Henri GIORGETTI
Abonné·e de Mediapart

93 Billets

0 Édition

Billet de blog 8 mai 2017

Un scénario idéal

Henri GIORGETTI
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

     Voter Emmanuel Macron le 7 mai était une option politique, certes critiquable, (sauf à adhérer pleinement à son programme), mais qui, quand elle était sincère dans une démarche anti Front national, commandait le respect. De même que le vote blanc ou l'abstention, tant leurs attendus étaient lucides et argumentés.  

     Mais tout de même...demandez vous donc, braves gens, si les "antifascistes" de salon, médaillés de la vingt-cinquième heure,  les bigots, dévots, cagots  sous leur défroque poudrée de moraline, les chantres du "Seul-Macron-peut-faire-barrage", auraient manifesté  tant d'amour, de ferveur, tant de zèle jaculatoire dès le 23 avril au soir, pour la défense des valeurs républicaines et démocratiques, si Jean-Luc Mélenchon, par exemple, avait été au second tour face au Front National ? Dans ce cas là, allez, j'en suis convaincu, ni-ni garanti !

     Car, n'en doutons pas, si leur enthousiasme militant (et méprisant pour ceux qui ne le partageaient pas) en faveur du vote Macron, leur ardeur à défendre la République, la démocratie, l'Europe, le monde libre, la civilisation, seul à même de faire barrage à la barbarie a été si bigarré, si élastique, si pétaradant, de Robert Hue à Alain Madelin, en passant par les penseurs et activistes vintage genre Attali-Minc-Cohn-Bendit et autre Bernard-Henri Lévy, les mystagogues du CAC 40, les médias domestiques et leurs chroniqueurs vigilants, c'est bien parce que le vote Macron était systémo-compatible. Pas de risque de bousculer l'ordre établi, de culbuter les rapports de production, chacun  à sa place assignée, domination et exploitation garanties. D'ailleurs Pierre Gattaz, Bernard Arnault, et quelques autres ne s'y sont pas trompés qui auraient pu déclamer en choeur comme dans le Médecin malgré lui : "Testigué, velà justement l'homme qu'il nous faut : allons vite le charcher"

    Et que dire de ceux-là, qui ont éparpillé leurs voix dans un vote hasardeux ? Faire barrage au Front National  eut consisté, d'abord, à tout faire pour l'empêcher d'être présent au second tour, non ? Ce fut loin d'être le cas. Passons.

     Et, tous, qu'ont ils faits depuis 40 ans pour  "faire barrage au Front National", qu'ont-ils faits, sinon, depuis la berge, en alimenter la source et le flot nauséabond, par des complaisances idéologiques, des discours ambigus et des actes calamiteux et dévastateurs. Quinze ans, au bas mot que ça dure.

     Voici ce qu'écrivait en mai 2002, après le "choc" du 21 avril, Ignacio Ramonet dans le Monde diplomatique  : "Mais si, surmonté le moment de frayeur, les mêmes partis de toujours poursuivaient leur politique libérale de privatisations, de démantèlement des services publics, de création de fonds de pension, d’acceptation des licenciements de convenance boursière — bref, s’ils continuaient de heurter de front les aspirations populaires à une société plus juste, plus fraternelle et plus solidaire, rien ne dit que le néofascisme, allié à ses collaborateurs de toujours, ne parviendra pas à l’emporter la prochaine fois…"

    Résultats : 4 804 713 voix pour le père en 2002, 7 679 493 pour la fille en 2017 ! Et plus de 10 600 000 au second tour ! Combien en 2022 avec "les mêmes partis de toujours" ou les prétendus candidats du renouveau qui poursuivront derechef  la même politique ?

    Car, à la fin, dans cette mascarade présidentielle, et quelle que soit la couche de vernis, de poudre ou l'épaisseur de la crème antiâge sur le visage du vainqueur, dans ce jeu de dupes, qui gagne, selon vous ? Jeu de dupes, toujours recommencé. Après le vote "utile", le vote forcé. Voilà à quoi sert le Front National et s'il n'existait pas, il faudrait l'inventer. Invalider toute possibilité de choix démocratique, pour le plus grand bien des pouvoirs et des intérêts en place, voici le scénario idéal. Et il fonctionne parfaitement. Et il est fort probable qu'il produise les mêmes sinistres résultats pour le plus grand nombre de gens. Oui, décidément : "Dieu se rit des hommes qui se plaignent des conséquences alors qu'ils en chérissent les causes"*. Mais il doit rire jaune !

    Pis que ça. Emmanuel Macron élu, après le "barrage", voici le virage : ce résultat de 66%, si élégant, si puissant,  si prometteur, exprime, dit-on, un soutien sans conteste  au projet du ci-devant candidat. Passons si  43% d'électeurs disent avoir voté pour lui en premier lieu pour faire barrage à Marine Le Pen et seulement 16% pour son programme et si 61% ne souhaitent pas lui donner une majorité absolue à l'Assemblée nationale comme le montrent diverses enquêtes.

     Mais non, mais non, l'ampleur même de la victoire témoigne de l'adhésion franche et massive au programme des Randonneurs de l'espoir ! Bigre.

