La grosse dette qui guette, qui guette...

"Qui paie mes dettes m'enrichit." Proverbe québécois.

     Elle attend patiemment mais en sourdine s'enfle, elle prend son élan, elle est prête à bondir. La dette (puisqu'il faut l'appeler par son nom) rançon du "quoi qu'il en coûte" présidentiel pour vaincre la pandémie coronavirale, creuse un déficit géant, qui, l'argent coulant à gros bouillons, devra bien, dit-on, être épongé.

     En effet, face à ce tourbillon évalué en septembre à 2 638,3 milliards d’euros, certains, sans vergogne, le virus circulant avec autant d'audace que les emprunts, n'hésitent pas à mettre à l'ordre du "jour d'après" une question à la fois lapidaire et chargée de sombres menaces : qui va payer ? Magnifique présupposé, un formidable outil de camouflage politicomédiatique car, quelle que soit la réponse donnée, une certitude demeure qui n'est pas remise en cause : la dette sera payée. Un coup de force argumentatif qui interdit le débat !

     Déjà, dès le 10 avril dernier, souvenez-vous, le Medef, par le truchement de son président Geoffroy Roux de Bézieux, dans un entretien au Figaro, avait donné le "la", dévoilant sa liste de "vœux" : moins de congés payés et de RTT, plus d’heures de travail pour "accompagner la reprise". Aujourd'hui, l'orchestre gouvernemental accorde ses violons en attendant de déchaîner les timbales : "La dette que nous accumulons devra être remboursée, et elle le sera", a dit Olivier Dussopt, début novembre, devant la commission des finances de l'Assemblée nationale. Et oui, figurez-vous, "la dette se rembourse, c'est un principe".

     Le ministre de l’économie, Bruno Le Maire, l’a encore répété dimanche 29 novembre dans Le Parisien : parmi les "réformes structurelles" nécessaires, selon lui, au remboursement de la dette due au Covid-19, celle des retraites constitue "la priorité absolue". Et icelui de préciser "Cela ne veut pas dire que c’est la priorité tout de suite, mais parmi les réformes à mener, si possible d’ici à 2022. Ce sera au président de décider du calendrier, mais il nous faut anticiper la sortie de crise politique et assurer une bonne tenue des comptes publics." Bon, au moins c'est clair !  Pour faire rapidement des économies : modification de la durée de cotisation ou de l’âge de départ au menu. A Bercy on dit : "réforme paramétrique". Charmant ! On a donc déjà une petite idée sur le "qui va payer". Sinon, braves gens, papys et mamies, culpabilisez grave car "Il est clair que ces dettes sont transférées à la génération d'après" comme le rabâche l'ineffable échotier Dominique Seux.

     Paroles d'évidences qui camouflent un choix politique bien rodé qu'il faut dévoiler et dénoncer, à savoir l'utilisation de la dette publique comme moyen ou prétexte pour mettre en place des politiques d'austérité, en invoquant son niveau exorbitant pour ensuite justifier et légitimer "réformes" et coupes budgétaires. Pas d'autre alternative !

      Alors, à ceux qui pensent, pauvres nigauds, que la solidarité nationale consisterait peut-être à mettre à contribution hauts revenus et dividendes, bref à prendre sur le grand capital qui se porte bien, on répond démagogiquement : "pas d'augmentation d'impôts" ! compétitivité oblige.

     Et on traite d'hurluberlus ceux qui prônent, horresco referens ! l'annulation pure et simple de la dette. Ce qui serait pourtant une mesure préalable à toute rupture avec les politiques néolibérales agressives et dévastatrices pour l'homme et la planète. Mais ceux qui nous gouvernent n'ont visiblement pas l'intention de s'y engager, ce n'est pas leur projet.

     Qu'on ne s'y trompe pas, le virus éradiqué, un autre danger nous guette. Mais nous voilà prévenus. La réponse à la question du "qui paiera", sera un des enjeux majeurs et concrets de l'élection présidentielle de 2022.

     "Les dettes, c'est un état d'esprit." selon Alfred Capus...pas seulement.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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