Créons la monnaie mondiale verte Crocus pour ralentir le système financier fou actuel

Le capitalisme est-il compatible avec les limites écologiques de la Terre ? A priori, la réponse à cette question est : Non ! Cependant, grâce à une innovation "monétaro-écologique", la monnaie mondiale verte Crocus, nous pourrions lui adjoindre la temporalité végétale, pour la régénération d’une terre reverdie et rafraîchie. Et si c’était cela, la vraie révolution verte ?

 

Prix Veblen 2016 – Contribution d’Hélène Nivoix (helene.nivoix@ laposte.net), catégorie « Hors-concours »

Le capitalisme est-il compatible avec les limites écologiques ?

La réponse est "Oui", grâce à une innovation marginale mais puissante

Plan du présent document :

I – Introduction et suggestion

II –Développement

1)    Description de l’idée proposée

2)    Questions soulevées

III – Conclusion ; « Boîte à outils »

I -« Le capitalisme est-il compatible avec les limites écologiques ? »

La réponse a priori est : Non !

Pour s’en persuader, il suffit d’examiner les effets délétères produits par la sphère monétaro-financière (devenue une excroissance monstrueuse du système économique actuel) du simple point de vue de la crise climatique.

En quelques mots, Michel Aglietta résume magistralement cette incompatibilité (conférence du Shift Project, cf note # 1) :

« Aujourd'hui, une grande partie de la finance pousse à l'accélération du risque climatique. Voyez ce qui s'est passé depuis 2009, 2010, avec la mise à disposition du monde entier de liquidités par l'intermédiaire des banques centrales : vous avez une partie considérable de ces fonds qui est allée s'investir dans des infrastructures très lourdes : de l'acier, de la sidérurgie, du ciment, etc., notamment dans les pays émergents. Créant ainsi une accélération du processus d'émission de gaz polluants. Et vous avez aussi, évidemment, toutes les grosses entreprises du lobby du carbone qui ont investi comme des fous dans les gaz de schiste, ou pour chercher du pétrole dans les eaux profondes, etc. Donc vous avez, du fait de la finance actuelle, une accélération du problème climatique. »

Tout au long de son intervention, il énonce les différents blocages et les redoutables questions de « timing » qui se posent au système actuel s’il prétend vouloir se réformer.

Or, qu’est-ce que la question du dérèglement du climat, sinon la « mère des catastrophes » qui menace gravement tout l’écosystème terrestre ? Les scientifiques nous le disent, lamécanique infernale est enclenchée et nous observons les prémisses de l’effondrement décrit par MM. Servigne et Stevens dans leur livre Comment tout peut s’effondrer.

Nous pourrions ajouter qu’en l’état actuel du système capitaliste libéral, les crises systémiques, la concurrence exacerbée de tous contre tous, la faiblesse des régulations, représentent autant d’opportunités d’engranger des profits à court terme, jusqu’à prendre la forme de « triche » éhontée et même de dérives mafieuses : affaire du dieselgate, trafics de déchets en Italie, Afrique, fraude massive sur les marchés du lait chinois, des crédits carbone européens, etc.

L’affaire est entendue : le capitalisme tel que nous l’expérimentons actuellement est incompatible avec les limites écologiques qui nous sont imparties, et l’humanité, qui  commence à en ressentir durement les effets, est prise de doutes à l’égard de la notion même de progrès. Car le capitalisme actuel, notre système, est indéniablement pervers et immoral. Mais ceci est un débat philosophique autre que celui mené ici.

Maintenant, la question cruciale est la suivante : le capitalisme saura-t-il se rendre compatible avec les limites écologiques de notre maison commune, la Terre ? Ou bien, continuant de miner et de détruire la nature, nous mènera-t-il inéluctablement vers le collapsus des écosystèmes qui nous soutiennent (soutien bien démontré par « L’évaluation des écosystèmes pour le millénaire », Nations Unies mars 2005, cf # 2) ?

Peut-on imaginer que le capitalisme se réforme ? Qu’il se conforme enfin aux grands équilibres planétaires et n’obère pas la perpétuation d’une vie décente pour tous les êtres vivants habitant notre petite planète ?

La réponse est "Oui" puisque des solutions sont recherchées, les négociations climatiques en fournissent un exemple. Mais que l’accouchement est difficile !

Il en découle une deuxième question, également inquiétante : le capitalisme se réformera-t-il à temps ?