    Et, donc, élémentaire, cher  Watson, pour que le nouveau et  juvénile Président puisse mettre en oeuvre cette politique si généreusement approuvée par le corps électoral, il lui faudra une forte majorité à l'Assemblée Nationale. C'est cohérent, non ? Et ça continue donc : là encore, pas de choix, pas d'alternative, citoyen !

     Alors, au nom du vote utile, on me somme de voter Emmanuel  Macron au premier tour.  

    Avec "On n'a pas le choix pour faire barrage à Marine Le Pen", voici le vote forcé au deuxième.

    Et maintenant , le vote "logique": prendre le train En Marche aux élections législatives de juin, mon bon monsieur, sinon la chienlit !

    Nouveau despotisme du non choix, induit par un processus électoral obsolète, "pouvoir immense et tutélaire" comme l'écrivait Tocqueville, qui, tous les jours, "rend moins utile et plus rare l’emploi du libre arbitre ; qu’il renferme l’action de la volonté dans un plus petit espace, et dérobe peu à peu à chaque citoyen jusqu’à l’usage de lui-même".

    Déni et mépris de la démocratie !

    Il est temps de se ressaisir, de sortir de la minorité  et de retrouver "l'usage de soi même"

     Pour un nouveau récit, une nouvelle écriture. Un autre scénario.

*Bossuet

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal — France
La visite du ministre Lecornu a renforcé la colère des Guadeloupéens
Le barrage de La Boucan est l'une des places fortes de la contestation actuelle sur l’île. À Sainte-Rose, le barrage n’est pas tant tenu au nom de la lutte contre l’obligation vaccinale que pour des problèmes bien plus larges. Eau, chlordécone, vie chère, mépris de la métropole... autant de sujets que la visite express du ministre des outre-mer a exacerbés.
par Christophe Gueugneau
Journal — France
L’émancipation de la Guadeloupe, toujours questionnée, loin d’être adoptée
Alors qu’une crise sociale secoue l’île antillaise, le ministre des outre-mer, Sébastien Lecornu, a lâché le mot : « autonomie ». Une question statutaire qui parcourt la population depuis des années et cristallise son identité, mais qui peine à aboutir.
par Amandine Ascensio
Journal — France
Didier Raoult éreinté par son propre maître à penser
Didier Raoult défend un traitement inefficace et dangereux contre la tuberculose prescrit sans autorisation au sein de son institut, depuis au moins 2017. Le professeur Jacques Grosset, qu’il considère comme son « maître et numéro un mondial du traitement de la tuberculose », désapprouve lui-même ce traitement qui va « à l’encontre de l’éthique et de la morale médicale ». Interviewé par Mediapart, Jacques Grosset estime qu’il est « intolérable de traiter ainsi des patients ».
par Pascale Pascariello
Journal — International
Variant Omicron : l’urgence de lever les brevets sur les vaccins
L’émergence du variant Omicron devrait réveiller les pays riches : sans un accès aux vaccins contre le Covid-19 dans le monde entier, la pandémie est amenée à durer. Or Omicron a au contraire servi d’excuse pour repousser la discussion à l’OMC sur la levée temporaire des droits de propriété intellectuelle.
par Rozenn Le Saint

La sélection du Club

Billet de blog
Pas de paix sans avoir gagné la guerre
« Être victime de », ce n’est pas égal à « être une victime » au sens ontologique. Ce n’est pas une question d’essence. C’est une question d’existence. C’est un accident dans une vie. On est victime de quelque chose et on espère qu'on pourra, dans l’immense majorité des cas, tourner la page. Certaines s’en relèvent, toutes espèrent pouvoir le faire, d’autres ne s’en relèvent jamais.
par eth-85
Billet de blog
Ensemble, contre les violences sexistes et sexuelles dans nos organisations !
[Rediffusion] Dans la perspective de la Journée internationale pour l'élimination des violences faites aux femmes, un ensemble d'organisations - partis et syndicats - s'allient pour faire cesser l'impunité au sein de leurs structures. « Nous avons décidé de nous rencontrer, de nous parler, et pour la première fois de travailler ensemble afin de nous rendre plus fort.e.s [...] Nous, organisations syndicales et politiques, affirmons que les violences sexistes et sexuelles ne doivent pas trouver de place dans nos structures ».
par Les invités de Mediapart
Billet de blog
Pour une visibilisation des violences faites aux femmes et minorités de genre noires
La journée internationale des violences faites aux femmes est un événement qui prend de plus en plus d'importance dans l'agenda politique féministe. Cependant fort est de constater qu'il continue à invisibiliser bon nombre de violences vécues spécifiquement par les personnes noires à l’intersection du cis-sexisme et du racisme.
par MWASI
Billet de blog
Effacement et impunité des violences de genre
Notre société se présente volontiers comme égalitariste. Une conviction qui se fonde sur l’idée que toutes les discriminations sexistes sont désormais reconnues et combattues à leur juste mesure. Cette posture d’autosatisfaction que l’on discerne dans certains discours politiques traduit toutefois un manque de compréhension du phénomène des violences de genre et participe d’un double processus d’effacement et d’impunité.
par CETRI Asbl