L'effet "wahou"

Lu sur mariane.net ce matin : "Comment l’incendie de Notre-Dame a tué l’effet wahou de Macron."

          D'abord, notez au passage le joli présupposé de l'énonciateur: le discours du Président prévu lundi soir devait, incontestablement et indiscutablement selon lui, produire un "effet wahou". Car, quelles que soient les diverses réponses qu'on puisse apporter au "comment", "l'effet wahou", lui, demeure, planté comme une certitude. Il devait y avoir nécessairement un "effet wahou" bien vivant...qui a été, donc, tué par l'incendie cathédral.

          Alors, qu'avons-nous perdu, de quel deuil devons-nous être affligés ?

          Pour les passéistes qui ont été nourris de culture classique et d'humanités, il est bon de préciser que "L’effet « waouh » ou « wow » désigne le fait qu’un produit ou service, une expérience ou une campagne publicitaire puisse déclencher chez les consommateurs un effet de surprise, d’admiration ou d’appréciation pouvant notamment se traduire par l’expression « waouh! » ou « wow! ». (sic l'Encyclopédie du marketing, mise à jour le 25 avril 2018.)

          Ainsi, notre Président, selon mariane.net, se proposait de nous vendre un produit fort et innovant, porté par un message publicitaire particulièrement impactant, dans une mise en scène théâtrale formidablement spectaculaire. Effet de surprise garanti ! Viral et épidémique, le verbe macronien devait, outre endormir notre rationalité et insensibiliser à certaines douleurs prévisibles, provoquer la stupéfaction, emporter l'adhésion, encourager la propagation. (plagiat de la susdite Encyclopédie).

          Pauvre discours politique réduit à un mauvais jargon marketing. On regretterait presque le bon vieux pschitt chiraquien joliment gazeux et aromatisé. Ou les désuets vocables bien rustauds, bien costauds, comme les boniment, esbroufe, charlatanisme et autre escobarderie…
          Voici venu le temps où la marchandisation des mots couvre l'indigence de la pensée, promeut le retour préhistorique de l'onomatopée en guise de représentation du monde. (D'ailleurs, c'est à la mode, prenez donc le train avec Ouigo, l'avion avec Hop, l'autocar avec Zou.)

          Mais l'incendie de la vieille dame huit-centenaire aura eu le mérite, pour un instant peut-être, à travers la lueur de ses flammes destructrices, de nous rapprocher de l'histoire et de la littérature, d'y chercher quelque clarté d'intelligence et de compréhension et de nous inviter, sans doute, à penser qu'il n'y a rien de définitif, rien d'éternel, rien d'absolu. Toute oeuvre humaine se sait par essence mortelle. Et c'est cette finitude assumée qui fonde sa tragique grandeur. Ainsi la force prodigieuse de l'humilité féconde le champ du possible et fait sens.

          Bon, l'essentiel ne sera pas perdu. D'ailleurs, il se dit que la vente du livre de Victor Hugo, Notre-Dame de Paris, publié en 1831, explose depuis deux jours.
          Wahou !

 

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