Etant donné qu’il est permis d’en douter fortement, la présente contribution au débat se propose d’apporter un embryon de réponse par une proposition originale.

La solution décrite dans le texte qui suit n’est certes pas la seule voie possible pour que le capitalisme s’améliore, mais elle a l’avantage d’être simple, efficiente, solide, de permettre une mise en œuvre assez rapide, et de pouvoir recueillir l’assentiment d’une portion importante de la communauté humaine, celle-là même qu’on a vu se mobiliser fortement lors de la COP 21 : scientifiques, intellectuels, philosophes, paysans, activistes, citoyens, artistes, religieux...

Car il s’agirait d’un « shift », une sortie « par le haut » d’un grand nombre des problèmes dans lesquels l’humanité se trouve empêtrée du fait, notamment, du capitalisme triomphant.

Quels problèmes en particulier seraient traités ?

L’impasse climatique, la faim, et le chômage. Excusez du peu !

1)    Idée proposée

Voici l’audacieuse proposition dont il est question :

>>> Vers une monnaie complémentaire mondiale écologique

Argumentaire :

Via les instances onusiennes, l’humanité pourrait rapidement créer une devise internationale dédiée au refroidissement de la planète, parallèle au système financier actuel, qui pourrait s’appeler « le Crocus ».

Globale et écologique, cette monnaie complémentaire serait strictement indexée sur l’accroissement de la biomasse vivante saine des terres émergées de la planète. Par biomasse, on entend les sols riches en matière organique (le "complexe argilo-humique"), les végétaux et les animaux des milieux naturels (cf # 3) et agricoles.

Mécanisme : quand la biomasse vivante s’accroît, la masse monétaire augmente dans la même proportion.

But de cet « astuce monétaro-écologique » :

- Inciter à piéger le CO2, essentiellement dans les végétaux et les sols, tout en nourrissant les êtres vivants.

- Articuler trois outils qui se complètent et se renforcent :

·      Le dynamisme spontané de la biomasse, véritable « inflation de verdure » que le spécialiste des sols Claude Bourguignon résume ainsi : « Tu sèmes un grain de blé, tu en récoltes cent. Qui dit mieux ?! ». La biomasse prise en compte serait celle des milieux naturels, et des agro-écosystèmes cultivés de manière « écologiquement intensive » (cf # 4), seule capable de reconstituer des sols riches en matière organique afin de piéger un maximum de carbone atmosphérique ;

·      l’outil monétaire : en reflétant l’accroissement de la biomasse vivante saine, la quantité de crocus émise serait la « preuve monétaire » de la bonne santé des milieux naturels, ainsi que de la réorientation progressive de l’agriculture. L’allocation des crocus se ferait, via le gouvernement de chaque pays volontaire, directement et exclusivement envers les personnes physiques qui augmentent cette biomasse ;

·      suscité par la combinaison des deux points précédents, on constaterait un intérêt croissant des pays et des populations pour le rôle vertueux de la biomasse, se traduisant d’une part par la préservation des zones sauvages, d’autre part par un changement des pratiques agricoles, l’humanité cessant enfin de détruire la ressource si précieuse et fragile que représentent les sols arables. La biodiversité, qu’il s’agisse des espèces sauvages ou de la richesse du patrimoine des semences agricoles paysannes (variétés végétales et animales), pourrait ainsi être sauvée au maximum.

Qui créerait la masse monétaire ? Le « Fonds monétaire organique » (FMO), créé pour l’occasion.

Selon quels critères ?

- toute augmentation de la biomasse se traduirait par une émission proportionnelle de crocus, selon des barèmes établis par la communauté scientifique mondiale pour tenir compte des différentes conditions de départ (lattitude, altitude, exposition, substrat, etc.) ;

- les pays déjà soumis aux dommages dus au réchauffement climatique bénéficieraient d’une bonification.

Avec quelles conséquences ?

