L'agonie de la Laïcité

En ces temps de gestion de la pandémie du Covid-19, la religion n'est plus perçue comme nécessité première par le gouvernement. L'aspect de la gestion de crise pandémique est en opposition au droit fondamental des pratiques religieuses et respect de la laïcité Une série de décisions abjectes et aberrantes contre le droit à l'expression religieuse.

Le principe de laïcité selon la définition retenue par le gouvernement est « une liberté  de conscience », cette liberté-là garantie une vie de l’esprit par rapport à son équilibre la maintenant en adéquation à ses convictions. Sans rentrer dans le débat de la définition du bien et du mal, elle permet « la liberté aux croyants comme aux non-croyants le même droit à la liberté d’expression de leur conviction ».

A partir de cette idée, nous pouvons nous demander comment dans le cadre de la pandémie est traitée cette question de la laïcité.

 

La définition de la Laïcité par les nécessités premières :

En constatant la manière dont les « premières nécessités » sont définis, nous voyons que le gouvernement priorise - et cela est justifié - la consommation alimentaire. Puis, ce concept de « premières nécessités » a posé question et s’est développé en besoin solidaire par la visite des personnes nécessiteuses, les déplacements autorisés pour l’entraide et les visites aux personnes âgées ou malades pour lesquelles le gouvernement a reconnu que le contact humain était une condition pour préserver la vie, donc une première nécessité. Puis, se sont ajoutées la sortie pour accompagner les animaux et la sortie sportive garantes de la santé animale et humaine.

Bien que les églises catholiques soient restées ouvertes, les cérémonies qui alimentent une foi active ont été interdites bien que faisables dans des conditions de protection croisée. Selon le gouvernement, le rassemblement religieux ne fait donc pas parti des premières nécessités de l’Homme, malgré son passé catholique et l’histoire de France qui a découlé sur les textes Constitutionnels. La laïcité n’est donc pas observée comme nécessité humaine.

 

La définition de la Laïcité après déconfinement :

Au déconfinement, on a vu que les priorités avaient été données à la libre circulation des personnes dans les rues ou sur les littoraux. La place de la sortie récréative et des sports commence à poser problème et leur déconfinement se fait.

Nous sommes à près de deux mois d’interdiction et de tâtonnement et nous constatons que la question du rassemblement religieux est plus problématique que celle du rassemblement non-religieux.

Les rassemblements pour les besoins alimentaires, les sorties protégées pour l’assistance des personnes, les obsèques ou pour motifs familiaux sont décrites comme étant de première nécessités, les sports et les balades récréatives également, l’ouverture des « baraques » en bord de mer et les joies de la consommation récréative lors de promenade revoient le jour, mais toujours rien concernant les offices publics religieux malgré une tentative de négociation par la Conférence des Évêques de France.

Le gouvernement persiste dans l’idée que le religieux en public ne fait pas parti des nécessités humaines et l’intervention de notre ministre de l’intérieur et du culte – Christophe Castaner -  incitant le croyant à prier seul chez lui en est une preuve supplémentaire.

Dans la définition même de la religion - relegare : « relier » en latin - la question du lien est primordiale tout comme le fait de visiter les malades et les nécessiteux, la famille et être présent aux obsèques.

Dans le prisme de la laïcité, nous constatons que l’absence de religion est ce qui est privilégié dans le cadre de la gestion pandémique et n’est pas considéré comme « de première nécessité » ni digne d’une réouverture aux cérémonies publiques suivant un protocole de protection croisée. Pourtant, c’est bien dans l’idée de Liberté, d’Egalité et de Fraternité que la laïcité prend son sens, dans l’idée de protection de la « Liberté de conscience pour les croyants et les non-croyants » donc reconnu comme « première nécessité » de l’individu dans sa liberté de conscience et par la République Française.

Aujourd’hui, nous avons vécu les aberrations juridiques : rassemblements autorisés dans des lieux confinés sans protection (petites et moyennes surfaces alimentaires à l’espace exigu), réouverture des boutiques de manière encadrée, réouverture des écoles et toujours aucune autorisation  concernant l’ouverture des cérémonies publiques religieuses.

Au travers de ces choix gouvernementaux, se distingue une réelle ambition d’abolition de la religion comme nécessité humaine, privilégiant l’absence de religion – qui est un faux débat car découlant d’une croyance apophatique mais qui reste croyance malgré tout – alors que la laïcité ne devrait pas faire de distinction et respecter les convictions comme nécessité humaine.

L’argument du gouvernement ne peut pas se considérer comme n’étant que citoyen et non religieux au travers de sa république laïque dans la mesure où la laïcité est un principe constitutionnel et doit être gérée dans le respect du droit à la pratique religieuse quand celle-ci demande rassemblement pour sa libre expression.

C’est pourquoi j’en appelle à la réflexion sur la discrimination religieuse qui est évidente dans ce contexte et que nous fait subir le gouvernement français alors qu’il a mis en place un protocole bien rodé pour des activités exemptes de religion relevant d’une croyance en Dieu, alors que l’Eglise est tout à fait capable d’organiser des rassemblements protégeant les fidèles par le respect des gestes barrières.  

La laïcité existe-t-elle toujours en France si la pratique de la religion dans le cadre de ses rituels n’est plus vue comme une nécessité première au bien-être et à l’équilibre humaine ? Tout cela au profit d’une idéologie de la liberté et du bien être basée sur l’idée de consommation.

 

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