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Billet de blog 11 nov. 2016

Allô, maman, bébé !

Après une longue et oppressante série de sursis de 6 mois en 6 mois, qui dure depuis maintenant un lustre, la maternité du Centre Hospitalier du Pays d'Apt (Vaucluse) doit cesser son activité le 31 décembre prochain.

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             En effet, le mercredi 9 novembre l'Agence Régionale de Santé de la région PACA a fait connaitre la décision  de sa fermeture définitive.

             Une décision réfléchie, méprisante, violente, prise par le gouvernement, véritable fondé de pouvoir d'une oligarchie économique et financière qui barbote dans les "eaux glacées du calcul égoïste",  peu soucieux des intérêts et des exigences d'un bien public de proximité et  qui "fait de la dignité personnelle une simple valeur d'échange" (Marx).

             Car cette maltraitance humaine et sociale ne doit rien au hasard, de même qu'elle n'est pas le résultat d'une quelconque "méchanceté" de l'ARS ou encore d'une prétendue "incompétence" de la ministre de la santé, comme cela est dit ici ou là..

             Ce sont bien les politiques publiques menées depuis trente ans et considérablement aggravées depuis 10 ans, sous les injonctions dogmatiques de Bruxelles, droite et gauche confondues, hélas, (pour la gauche dite de gouvernement, pas l'autre, la vraie, humaniste et progressiste) toutes arc-boutées sur la sacro-sainte réduction des déficits publics (la "fameuse" règle des 3%, dont on connait maintenant l'abracadabrantesque genèse), qui ont conduit à cette décision. La ministre n'est que la marionnette zélée de ces sinistres maîtres d'ouvrage. Et au nom de la modernité s'il vous plaît : fermer une maternité c'est rationnel, c'est productif, c'est l'avenir !

              De cette mascarade les citoyens ne doivent pas être dupes.

              Plus de tribunal, plus de maternité, demain, plus de chirurgie, plus d'urgences, plus de sous-préfecture...la liste pourrait être longue, ce n'est vraiment pas préparer des lendemains radieux pour les futures générations ! La désertification publique, le désinvestissement public, le renoncement public devant des intérêts comptables et financiers, outre les malheurs personnels dévastateurs qu'ils provoquent aujourd'hui et annoncent pour demain, sont un terreau mortifère pour les démagogues de tous bords.

              Et même si l'on est sceptique sur  la capacité d'une élection présidentielle à changer quoi que ce soit de l'ordre établi, pensons-y tout de même au printemps prochain. Car, si ceux qui nous gouvernent aujourd'hui  maltraitent les conquêtes et les espoirs émancipateurs d'une société qui doute et qui se cherche, d'autres sont candidats à les liquider carrément au nom de la "réforme" et du "réalisme" avec la bénédiction du CAC 40. Le désir, légitime, de changement ne doit pas conduire au pire.

               Mais "Le pire n'est pas toujours sûr" écrivait P. Claudel.

              En attendant, sans trop d'illusions, il existe, en effet en Luberon (et ailleurs...) des forces vives  qui ne renoncent pas et qui redonnent sens à l'action politique : agir collectivement pour le bien de la cité (comité de défense des usagers, associations, syndicats, habitants, quelques élus sincères, je veux dire pas de ceux qui déplorent à Apt les effets d'une politique qu'ils soutiennent à Paris, selon le paradoxe de Bossuet*). Ne nous y trompons pas: la lutte pour le maintien de cette maternité, est une nécessité "pratique" pour le pays d'Apt, le territoire,  les usagers, les personnels et c'est le but. Mais elle a aussi une valeur symbolique forte : elle procède d'une véritable insurrection des consciences et d'une authentique fédération des volontés, contre la fatalité imposée, d'une anticipation vers la possibilité de changer radicalement les choses. "Être radical, c'est prendre les choses par la racine. Or, pour l'homme, la racine, c'est l'homme lui-même". (Marx, encore). C'est en finir avec cette république dévitalisée, cette république des comptables, cette république de l'ardoise.

                Et puis, si , comme le disait Victor Hugo « Chaque fois qu’on ouvre une école, on ferme une prison », à l'encontre, il se pourrait bien que chaque fois qu'on ferme une maternité on prenne le risque d'ouvrir une tombe.

                Quel manque de savoir-vivre !

*Paradoxe de Bossuet : "Dieu se rit des hommes qui se plaignent des conséquences alors qu'ils en chérissent les causes"

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