Tout pays souhaitant se voir attribuer des crocus par le FMO aurait intérêt à :

- réduire voire interdire (ou compenser) la déforestation ;

- éviter l’artificialisation de ses sols ;

- promouvoir une « agriculture du carbone » (ou carbon farming) permettant grâce à des pratiques vertueuses d’obtenir des sols toujours plus riches en humus (vivants, meubles, créant un microclimat favorable, évitant les inondations en jouant un rôle d’éponge), donc de rentabiliser au maximum l’apport annuel d’eau et de calories solaires sur une parcelle donnée ;

- favoriser : l’agriculture paysanne, le non-labour, la polyculture-élevage, l’agro-écologie – agroforesterie – BRF – biochar etc., la permaculture (cf # 5), la plantation du maximum d’essences végétales pérennes que sont les prés-bois, forêts comestibles, arbres fruitiers, haies, etc. ;

- restaurer progressivement tous les milieux dégradés, naturels et agricoles (suivant l’exemple du plateau de Loess en Chine (cf # 6) ;

- ne plus favoriser la monoculture, ni le machinisme agricole, à l’origine de pertes d’emplois considérables et de la mort – par appauvrissement, compactage et étouffement – des sols cultivables ;

- ne plus favoriser l’usage des engrais et biocides chimiques, qui déséquilibrent la vie des sols et des plantes, polluent la santé humaine, animale, et l’environnement avoisinant notamment l’eau ;

- ne plus favoriser les OGM, qui épuisent et polluent la terre et ne servent qu’à fournir une rente aux firmes multinationales semencières ;

- ne plus favoriser l’élevage industriel, car les animaux sont confinés et malades (engendrant des pandémies).

Concrètement, quel peut être le fonctionnement de cette monnaie complémentaire mondiale ?

- L'ONU octroie des crocus aux pays dont la biomasse vivante saine se maintient ou s'accroît (fait attesté par la communauté scientifique mondiale) ;

- les attributaires « en première instance » sont les gouvernements des pays volontaires, à charge pour eux de distribuer ensuite les crocus aux destinataires, lesquels sont exclusivement des personnes physiques ayant contribué à cet enrichissement écologique / ou, a minima, à la stabilisation de la biomasse existante en stoppant ou compensant son appauvrissement ou sa destruction ;

- ces personnes physiques sont majoritairement : des paysans, salariés agricoles, ouvriers forestiers, gardes forestiers, et naturalistes sur le terrain ;

- la convertibilité est dûment encadrée : seules ces personnes ont le droit d’échanger les crocus perçus, soit contre la monnaie de leur pays (taux de change fixé par l’ONU), soit contre la monnaie locale sociétale de leur collectivité ;

- les crocus « rachetés » par le gouvernement vont amorcer d’autres projets d’accroissement de biomasse.

Outre à la stabilité du climat, cette monnaie bénéficierait :

- à l’environnement en général par l’inscription plus harmonieuse de notre espèce dans les grands cycles fondamentaux (du carbone, de l’eau, de l’azote, du phosphore), et la régulation de son activité au sein du « système-Terre » d’un point de vue thermo-dynamique (cf # 7) ;

- à réduire de ce fait les événements météorologiques extrêmes que sont, par exemple, les cyclones et les tornades, la grêle, les sécheresses et canicules, etc. ;

- à la protection des milieux naturels, donc de la biodiversité ;

- à la préservation de la « ressource eau » : amélioration de sa qualité (car l’eau sortant d’un écosystème sain est très pure) ; augmentation de la masse totale d’eau douce (par l’évapo-transpiration végétale), gage de rafraîchissement terrestre à la fois local et global ( cf # 8)

- à la diminution de l’érosion des terres en amont des zones habitées, des inondations au niveau des installations humaines (car les écosystèmes et les agrosystèmes sains jouent un rôle d’éponge), et, en aval, de la sédimentation nuisible aux milieux aquatiques ;

- à la diminution de l'eutrophisation et de l'acidification des océans ;

- à la nourriture humaine (éradication de la faim) ;

- à améliorer notre santé ;

- à répondre aux graves problèmes sociaux par la création de centaines de millions d’emplois ;

- à revaloriser les métiers de la terre ;

- à protèger la production vivrière vis-à-vis du marché capitalistique globalisé et financiarisé ;

- au rôle des femmes ;

- à la stabilisation des populations.

En fait, le crocus « mimerait » une monnaie mais n’en serait pas une à proprement parler, il s’agirait plutôt d’un outil efficient permettant d’ « impulser l’incitation universelle à rafraîchir et soigner la Terre tout en nourrissant ses habitants ».

