomptable de la photosynthèse puisque toute évolution sur Terre est un effet de sa puissance. La photosynthèse nous sourit, car nous sommes ses fruits les plus aboutis, des êtres si merveilleux qu’elle a généré une conscience unique en nous.

C’est pourquoi nous avons cette responsabilité grandiose et grave : nous sommes les gardiens de la photosynthèse.

Nos mains ne peuvent pas être cruelles, nous ne pouvons pas asservir le phénomène qui est le ressort-même de notre propre destin.

Eveillons-nous à la conscience de cette bienveillance que la photosynthèse a profondément enracinée en nous. Libérons la photosynthèse, rendons-lui sa pleine liberté, aidons-la à rayonner de toute sa splendeur, de tous ses potentiels. Et, alors, nous en bénéficierons aussi, dans un climat qui répandra sa bienveillance sur nous pour nous aider à régner avec gloire et bonheur. »

 

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