Cause toujours...

Chronique locale d'une démolition annoncée (suite...encore...et peut-être pas fin...)

          "Le langage de la vérité est simple." Sénèque.

          Le collectif de l'association La Petite Vitesse à Apt (Vaucluse) avait convié la presse, jeudi 10 janvier dernier, pour une conférence éponyme. Ses représentants se proposaient, en effet, d'informer la population, par le truchement des imprimés locaux, sur le sens et les perspectives de leur action en faveur de l'ancienne gare de la Petite Vitesse, arguments et preuves à l'appui rassemblés dans un dossier détaillé remis aux intéressés.*
          Il s'agissait simplement de faire savoir à l'ensemble des aptésiennes et des aptésiens dans quelles conditions la funeste décision de démolir ce bâtiment avait été prise, contraire aux recommandations des architectes des Bâtiments de France et du Parc du Luberon, et pourquoi, soutenus par plus de mille signataires d'une pétition, ils s'y opposaient vigoureusement.
          Les correspondants locaux avaient aimablement répondu présents : on les espérait curieux, en appétit, épris d'empathie !

          Pas vraiment. Ainsi le journal La Provence, rend compte de l'évènement dans son édition du 12 janvier en consacrant généreusement, on peut vérifier, 33% seulement des lignes aux dires des représentants du collectif invitant. Pour le reste, l'auteure, elle se reconnaîtra si elle a l'imprudence de me lire, reprend, hardiment, citations à l'appui, les arguments en faveur de la destruction de l'édifice. Sous-titrant, horresco referens, "Un bâtiment trop vétuste" qui, si l'on attend, "risque de se détériorer encore plus", (donc pour qu'il ne se détériore pas "encore plus", il faut l'abattre sans tarder !), elle déroule sans vergogne la rhétorique partisane de nos débâtisseurs de patrimoine locaux.

          Ainsi, par un remarquable salto arrière éditorial, notre sectatrice, offre, tout en souplesse, l'opportunité d'une tribune aux contradicteurs, notamment la Maire d'Apt et vice présidente du Conseil départemental, de ceux dont elle était censée rapporter objectivement propos et arguments pour en informer ses lecteurs. Notre patineuse vient d'inventer la conférence de presse à l'envers. Bref, cause toujours, etc. ...Bravo.

          Et ce n'est pas la première fois que cette adepte de la pirouette sautée offre à nos regards ces figures partisanes.**

          Ce spectacle est insupportable qui n'a rien à voir avec l'honnêteté, la probité, l'objectivité qu'on peut espérer d'une presse libre. On ne demande pas ni la gloire ni les larmes, mais seulement une fidélité au message qu'on est sensé transmettre aux lecteurs, et qui mérite le respect. Quitte, dans un commentaire distinct, à dire tout le mal qu'on en pense, à visage découvert.

          "En pratique, être objectif, c’est voir les choses comme peut les voir tout observateur de bonne foi, quand il est sans passion et sans parti pris." écrit A. Comte-Sponville.
          Nous en sommes loin.

          Vous avez dit "déontologie" ?

          Ici gît.

 

 

 

*Voir mon blog sur le même sujet "La démocratie à petite vitesse", "Delenda est Carthago",
"Aie confiance"
**Voir sur mon blog "Parler pour ne rien dire ?"

 

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