S'il était mis en oeuvre, il serait puissant pour plus de raisons encore :

- Action : il permettrait d’agir dès maintenant pour infléchir le réchauffement climatique, sans attendre que l’accord obtenu par la COP 21 commence à produire des effets ;

- Force : il exprimerait la force et la vitalité de l’écosystème-Terre, la richesse des intéractions écologiques en son sein ;

- Régénération : il mesurerait son aggradation quantitative et qualitative, synonymes de l’augmentation globale et continue de sa résilience ;

- Gratuité : prenant appui sur l’abondance gratuite de l’énergie solaire incidente, il procurerait à l’humanité une croissance inépuisable de matières organiques (nourriture, habillement, ameublement, construction etc.), de travail et de bien-être ;

- Alliance : il prouverait que l’homme comprend et sait utiliser à bon escient les intéractions vivantes complexes, faisant enfin de la nature son alliée pour le bénéfice des êtres vivants, dont lui bien sûr puisqu’il est au sommet de la pyramide écologique ;

- Respect : il témoignerait d’une forme d’intelligence consistant à respecter les écosystèmes sauvages et à favoriser les formes d’agriculture les plus soucieuses des équilibres naturels, issues à la fois des observations et des techniques ancestrales, et de celles de la science agro-écologique moderne ;

- Atténuation : il attesterait de la mise en œuvre (et mesurerait) l’effort humain « pro-euclimatique » c’est à dire prenant appui sur le foisonnement naturel spontané de la végétation et des sols (la synthèse organique = « chimie du carbone », photosynthèse notamment) pour atténuer le dérapage climatique, en capturant le CO₂ excédentaire à l’origine de l’effet de serre ;

- Satellites : il s’appuierait sur les outils d’observation de la biosphère du globe, lesquels sont tout à fait au point grâce au génie humain (cf # 9)

- Economie réelle : il permettrait un réancrage, partiel mais influent, de l’économie dans le concret ;

- Equité : il produirait un enrichissement et un mieux-être de toute la collectivité humaine, et non plus seulement de l’agrobusiness (les multinationales semencières et chimiques, celles qui pratiquent l’accaparement des terres) et des élites, que celles-ci soient chanceuses ou corrompues ;

- Rapprochement des peuples : en tant que « monnaie » identique par-delà les frontières, il constituerait un outil de reliance par le partage d’une valeur commune supérieure qui fédère les humains : nous avons tous besoin de manger, d’être en bonne santé, de prendre soin de notre famille, de coopérer pour faire société, et c’est la biomasse végétale saine qui est la véritable base de la richesse ici-bas,

- Effort en commmun : il contribuerait à la concorde internationale, en tant que projet partagé par tous les humains pour se sauver de la catastrophe en cours.

- Philosophie : Il s’agit d’un nouveau contrat inter-humain mondial, grâce à une médiation monétaire concrète et réparatrice, à même de revitaliser notre pauvre humanité perclue, arrivée à la fin d’un cycle, et qui doute. Comme le suggère Matthieu Ricard, pour remédier à la focalisation sur une vision égoïste et court-termiste, il faut « apprendre à concilier nos trois temporalités : le court terme de l’économie, le moyen terme de la qualité de vie, et le long terme de l’environnement ».  (cf # 10)

2) Questions soulevées :

Les obstacles ne manquent pas, à commencer par le système monétaro-financier actuel

On n’y touche absolument pas, on crée simplement un système parallèle pour disposer d’un instrument complémentaire à la « diplomatie climatique » actuelle.

Que faire si un pays refuse d’entrer dans le dispositif, et continue de brader sa biomasse à l’encan et au plus offrant ?

Rien. C’est le choix de chaque gouvernement d’accepter ou de refuser de percevoir des crocus. Cependant, en cas de refus, la population risque fort de ne pas être d’accord... avec des conséquences éventuelles pour le gouvernement en question.

Les populations, piégées par l’ébriété énergétique, se sont agrégées dans des villes gigantesques…

Certes, mais on le voit bien, ce modèle n’a rien de durable et il est tout à fait envisageable qu’un mouvement inverse se produise.

Le problème le plus crucial n’est-il pas celui de la surpopulation ? Or, personne ou presque n’en parle.

La démographie humaine exerce en effet une pression énorme sur les milieux ; elle dépend de nombreux facteurs sociaux, culturels et économiques au sein de chaque continent et même de chaque pays.

Globalement, toutes les mesures qui visent à offrir une meilleure éducation des filles, davantage de possibilités d’emploi et des salaires supérieurs aux femmes, peuvent inciter ces dernières à avoir une famille moins nombreuse et en meilleure santé. Le crocus s’inscrit parmi ces instruments.

Notons que dans les sociétés tribales, l’équilibre avec l’environnement est rendu possible grâce au contrôle des naissances ; ces peuples premiers avaient inventé le planning famillial bien avant nous !

Une forêt arrivée à maturité est à l’équilibre : son stock de carbone ne varie pas et ce n’est donc ni une source, ni un « puits » de carbone.

C’est tout à fait juste, un arbre emmagasine du carbone essentiellement pendant sa croissance, ensuite l’effet « puits de carbone » disparaît.

Mais si une forêt arrivée à maturité est exploitée de façon durable, en régénérant les arbres extraits par les coupes, son stock de carbone reste constant tandis que le bois récolté, qui sera conservé sur des longues périodes (dans la construction par exemple), constitue un autre réservoir de carbone.

En produisant du combustible pour le chauffage ou la production d’électricité, voire les deux (cogénération), la forêt fournit en outre une énergie générant  peu d’émissions de GES (gaz à effet de serre), seulement pour la coupe et le transport.

Une stratégie forestière adaptée peut donc jouer un rôle positif face au réchauffement climatique en agissant comme un puits de carbone et en fournissant des matériaux et énergies renouvelables avec un Bilan Carbone® favorable.  (cf # 11)

Il faudra beaucoup d’eau pour mettre en oeuvre ces projets, or cette ressource est déjà sous tension (parfois extrême, cf Moyen-Orient)

La permaculture allie puissance du vivant et intelligence humaine. Elle comprend, imite et potentialise les processus naturels. Son efficience à créer des synergies permet de revé-gétaliser le désert avec une quantité d’eau très limitée.  (cf # 12)

Le problème n’est-il pas la propriété privée ?

C’est un problème, mais seulement partiellement. Dans la mesure où l’autonomie dans le domaine alimentaire et dans la création monétaire sont des attributs de la souvernaineté des Etats (ou groupes d’Etats tels que l'Europe) les gouvernements peuvent fortement influencer l’usage des terres agricoles.

Et le pouvoir des multinationales ?

Avec le crocus, l’agro-industrie est en perte de vitesse, les pays protégent mieux l’agriculture paysanne et sont enclins à prendre des mesures permettant que cesse la ruée sur les terre (land-grabbing)

Est-ce que ça ne coûte pas trop cher à la collectivité internationale ? L’ONU est pauvre, et dépendante en grande partie du bon vouloir des Etats-Unis…

Si seulement le dixième de ce que coûtent toutes les institutions internationales (par rapport au bien-être qu’elles apportent réellement aux populations) est dévolu à cette nouvelle institution, elle aura déjà les moyens de faire avancer considérablement l’indispensable progrès écologique vers lequel il faudra de toute manière que l’humanité se dirige

Maintenant que les Etats-Uniens ont enfin admis la réalité du changement climatique, ils doivent comprendre qu’à défaut d’agir maintenant, le coût de ses dégâts va devenir astronomique.

Est-ce que cela ne revient pas à donner un prix à la nature ?

Non, car ce qui entre en ligne de compte pour générer le crocus, c'est une biomasse vivante, diversifiée, et qui s’accroît.

Pour illustrer l'enjeu planétaire, prenons une image liée à notre vie de tous les jours : considérez un verger que vous avez hérité de vos grands-parents paysans, ou bien un espace vert de votre commune.

Si vous le vendez (ou si la commune fait un lotissement), vous touchez une somme, mais celle-ci va partir dans l'économie et au bout d'un moment, "en fin de compte", va s’épuiser.

Par contre, si vous en faites une micro-ferme permaculturelle habilement zonée en fonction de l'ensoleillement et du terrain, avec maison et dépendances, potager, forêt-jardin étagée, haies comestibles, poules et canards, mare et poissons, ruches, en gardant les fruitiers bien sûr… Non seulement vous touchez tous les ans des crocus, mais vous n'avez plus du tout envie de vendre le terrain en question. Parce qu'il vous nourrit, vous emploie à temps partiel, fait vivre la communauté alentours (artisans pour les services, enseignants pour vos enfants, artistes pour le plaisir, etc., avec une monnaie locale sociétale évidemment), et vous donne du bonheur.

Donc, nous ne sommes pas dans le schéma où la nature est juste un bien auquel on attache une valeur financière, qu'on achète ou vend. Votre bout de terrain devient... inestimable.

Pourquoi maintenant ? N’est-ce pas trop tard ?

Question « timing », le crocus est l’outil idéal pour accompagner la montée en puissance des énergies décarbonnées, en laissant à celles-ci le temps d’une complète maturation (mise au point des nécessaires solutions de stockage pour pallier le problème de leur intermittence).

 (cf # 13)

Car la reconstitution à grande échelle de riches milieux naturels et agricoles capturera à grande échelle du CO₂ au moins pendant des dizaines d’années (le temps de la croissance des arbres), et même au-delà puisqu’une part non négligeable du carbone sera stockée à long terme dans les sols.

Cette stratégie d’enrichissement biologique et écologique volontariste permet de réserver à la vie sauvage la place qui lui revient de droit si l’on veut stopper d’urgence l’effondrement de la biodiversité. (cf # 14)

De toute façon, comme le dit la sagesse populaire « il n’est jamais trop tard pour bien faire ! »

III – Conclusion :

L’idée du crocus peut laisser dubitatif. S’agit-il d’un rêve d’écolo utopiste ? Ou bien d’une des seules solutions systémiques praticables dans l’urgence ?

Puisque la crise écologique est là, gravissime.

Puisque les températures montent, montent (et que le niveau des océans va faire de même).

Puisque les négationnistes du réchauffement climatique ne se font plus guère entendre (et c’est heureux).

Puisque d’aucuns parlent déjà d’effondrement global, d’autres que « l’humanité se découvre au bord de l'extinction » (Paul Jorion, Le dernier qui s’en va éteint la lumière).

Puisque la construction d’alternatives locales, même très nombreuses, n’est pas de nature ni surtout d’échelle à restaurer notre milieu dégradé ni la confiance en elle-même de l’humanité.

Alors, la créativité intuitive, l’alliance des intelligences et des solidarités à tous les niveaux, le courage, toutes ces choses dont notre espèce paraît capable si elle arrive à se dépasser, sont plus que jamais requises.

Pourquoi ne pas tenter une transition globale et apaisante vers un système capitaliste ralenti par l’adjonction, à sa marge, de la temporalité végétale, pour la régénération d’une terre reverdie et rafraîchie ?

Et si c’était cela, la vraie croissance verte ?

Comment le capitalisme va-t-il réagir à cette proposition ? Nul ne le sait.

Mais, même si cette démarche ne parvient pas à recueillir les soutiens nécessaires, ou qu’elle se heurte à trop d’intérêts particuliers, à la faiblesse des instances internationales et à des blocages géopolitiques insurmontables, elle aura au moins eu le mérite de faire parler de l’importance à accorder à la biomasse vivante sauvage et agricole saine.

Le capitalisme aura, quant à lui, simplement manqué une occasion de démontrer avec éclat qu’il est compatible avec les limites écologiques et capable d’éviter le désastre climatique !

« Boîte à outils » : Au choix courte vidéo, courte émission de radio, diapos de présentation, textes en trois langues français, anglais, espagnol, images libres de droits.

- une petite vidéo de 4 mn : Présentation du Crocus à l'occasion de l'UEMSSI, l'Université d’été des mouvements sociaux et de la solidarité internationale, 6 juillet 2016 : Vidéo Crocus 4 mn

https://drive.google.com/open?id=0BygD7EaNYj4LbTU0cjhDZVp0ajg

 

- quatres diapos ("slides") de synthèse : https://drive.google.com/file/d/0BygD7EaNYj4LMldadG95eUhwUEE/view?usp=sharing

- un son : Emission de 4 mn sur France Bleu Besançon, interview par Thierry Eme.

L'invité de 17h45 du jeudi 3 mars 2016 en réécoute sur France Bleu
https://www.francebleu.fr/emissions/l-invite-de-17h45/besancon/l-invite-de-17h45-du-jeudi-3-mars-2016


- un « tract » de présentation sommaire (A4 recto simple,  4 312 caractères dont les espaces) : document PDF « La monnaie écologique Crocus, idée fraîche pour la Terre »
La monnaie écologique Crocus, idée fraîche pour la Terre
https://drive.google.com/file/d/0BygD7EaNYj4Lekh6Q3ctN184SEk/view?usp=sharing


- un « Memorandum » de 4-pages » argumenté : (document Crocus français 4-pages.doc, 24 950 caractères dont les espaces)

La monnaie Crocus, ou le plus court chemin vers une révolution douce et « smart » !
https://drive.google.com/file/d/0BygD7EaNYj4LaS1QMGlqWm9GTVk/view?usp=sharing

 

- idem en anglais :

The shortest way to a soft and smart revolution: the Crocus Currency!

https://drive.google.com/file/d/0BygD7EaNYj4LejRVOEVrQ2xlc1E/view?usp=sharing

 

- idem en espagnol :

¡El camino más corto para una revolución suave e inteligente: la moneda Crocus!

https://drive.google.com/open?id=0BygD7EaNYj4LLWhHd0piM1lKRlk

 

- des photos :

Wikipedia propose une visionneuse de photos libres de droits, ces images sont sous licence "creative commons" (Paternité – Partage des conditions initiales à l’identique)

 

Par exemple :
http://fr.wikipedia.org/wiki/Crocus#mediaviewer/File:Crocus_etruscus02.JPG

 

Notes :

 

# 1 : cf Conférence du Shift Project du 14 juin 2016 « Prix du Carbone, Création monétaire et Financement de la Transition » https://youtu.be/k6aVHlTEL9Y

 

# 2 : Voir « Relations entre les services d'origine écosystémique et les composantes du bien-être humain » par le Millenium Ecosystem Assessment - Evaluation des écosystèmes pour le millénaire -, Nations Unies, mars 2005  Dans le document : « Les écosystèmes et le bien-être de l’Homme : Un cadre d’évaluation. Résumé » (http://docplayer.fr/737234-Les-ecosystemes-et-le-bien-etre-de-l-homme-un-cadre-d-evaluation-resume.html), le schéma est visible p. 11

 

# 3 : Les « milieux naturels » sont : les espaces où l’homme abandonne l’évolution du paysage à la seule nature, les délaissés urbains ou ruraux, les espaces de transition, friches, marais, landes, tourbières, les bords de route, rives, talus… + les réserves de fait (lieux inaccessibles, sommets de montagne, lieux incultes, déserts…) et institutionnelles (parcs naturels) ; soit « ce qui constitue l’espace privilégié d’accueil de la diversité biologique, réservoir génétique de la planète, espace du futur » (Gilles Clément, Le Tiers Paysage http://www.gillesclement.com/cat-tierspaysage-tit-le-Tiers-Paysage)

 

# 4 : « D’un point de vue technique, les solutions prioritaires doivent associer les cultures combinant diverses espèces et variétés, complémentaires dans l’espace et dans le temps, de façon notamment à intercepter au mieux les rayons solaires et transformer ainsi le maximum d’énergie lumineuse en calories alimentaires, par la voie de la photosynthèse »

 

« Ce riche savoir-faire des paysans du Sud », par Marc Dufumier (Le Monde diplomatique, avril 2006, p. 11)

 

et :

 

AEI – Association internationale pour une agriculture Écologiquement Intensive, « Intensification de l’agriculture par l’écologie » http://www.aei-asso.org/fr/intensification-de-lagriculture-par-lecologie/

 

# 5 : Les objectifs de la permaculture sont simples : diminuer l’effort pour l’être humain, améliorer l’utilisation de l’énergie sous toutes ses formes (les déchets devenant des ressources), travailler en coopération avec la nature et non contre elle.

 

La permaculture s’appuie sur la durabilité d’un système, sa non-dangerosité ainsi que sa robustesse face aux aléas de la vie (climat, maladies, etc.) et sa capacité de résilience (adaptation au changement). Le principe fondateur est basé sur l’observation de la nature et de ses modèles ; elle fédère les savoirs traditionnels des anciens et les découvertes scientifiques récentes. La permaculture traite par conséquent d’un large éventail de sujets : habitat, agriculture, communautés, gestion des énergies, etc. Elle exprime ainsi une notion de « culture de la permanence »

 

Les précurseurs en la matière sont l’Américain J. Smith Russell, auteur de Tree Crops : A permanent agriculture (1929), l’Australien P.A. Yeomans (Water for every farm, 1964), le Japonais Masanobu Fukuoka (Révolution d’un seul brin de paille, 1975). Les Australiens David Holmgren et Bill Mollison, auteurs de Permaculture 1 (1978), sont les deux co-fondateurs du concept tel qu’il existe aujourd’hui, et qui recouvre des préoccupations bien plus larges que le seul volet agricole.

 

# 6 : The Lessons of the Loess Plateau: Changing the Food System, By Dr. Mercola

 

http://articles.mercola.com/sites/articles/archive/2016/06/07/regenerative-agriculture-food-system.aspx?utm_source=dnl&utm_medium=email&utm_content=art1&utm_campaign=20160607Z1&et_cid=DM109756&et_rid=1518636648

 

# 7 : cf François Roddier, astrophysicien, auteur du livre Thermodynamique de l'évolution: Un essai de thermo-bio-sociologie, Parole éditions, 2012

 

# 8 : « Le travail de la nature est un tout. L’atmosphère et la biosphère interagissent. La plante a besoin d’eau, et même elle en détruit pour prendre de l’énergie. L’oxygène qui en sort s’échappe aussitôt. Mais pour capter le CO2 aux molécules plus grosses, les plantes doivent ouvrir des pores dans leur feuillage vert. Alors de la vapeur d’eau fraîche sort sous pression. (...) Cette transpiration des arbres, environ 200 l par jour d’été, pour un platane de cent cinquante ans, se révèle très pure. Elle recharge les nuages et gonfle les pluies, elle rafraîchit l’atmosphère en ville et près des routes fréquentées. Elle imbibe les particules en suspension, les alourdit, et les fait choir, rendant l’air plus léger. » (Marie-Paule Nougaret, auteure de La cité des Plantes, éditions Actes sud)

 

# 9 : Voir l’article de Sylvestre Huet : « La couverture de la Terre à 300 m près » (l'Agence spatiale européenne a établi une cartographie complète des sols terrestres par satellite) http://sciences.blogs.liberation.fr/home/2014/10/la-couverture-de-la-terre-%C3%A0-300-m-pr%C3%A8s.html

 

et également :

 

« SMAP, un satellite de la Nasa qui traque l'humidité des sols » (infographie)

 

http://www.lemonde.fr/sciences/infographie/2015/02/02/smap-un-satellite-qui-traque-l-humidite-des-sols_4567992_1650684.html?xtmc=satellite_smap&xtcr=1

 

# 10 : Source : « L'environnement, pourquoi tout le monde s'en moque » (Forum de l’économie positive, le Havre, sept. 2015)

 

http://www.consoglobe.com/matthieu-ricard-environnement-cg#we4jFgsleycoWZPq.99)

 

# 11 : Les forêts, quel bilan carbone ? Cabinet Lamy Environnement

 

http://www.lamy-environnement.com/fiches/les-forets-quel-bilan-carbone.html

 

Attention cependant : la combustion du bois produit des polluants, principalement des particules fines, des hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP) et des composés organiques volatils (COV), sources de problèmes de santé publique.

 

# 12 : Geoff Lawton explique son projet "Reverdir le désert" (greening the desert), en Jordanie, et commente son évolution : implantation d´arbres fruitiers en milieux désertiques ; comment revégétaliser un milieu aride avec une quantité d´eau limitée ; création d´une forêt fruitière, ou food forest, avec des méthodes écologiques. Vidéo ajoutée le 23 janv. 2014, durée 36 mn 33 :

 

Permaculture-Reverdir le Désert (Geoff Lawton)-VO/sFR – YouTube, https://www.youtube.com/watch?v=S2wvrH9amrA

 

# 13 Les technologies actuelles de stockage et leur état de maturité – IFPEN (IFP - Energies nouvelles, ancien Institut français du pétrole)

 

http://www.ifpenergiesnouvelles.fr/Espace-Decouverte/Les-cles-pour-comprendre/Le-stockage-massif-de-l-energie/Les-technologies-actuelles-de-stockage-et-leur-etat-de-maturite

 

# 14 Le célèbre biologiste américain professeur à Harvard Edward O. Wilson, qui a introduit le terme de biodiversité dans la littérature scientifique en 1986, propose de consacrer la moitié de la surface terrestre à la préservation de la biodiversité.

 

Edward O. Wilson Half-Earth, Our Planet's Fight for Life (éditions Liveright, livre à paraître en mars 2016) http://books.wwnorton.com/books/detail.aspx?ID=4294989875

 

Cf http://citizenpost.fr/2015/10/reensauvager-la-moitie-de-la-terre-le-projet-spectaculaire-dun-biologiste

 

 

 

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